Contre-histoire de la philosophie, 6, Les radicalités existentielles Tome 6
EAN13
9782246689416
ISBN
978-2-246-68941-6
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
ESSAI FRANCAIS (6)
Séries
Contre-histoire de la philosophie (6)
Nombre de pages
386
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
580 g
Langue
français
Code dewey
171.4
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6 - Les radicalités existentielles Tome 6

De

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INTRODUCTION?>Le siècle des radicalités existentielles?>1?>Les deux XIXesiècles. Le siècle de la révolution industrielle a été également, on l'a vu, celui des solutions collectives et de l'eudémonisme social Face à la brutalité du monde capitaliste dans sa formule libérale, une ligne de force travaille ce moment de l'Histoire et propose des agencements communautaires pour répondre au problème de la misère. Dès lors, le fond et la forme donnent naissance à des propositions socialistes, communistes, anarchistes. Les mots et les choses avancent ensemble. Les signifiants apparaissent et avec eux les signifiés se précisent.Après Thermidor, qui consacre le triomphe de la bourgeoisie et marque la fin de l'actualité révolutionnaire, Bentham théorise l'utopie libérale : il énonce que le marché libre régule le réel, mais précise que les déchets et les ratés de cette régulation iront tout droit dans un Panoptique, machine disciplinaire destinée à redresser les victimes du système afin de les réinjecter dans la production des richesses de la nation. Pour un libéral, le libéralisme promet le paradis sur terre, pourvu qu'on veuille bien laisser faire le marché; pour une personne épargnée par une pareille croyance, cette modalité du capitalisme ne tient pas ces promesses utopiques car elle génère inévitablement la paupérisation.Face à cette utopie qui vaut bien celle du marxisme, une poignée de penseurs se rebelle et propose des solutions politiques pour éradiquer la misère. L'austère protestant William Godwin envisage le paradis sur terre, dans un futur lointain, et son projet irénique finit par faire les délices des anarchistes qui transfigurent ce disciple de Luther en maître à penser; le généreux John Stuart Mill s'affirme libéral mais récuse l'utopie de Bentham, invitant à créer des instances correctives à cette machine dangereuse qui sème derrière elle la misère, la pauvreté, la délinquance, l'alcoolisme, la prostitution, la maladie, Mill inaugure ainsi un socialisme libéral riche en potentialités ; le patron de gauche Robert Owen construit un village idéal autour de son usine pour y réaliser le projet utilitariste du plus grand bonheur possible pour le plus grand nombre; quelques-uns de ses disciples, mais aussi ceux de Cabet ou de Saint-Simon, franchissent l'Atlantique et construisent des communautés utopiques; le fantasque Charles Fourier propose le Phalanstère pour répandre pacifiquement la révolution de l'Attraction passionnée ; l'ogre Bakounine envisage des Etats-Unis anarchistes d'Europe. Tous croient à des solutions mettant en jeu des concepts qui deviennent le socialisme, le communisme et l'anarchisme.Une autre ligne de force traverse le siècle, avec un certain nombre de philosophes qui ne se réjouissent pas plus du monde comme il va que ces eudémonistes sociaux. Eux aussi proposent des solutions, mais individuelles. Elles définissent, malgré leur hétérogénéité, un continent que je nommerai celui des radicalités existentielles.« Radicalités », car les solutions proposées prennent les choses à la racine et proposent rien de moins qu'une réorganisation du monde à partir de piliers majeurs - la Nature pour Thoreau, le Néant chez Schopenhauer, le Moi pour Stirner; « existentielles » pour la visée pragmatique d'une vie philosophique.2?>Se changer, changer l'ordre du monde. Descartes a formulé les termes de cette alternative vieille comme le monde. On le sait, le philosophe rapporte les règles utiles pour parvenir à une certitude généalogique. Dans son Discours de la méthode, le prudent René Descartes dont la devise était « larvatus prodeo» («j'avance masqué »), se lance dans la grande aventure du doute méthodique. Le libertin qui travaille le philosophe pointe sous le projet de « morale par provision », dite aussi « morale provisoire », avec laquelle il s'adresse aux autorités politiques et religieuses en les assurant de sa bonne foi, à tous les sens du terme.
Certes, il lance sa machine de guerre méthodologique, et elle peut faire des dégâts, mais il dit haut et clair, première règle, qu'il obéira aux lois et coutumes de son pays. Que les chrétiens et les monarchistes ne s'inquiètent donc pas. Ensuite, il affirme, deuxième règle, qu'il sera ferme et résolu, tenant le cap philosophique fixé : pas question de douter de son projet en cours de route. Troisième règle : « tâcher toujours plutôt à me vaincre que vaincre la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde ». Quatrième et dernière règle : examiner l'occupation la plus désirable à même de lui permettre « de vivre le plus heureusement que je pourrais », puis, une fois trouvée, s'y adonner. En l'occurrence : philosopher et chercher la vérité.

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