Rendre possible
Éditeur
Quae
Date de publication
Collection
Indisciplines
Nombre de pages
315
Langue
français
Code dewey
330.1092
Fiches UNIMARC
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Rendre possible

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  • AideEAN13 : 9782759219759
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  • AideEAN13 : 9782759221035
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Extrait

Suivre l'itinéraire d'un chercheur, en l'occurrence l'économiste et anthropologue Jacques Weber, pour mieux comprendre l'évolution du champ scientifique et humain auquel il a contribué, telle est la raison d'être de cet ouvrage, son parti pris. Derrière toute activité de recherche, il y a toujours une société, des hommes : c'est trivial de le dire, mais c'est pourtant rarement mis en relief – ce qui peut être préjudiciable à la compréhension, particulièrement quand la matière scientifique en question concerne ce que l'on appelle « les ressources renouvelables ». Que l'on parle de nature, d'écosystèmes, de paysages, ne s'agit-il pas aussi bien de ce que nous consommons, de ce que nous produisons, de ce que nous transformons que des collectifs humains associés à ces entreprises, ainsi que du cadre où cela se déroule ? On est à un carrefour agité, où s'entrecroisent écologies, économies et sociétés : l'interdisciplinarité est de règle !
On ne peut s'empêcher de souligner que cet ouvrage a été imaginé en 2009, année où le Nobel d'économie?[1]? fut attribué à Elinor Ostrom – c'est-à-dire à un moment où l'anthropologie et l'économie des ressources renouvelables, en recherche de reconnaissance quoique au cœur de notre histoire et de notre avenir d'humains, se voyaient enfin légitimées à travers l'un de ses plus éminents contributeurs. Une auteure et collègue qui compte beaucoup pour Jacques Weber et l'œuvre qu'il a produite.
Au-delà d'un commun intérêt pour l'économie des ressources, ce qui rassemble les auteurs de cet ouvrage ce sont d'abord les liens qui se sont tissés et les dynamiques qui sont nées ou ont été orientées au gré des rencontres avec Jacques Weber. Des auteurs dont la diversité des cultures scientifiques – de l'économie aux mathématiques en passant par l'écologie et les politiques publiques –, des parcours et des âges montre le rayonnement exercé par Jacques Weber, « économiste passe-frontières ».
L'ossature du livre est constituée par onze des articles de Jacques Weber, ceux que les co-auteurs de ce livre ont estimés comme parmi les plus marquants pour eux, c'est-à-dire les plus inspirateurs ou... les plus dérangeants (ne serait-ce pas souvent la même chose ?). S'y enroulent telles des lianes – il y a des senteurs tropicales dans cette œuvre et chez ce natif du Cameroun cher à son cœur –, et prolongeant la réflexion, de nouveaux articles, soit d'actualisation de la problématique, soit d'ouverture de nouvelles perspectives vers d'autres domaines. Mais aussi, parce qu'on tenait à faire sentir l'homme derrière le chercheur, pour mieux éclairer l'apport scientifique, des témoignages ou clins d'œil d'élèves, de collègues, d'amis. Ce sont les « Rencontres », mais aussi les introductions de chaque partie – et les articles « Pour aller plus loin » n'en sont eux-mêmes pas exempts – « effet Weber » sans aucun doute !
Les quatre parties de l'ouvrage illustrent la cohérence et la richesse d'un tel parcours. Jacques Weber a passé sa vie à observer les comportements et les sociétés dans lesquelles il vit et évolue. En tant qu'économiste, il s'est intéressé à l'étude des relations des humains à propos des choses. Il a d'abord cherché à comprendre, à trouver la cohérence du comportement des gens qu'il côtoyait, à remonter à la source, à se glisser dans le point de vue de l'autre, à voir au-delà. L'observation des pêcheries et des pratiques paysannes, ses premiers objets d'étude, illustre cette volonté profonde de comprendre avant d'agir, de s'imprégner des représentations de l'autre.
