PSYCHOLOGIE DU CRIMINEL, logiques de l'irréparable
EAN13
9782841875177
ISBN
978-2-84187-517-7
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
POLITIQUE, IDEE
Nombre de pages
416
Dimensions
23 x 14 x 2 cm
Poids
100 g
Langue
français
Code dewey
364.3
Fiches UNIMARC
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Psychologie Du Criminel

logiques de l'irréparable

De

Archipel

Politique, Idee

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DANS LA MÊME COLLECTION

Thierry Gallois, Psychologie de l'argent, 2003. –

Un livre proposé par Roseline Davido

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eISBN 978-2-8098-1516-0

Copyright © L'Archipel, 2004.

À Sylvia,
Aymeric,
Wendy,
Kelly,
Duncan,
et Guilhem.

PREMIÈRE PARTIE

Vacarme de rupture

I

Lettre morte

Notre époque est à la peur comme à la sécurité, au crime comme à la justice. Nombre de faits divers giflent notre quotidien, nombre de crimes sordides encombrent les prétoires. Crimes odieux, crimes fous, rituels monstrueux en terres ordinaires. À côté de chez soi, et à tout moment.

S'y forge comme une certaine culture.

Chaque soir, à la télévision, entre les crises politiques répétées et les accidents de la journée, un journaliste tend un micro à des familles victimes de violences pendant qu'une caméra impudique filme en gros plan des visages de douleur et des atmosphères de misère ! Terreur obligée dans le sommeil noir de l'existence. C'est presque devenu un classique.

Pendant que le récit des scandales et des multiples drames occupe continuellement l'information, un crime survient. On s'arrête, on regarde et on écoute, curieux. Le commentateur, lui, fait son métier.

Ce crime s'est déroulé avec une extrême rapidité ! Un regard, une frustration, des jeunes, une bagarre. Qui sait ? Soudain, ce fut un éclair, un cri, puis une chute sur le sol.

Le reste n'est que rites. Des sirènes qui hurlent, des cités qui s'échauffent pour la nuit. S'amassent déjà des foules qui jettent des fleurs sur le sable rouge, jurant contre le ciel : « Plus jamais ça ! Plus jamais ça ! » Et, parfois, comme pour achever cette banale séquence de violence, des techniciens prennent le temps de filmer la silhouette mal recouverte d'une veste : le criminel ! La voiture grise file à toute vitesse, s'éloignant d'un poste de police ou d'un tribunal. Nous n'apprendrons que plus tard la sentence, suivie de quelques remous, puis plus rien. Tout continue, tout recommence.

De nouvelles catastrophes recouvrent le récit, luxe d'images qui, sur le petit écran, se succèdent et s'effacent. Le crime s'est perdu dans les mémoires du soir.

Parfois perdurent quelques émotions, s'entrecroisent quelques opinions. Enrichi de bribes multiples et de certitudes infimes, un vaste discours rempli d'habitudes s'entretient un peu partout.

Il semble que le crime engendre sans cesse les mêmes mots, les mêmes plaintes, les mêmes effarements. Nous nous trouvons dans un véritable discours commun où se creuse, puis se fige un éternel débat, où s'éveille un malaise familier.

Un débat invariable, entre des points de vue inconciliables. Chacun y maintient son opinion.

Le contenu des arguments compte peu. Ce qui importe, c'est d'être convaincant, et ferme !

Une partie du public mêle rigueur et sens du châtiment, réclame une réaction dure, une peine exemplaire. Un criminel doit être puni ; il doit même, s'il a commis des actes ignobles, être exécuté. Tant pis pour la loi ! Et toute erreur, toute faiblesse en ce domaine, loi ou pas, apparaissent comme un danger pour la société. Une civilisation doit absolument sauvegarder cohérences et valeurs. Et la moindre confusion, le moindre romantisme ne peuvent que déstabiliser l'ensemble. Les monstres doivent payer pour que nos enfants vivent. Qu'on le dise avec entêtement, qu'on le déclare avec mépris, qu'importe. Si un système social veut survivre, il a le devoir d'une réelle intransigeance.

