Dominici, c'était une affaire de famille
EAN13
9782841876426
ISBN
978-2-84187-642-6
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
RECITS, TEMOIGN
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
432 g
Langue
français
Code dewey
364.152
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Dominici

c'était une affaire de famille

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Archipel

Recits, Temoign

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eISBN 978-2-8098-1252-7

Copyright © L'Archipel, 2004.

Cahier photos : droits réservés.

Prologue

Les grandes illusions

« TF1 prépare un téléfilm sur l'affaire Dominici. Nous voudrions que vous fassiez un documentaire pour accompagner cette fiction. Il y a une nouvelle thèse selon laquelle la victime aurait fait partie des services secrets. Cela vous tente ? »

C'est ainsi que la chaîne Odyssée nous a précipités dans l'aventure.

L'affaire Dominici ! Un tourbillon de noms1– « Grand-Terre, Durance, Drummond, Lurs, Gaston, Gustave, Yvette, Provence, Giono, Jean Gabin... » – surgit à l'évocation de ce fait divers hors du commun, datant d'un demi-siècle, qui a marqué une génération et dont le temps n'a effacé ni l'aura ni le mystère. Les années n'ont pas éteint les passions. Il suffit de remuer un peu les eaux dormantes de l'histoire, et nous voici aspirés.

Rappelez-vous... Nous sommes le 4 août 1952 au soir. Comme souvent en Provence, « l'affaire » commence par une histoire d'eau, une histoire d'irrigation mal contrôlée dans la luzerne des Dominici qui va provoquer un éboulement sur la voie ferrée en contrebas. Cet éboulement, qui risque de s'amplifier durant la nuit, les fermiers de la Grand-Terre vont devoir le surveiller car si le premier train, à l'aube, est contraint de s'arrêter, il leur en coûtera une forte amende.

La « campagne » de la Grand-Terre, comme on dit en Provence, est en effet située en surplomb de la voie de chemin de fer Digne-Manosque, entre la Durance et la route nationale 96. Dominant le tout, le plateau de Ganagobie, splendide, sauvage, avec son monastère au milieu du maquis. À la Grand-Terre vivent Gaston Dominici, 75 ans, et sa femme Marie ; Gustave, un de leurs fils, et son épouse Yvette, ainsi qu'Alain, leur bébé de 10 mois.

Ce soir-là, des touristes anglais, Anne et Jack Drummond, accompagnés de leur fille Elizabeth, ont garé leur automobile Hillman au bord de la route à 165 mètres de la ferme des Dominici. Ils ont décidé de passer la nuit à la belle étoile. La route est assez fréquentée en cette chaude nuit d'après fête.

Au matin, Gustave, le fils Dominici, sorti, dit-il, pour surveiller l'éboulement, donne l'alerte en arrêtant un motocycliste qui revient de son travail. Il a vu le corps d'une fillette dans le talus vers la Durance. Les gendarmes arrivent sur les lieux et découvrent deux autres cadavres, l'un recouvert d'une couverture, l'autre d'un lit de camp. Ce sont les parents Drummond. Ils ont été exécutés par une arme de guerre. La petite Elizabeth, elle, a reçu sur la tête des coups mortels, portés par un manche de pioche ou une crosse de fusil. Il règne un désordre indescriptible autour du véhicule. Les curieux envahissent très vite ce que l'on appelle déjà le campement des Drummond. Dans l'après-midi, l'arme du crime – une vieille carabine américaine rafistolée, de marque Rock-Ola – est retrouvée brisée dans la Durance. Il ne fait pas de doute que l'enfant a été assommée avec le fusil qui a tué ses parents.

Il apparaît très vite que les victimes ne sont pas n'importe qui. Sir Jack Drummond, 61 ans, est un nutritionniste célèbre en Angleterre. Anobli par la reine pour ses travaux, il est directeur d'un laboratoire pharmaceutique.

Les Dominici, eux, sont les premiers témoins du drame qui s'est déroulé près de leur ferme. Cette nuit du 5 août, ils ont entendu sept coups de feu sans pour autant réagir. Simples témoins au début, Gustave puis Gaston attirent l'attention des enquêteurs par les contradictions qui émaillent leurs déclarations. Le commissaire Edmond Sébeille, qui dirige l'enquête, acquiert bientôt la conviction que les Dominici en savent plus qu'ils ne le disent.