Derrière ses premiers objets d'étude, le chercheur découvre des règles et des symboles. L'étude des formes de propriétés, des manières de produire, éclairée par l'esprit de l'anthropologie économique chère à Maurice Godelier, lui permet de percevoir les différences fondamentales entre droits fonciers et droits sur les ressources. Sur ces questions des modes d'appropriation, les rencontres ont été fondamentales, notamment celle avec Elinor Ostrom et toute une communauté de chercheurs qui se posent des questions sur ces histoires de « communs ». Il n'était plus seul à considérer cette question comme fondamentale. Construire collectivement les problèmes, comprendre la langue de l'autre permet de déboucher sur des nouveaux systèmes de recherche, des systèmes en réseau.
Jacques Weber provoque le dialogue, la réfutation, la disputation. Il met un point d'honneur à préciser les conditions dans lesquelles il pose le problème, à fournir tous les éléments utiles à la réfutation de son point de vue. En tant que jeune chercheur, il n'est pas à l'aise dans l'économie néo-classique telle qu'elle s'exprime et ne voit pas d'alternative proposée. Il essaie de reprendre le problème, analyse les forces de ce courant, tant du point de vue des postulats de comportements, de la définition de l'économie sur l'optimisation, de ces modes de formalisation (concepts d'équilibre et d'optimum) et de ses outils privilégiés que représentent les mathématiques linéaires. Et Jacques Weber réfute d'emblée le postulat d'un équilibre considéré comme omniprésent, plutôt que ponctuel et instantané. La variabilité et l'instabilité sont, pour lui, constitutives du monde. Au sein du programme environnement du CNRS, membre actif du groupe « Modèles, méthodes et théories », il découvre les modèles multi-agents et embrasse la variabilité : il n'y a pas de postulat de comportement type mais des simulations, des scénarios et des protocoles réfutables, l'exploration des possibles, qui permettent à la complexité de s'exprimer.
La manière d'aborder les problèmes, de poser les questions est plus importante pour Jacques Weber que l'accumulation des connaissances. Son projet initial était de contribuer aussi peu que ce soit, aussi modestement que ce soit, à une théorie de la reproduction sociale. Il souhaite comprendre ce qu'est ce phénomène de pauvreté, ce qui crée cette intolérable pauvreté. Il s'interroge sur la nature des liens qu'entretiennent les êtres humains et l'évolution de ces liens dans le temps. Il propose une nouvelle définition de la pauvreté : « la pauvreté, c'est l'absence de possibilité de peser sur son avenir », tandis que « la misère, c'est l'absence de maîtrise de son présent », et « l'exclusion, c'est quand on ne s'appartient même plus ». Ce qui produit la pauvreté, ce n'est jamais la nature, ce sont les formes d'organisation de la société, ses idéologies. La question des valeurs rejoint alors le problème de la pauvreté. Et la quête de Jacques Weber reste celle de comprendre les relations des hommes à propos des choses, à propos du vivant, d'accueillir la complexité, celle des processus d'interactions entre des individus et des groupes, tous uniques et différents. Un maître passe-frontières !
Qu'il s'agisse de frontières de disciplines, de cultures, de générations ou de pays, il n'a cessé de s'en jouer en effet, pour mieux avancer, pour développer ses idées et ses actions. Une vertu pas toujours appréciée à sa juste valeur dans notre monde scientifique cloisonné en disciplines, tant elle dérange. Mais une véritable stratégie de recherche chez cet élève de... Pierre Dac : inverser la perspective pour renouveler la pensée, décaler l'angle d'attaque pour mieux toucher la cible, prendre à contre-pied pour rebondir ! C'est bien cette vertu première que reconnaissent et saluent les contributeurs à ce livre, qui voit le jour au moment où Jacques Weber retrouve sa pleine liberté, « faisant valoir ses droits à la retraite » comme on dit pudiquement – lui préfère parler de « jubilation », à la façon des Espagnols (jubilacíon) –, une vertu qui lui a valu, par exemple, de présider le conseil scientifique de l'Action coordonnée incitative « Écologie quantitative » de 2000 à 2003, qui intégrait dynamique des écosystèmes, dynamique des sociétés et dynamique de la planète, puis de se voir confier la direction de l'Institut français de la biodiversité de 2003 à 2007, dont le succès national et européen devait conduire à la Fondation de recherche pour la biodiversité. Une fondation où le monde scientifique côtoie celui des entreprises comme celui des associations – il fallait bien un économiste pass...

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