Face à cette partie du public, il y a le clan des opposants. Ceux qui refusent cette réaction, à leurs yeux trop primitive. Ceux qui savent que la justice peut faire des erreurs, qu'elle peut commettre à son tour l'irréparable. Lorsque le sécuritaire se déploie trop, la violence, même légitime, étend ses tentacules et développe des écarts scandaleux et des injustices flagrantes. Ceux qui connaissent les conditions sociales complexes et enchevêtrées de toute criminalité, les contextes déterminants de multiples déviances, et qui affirment que c'est de tout cela dont il faut tenir compte si l'on veut comprendre et réduire les phénomènes de violence. Pour eux, un criminel, bien souvent, n'exprime que sa misère, son silence, son incapacité à être vraiment un sujet social. Certes, il faut punir, refuser les transgressions à la loi et les actes injustifiables. Mais il faut surtout analyser les raisons de tels déferlements, savoir accompagner, voire soigner. Sauver le système social, c'est reconnaître que la peine n'a jamais dissuadé personne, qu'elle détruit plus qu'elle ne fait prendre conscience. C'est refuser de répéter contre le criminel la barbarie qu'il a lui-même utilisée.

Ces arguments se heurtent et partout se reconstituent. On les croit chaque fois originaux et personnels. En réalité, ils figent la pensée. Rien jamais ne s'en dégage. Droit et militantisme s'observent, s'obsèdent et s'affrontent sans cesse.

Pendant que s'entretient, en même temps, un vaste et profond malaise.

Le moindre fait divers rappelle aussi une évidence. L'homme tue ! Bien sûr, il sait construire, inventer, il engendre des enfants qu'il instruit et protège. Il rit, répare, crée, repart, espère et donne. Mais, invariablement aussi et chaque instant le démontre, il tue ! Il tue pour vivre, par accident, par haine, par férocité, qu'importe. Il tue ses ennemis, ses voisins, ses propres enfants, ceux qu'il déteste, qu'il côtoie, qu'il dit aimer. Et ce n'est pas près de changer.

Du coup, bien des gens affirment qu'en ce domaine tout se confond. Que chaque geste révèle quotidiennement en chacun la barbarie secrète qui veille. Il n'existerait que des échelles de gravité, en chaque être humain se superposeraient toutes ces formes spectaculaires de mort, toutes ces formes infinies de cruauté et de destruction. Terrain meurtri de trop de confusions et d'absurdes analogies. L'homme est un loup, un véritable prédateur. Il est sauvage et monstrueux par nature, même s'il veut l'ignorer. Et toute civilisation, toute démocratie ne peuvent se fonder que sur la gestion, sur le rejet d'une violence primitive et inévitable existant en chacun.

Pendant ce temps, plus ou moins d'accord avec cette violence que d'aucuns ont pris l'habitude de dire fondamentale 1, d'autres avancent et prêchent que tout homme n'est pas nécessairement un meurtrier. Chaque être humain peut fort bien s'écarter de la cruauté. Il peut et il doit maîtriser ses instincts de meurtre et de destruction, c'est même ce qui définit l'homme et ses chances de poursuivre sa fabuleuse aventure. Il n'est que certaines violences qui tuent, et seuls quelques hommes sont des assassins. Même si l'on sait que dehors, comme au fond de soi, palpite un rapport intime à la violence et à la mort, même si gît en chacun un lien secret avec la disparition de l'autre, reste la négativité de tout crime, la différence, nécessaire, évidente, entre les coupables et les innocents. La moindre négligence, la moindre confusion sur ce plan risquent d'affaiblir les valeurs et les identités.

Violence en tous, sans doute. Il suffit de nous observer. Mais violence révélée de quelques-uns, et c'est toujours trop !

Embourbé dans ce vieux débat, lourd de ce terrible malaise, se propage un discours global, qui nourrit tous les thèmes de sécurité et d'apaisement.

La démocratie y devient école de progrès et la politique publique doit sans cesse détourner les multiples échos de la sauvagerie. Il faut prêter attention aux chiffres de la peur, faire confiance aux savoirs et aux décisions du système comme aux professionnels de l'ordre et du social, pour que règne une normalité acceptable. On se persuade que le crime peut toujours se déjouer, que les criminels, tôt ou tard, finissent par être punis, qu'ils peuvent même être soignés et retrouver ainsi une place dans la société. On promet que la violence va diminuer. Il faut continuer de vivre et de croire à la liberté. Il suffit d'évoquer les légendes et les récits les pl...

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