Le clan Dominici – Gaston a huit enfants qui vivent tous dans la région – fait bloc autour des habitants de la Grand-Terre.

En novembre 1952, une première révélation à la police d'un ami de Gustave conduit ce dernier devant le tribunal correctionnel pour non-assistance à personne en danger. Le fils Dominici a en effet déclaré que la petite Elizabeth était vivante au moment où il l'a découverte. Il est condamné à deux mois de prison ferme. En janvier 1953, une seconde révélation fait rebondir l'enquête du commissaire Sébeille qui piétinait. Les interrogatoires de Gustave puis de Clovis aboutissent à une mémorable séance d'aveux. Gustave accuse son père du triple crime ; Clovis confirme et, enfin, le vieux Gaston reconnaît qu'il est bien l'assassin des Drummond. Il avoue tout, et à quatre reprises. Il se rétracte autant de fois.

En novembre 1954, Gaston Dominici affronte le jury de la cour d'assises de Digne. Le triple meurtre de Lurs a pris une telle dimension que ce procès, le premier vraiment médiatisé de l'histoire judiciaire française, est suivi par cent soixante-quinze journalistes du monde entier. Le mythe de l'affaire Dominici va d'ailleurs naître durant les débats car la famille de la Grand-Terre va se déchirer devant une salle comble, se menacer, s'invectiver douze jours durant. Le patriarche de la Grand-Terre est persuadé qu'on ne condamnera pas à mort un homme de son âge. Il se trompe. Lorsque le 24 novembre 1954 la sentence tombe, il comprend qu'il a mal joué, change brusquement de tactique, accuse son fils Gustave et son petit-fils Roger Perrin d'être les assassins des Drummond.

Le doute s'insinue alors dans la conscience française. Et si le patriarche de la Grand-Terre n'était pas coupable ? Et s'il n'était pas le seul coupable ? Événement unique dans les annales judiciaires, une contre-enquête est très vite diligentée par le ministre de la Justice. Un an plus tard, le rapport des deux policiers parisiens envoyés sur place laisse entendre que Gustave et Roger Perrin ne sont pas étrangers à l'affaire mais le juge d'instruction, estimant qu'il n'existe pas suffisamment d'éléments pour les inculper, prononce un non-lieu.

Gaston Dominici reste emprisonné aux Baumettes à Marseille. Gracié en 1960 par le général de Gaulle, il meurt cinq ans plus tard à l'hospice de Digne sans laisser de testament.

Les lacunes de l'enquête, le déroulement du procès, le comportement des Dominici font qu'un demi-siècle plus tard l'incertitude plane encore sur la culpabilité de Gaston Dominici.

Si le patriarche de la Grand-Terre n'est pas l'assassin de la famille Drummond, l'affaire n'est pas close. Il faut donc chercher le ou les coupables, et les pistes foisonnent. En cinquante ans, elles ont eu le temps de se multiplier. Si on écarte les plus farfelues, les mythomanes, les radiesthésistes, les voyants, si on jette au panier les lettres anonymes, il reste deux orientations à l'apparence sérieuse. La piste de la Résistance d'abord. Elle a eu son heure de gloire. On parlait alors d'argent parachuté durant la guerre par les Anglais, récupéré par les Dominici et d'une venue de Jack Drummond à Lurs pour régler le problème.

Les années 90 ont été marquées par l'essor d'une autre piste, déjà envisagée en 1952, une piste protéiforme qui, se mélangeant parfois à celle de la Résistance, a le mérite d'enflammer les imaginations : l'espionnage. Elle est défendue aujourd'hui par Alain Dominici, le petit-fils de Gaston. Il clame sans relâche l'innocence de son grand-père et celle de sa famille. Appuyé par son avocat, Me Gilbert Collard, il a déposé en février 1997 une requête en révision de la condamnation à mort de son grand-père. Elle a été rejetée.

Dans cette requête, il est fait à maintes reprises référence au livre du journaliste William Reymond2. C'est cet ouvrage qui a inspiré le téléfilm tourné pour TF1 en 2002.

Chez un ami commun, nous avons rencontré, un beau jour de mai, Alain Dominici. Costaud, sympathique, le regard franc, il s'avance vers nous dans le jardin ombragé. Il a l'allure sportive et la poignée de main assurée. Ainsi c'était lui le bébé à qui sa mère Yvette donnait, disait-elle, le biberon à 1 h 10 du matin, quand sept coups de feu o...

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