Telle fille, quel père ?
EAN13
9782841873548
ISBN
978-2-84187-354-8
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
Psychologie
Nombre de pages
264
Dimensions
10 x 10 x 2 cm
Poids
100 g
Langue
français
Code dewey
155.646
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Telle fille, quel père ?

De

Archipel

Psychologie

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DU MÊME AUTEUR

Dolto expliquée aux parents, L'Archipel, 1998.

La Psychanalyse sans complexes, L'Archipel, 1999.

Remerciements

Les travaux de Roger Zagdoun, notamment sur le patriarcat et l'inceste, ont enrichi ma vision des relations père-fille.

Merci à Jacqueline Zana Victor et Mathias Lair de m'avoir aidé dans mon travail de rédaction.

Contact : jeanclaudeliaudet@wanadoo.fr.

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eISBN 978-2-8098-1554-2

Copyright © L'Archipel, 2002.

« Il se trouve que, piégées dans la maternité, ou la paternité, les valences libres de désir qui se vivaient entre adultes sont mobilisées par leur progéniture et se refixent sur cet enfant qui prend pour chacun une partie de la place du conjoint. Et le conjoint perd de sa valeur par rapport à cette révélation aussi de la puissance libidinale attractive et séductrice d'un enfant. Ou il est séducteur ou il est rejeté ; ou on veut le dévorer, ou on veut le commander, le dresser, toujours avec un amour dérivé de notre narcissisme, parce qu'il est corps de notre corps. C'est le génie de Freud d'avoir compris cela avec le mot “complexe d'Œdipe”. »

Françoise DOLTO, La Cause des enfants.

INTRODUCTION

Le père est aujourd'hui l'objet d'un questionnement. Nous sommes à un tournant de notre histoire où il n'est plus une évidence. S'il existe une littérature sur ce sujet, il existe peu de livres traitant du père dans ses rapports avec sa fille. Cette relation est pourtant un « lieu sensible » : au moment où le patriarcat décline, et où les femmes sont enfin des sujets à part entière, que devient la rencontre entre le père et la fille ? J'ai commencé la rédaction de ce livre avec cette interrogation.

Chemin faisant, j'ai constaté que la question du père touche à l'ordre symbolique, c'est-à-dire à la mythologie qui fonde notre réalité dans ses dimensions à la fois culturelle et politique. La question du père n'est pas seulement une affaire de famille, elle a à voir avec le fait que nous sommes plus ou moins humains, plus ou moins barbares. Depuis que l'on a coupé la tête au père Capet et que Dieu est mort, nous vivons une contradiction : allons-nous vers un nouvel ordre où les hommes et les femmes seraient des frères et sœurs, égaux et différents en République ? Ou recherchons-nous la jouissance infinie d'individus devenus tout-puissants parce que libérés de toute règle et de toute identité, comme le promet le libéralisme ? C'est dans ce contexte que me semble se développer la relation entre le père et la fille.

Dans le but de permettre au père de comprendre sa fille, j'ai été amené à détailler l'évolution psychologique de la fille de sa naissance à sa maturité, afin d'identifier ce qu'elle attend d'un père quand elle est nourrisson, quand elle développe son autonomie au moment de la marche, quand elle découvre la différence des sexes, quand elle se prend d'amour pour lui au temps du complexe d'Œdipe, quand elle devient adolescente, puis adulte... Une telle description des étapes du développement de la femme n'avait pas encore été réalisée, du moins sous cette forme globale. Ainsi, ce livre que je destinais d'abord aux pères se trouve également destiné aux femmes.

I

LE DÉCLIN DU PATRIARCAT

En ce début du troisième millénaire, la paternité a perdu son évidence, elle est devenue problématique. Le père n'est plus le pivot de l'organisation symbolique et sociale, mais une simple fonction dont on constate la désintégration. Le géniteur, l'éducateur, le donateur du nom, le donataire du patrimoine ne sont plus nécessairement confondus dans une même personne. Un père est-il alors encore nécessaire ? Certains experts prophétisent sa mort. Après la mort de Dieu, père de l'humanité, celle du monarque, père du royaume, pourquoi pas celle du père de famille ?

Avec les pères, disparaît une conception de l'autorité. Car être père, c'est être auteur : être le premier à produire une œuvre, être fondateur, être à l'origine. Ainsi, le Dieu, père des pères, crée-t-il en énonçant cette parole : « Que la lumière soit. » De même, lorsque le père dit : « Tu es ma fille et je te donne mon nom », il se déclare père de par sa volonté.

Si l'on peut constater cette disparition, il est plus difficile d'en discerner les causes. On invoque des raisons sociales : l'éclatement ou la disparition de la famille, la recomposition des rôles masculin et féminin, l'absence du père absorbé par ses exigences professionnelles. On évoque également des causes scientifiques : les évolutions de la médecine, et notamment l'identification du patrimoine génétique, privilégient la « loi » du sang1 au détriment d'une véritable loi fondée sur le symbolique et réduisent le père à être un donneur de sperme. Le droit, dans les années 70, a apporté aussi sa contribution à l'établissement du primat de la mère... D'autres estiment que l'organisation politique de la démocratie concourt au déclin du père. D'autres encore le font dater du début du christianisme, avec le remplacement du Dieu tout-puissant du mont Sinaï par un Jésus crucifié.

Certaines causes sont liées aux évolutions de ces derniers siècles, d'autres trouvent leur source dans les grandes histoires plutôt que dans l'Histoire.

1. Les discours racistes recourent eux aussi aux données biologiques pour justifier un ordre social.

1

LA MYTHOLOGIE FONDATRICE

Pour comprendre ce qu'il en est du père (et par conséquent de la mère, l'un ne se définissant pas sans l'autre), il est nécessaire de revenir aux légendes qui fondent notre réalité.

En effet, dans ses mythes, chaque culture répond au besoin de sens qu'éprouve tout homme. Du non-sens d'avant notre naissance au non-sens d'après notre mort, il s'agit de tracer un chemin qui nous permette de vivre sans être à chaque instant happé par le néant. D'où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? C'est à ces questions que répondent les mythologies d'hier et d'aujourd'hui, nous dessinant un espace à vivre et une manière très réglée de l'occuper, sans lesquels nous serions perdus dans un infini absurde. Car les mythes n'appartiennent pas qu'au passé, chaque époque y va de son histoire fondatrice ou explicative. La Révolution française n'est-elle pas une saga de la démocratie et des Droits de l'homme et du citoyen ? La croyance dans la science et dans l'incoercible marche du progrès ne vint-elle pas, au XIXe siècle, combler le vide laissé par l'affaiblissement de l'illusion religieuse ? De même pour l'utopie marxiste ? Aujourd'hui « le marché » est partout et nulle part, doué d'une parfaite ubiquité, il est censé commander les faits et gestes, et même les esprits, des acteurs économiques, auxquels nous sommes réduits. Ainsi, les mythes actuels viennent se superposer sur nos mythes anciens, en une sorte de millefeuille fait de contradictions et de cohérences.

Si notre pâte mythologique est au travail, ses constituants fondamentaux restent encore ceux du Livre des livres. Si, depuis deux siècles, de nouvelles croyances apparaissent, nos fondations, à nous Occidentaux, restent pour l'instant inchangées : il faudra encore quelque temps pour construire un nouveau monde !

LE RÉCIT DE LA GENÈSE, ET LE REFOULEMENT DU FÉMININ

Certaines mythologies amérindiennes attribuent la création du monde à un couple de jumeaux. Plus près de nous, en Inde comme parfois en Grèce antique, les choses se déroulent le plus naturellement qui soit : les dieux comme les hommes proviennent d'un père et d'une mère. Les dieux vivant aux abords du mont Meru, tels qu'on les voit décrits dans le Mahâbhârata et d'autres textes sacrés, se reproduisent selon l'antique formule : Vishnou a son épouse Lakshmi, Shiva s'accouple avec Parvati. De même sur l'Olympe : Ghaïa s'unit à Ouranos pour enfanter les Titans, et Zeus naît de l'union de Kronos et de Rhéa.

Il arrive pourtant que le père ne supporte pas le partage avec une femme. Dans les cultures du bassin méditerranéen, il arrive qu'il veuille être tout-pu...

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