Marie-Antoinette, la rose écrasée, la rose écrasée
EAN13
9782841878321
ISBN
978-2-84187-832-1
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
ROMAN FRANCAIS
Nombre de pages
420
Dimensions
24 x 15 x 0 cm
Poids
520 g
Langue
français
Code dewey
843
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Marie-Antoinette, la rose écrasée

la rose écrasée

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eISBN 978-2-8098-1293-0

Copyright © L'Archipel, 2006.

1

Pourquoi l'ange devint maussade

CE 21 MAI 1770, UN ANGE QUI, du haut des airs, aurait aperçu le cortège quittant Vienne, eût froncé les sourcils. Peste ! Cinquante-sept voitures tirées par trois cent soixante-seize chevaux ! Qui donc enterrait-on ? Et dans ce cas, où était le corbillard ?

S'il avait voltigé à hauteur de ces équipages, il aurait dénombré cent trente-deux personnes. Mais quoi, des domestiques, pages, laquais, gardes du corps, femmes de chambre, coiffeurs, chirurgiens, secrétaires, dames d'honneur ! Dans la première voiture, un personnage pétri de suffisance, le prince Stahremberg, commissaire évidemment impérial de Sa Majesté impériale Marie-Thérèse d'Autriche, et l'abbé de Vermond, lecteur et confesseur du roi de France, chargés d'escorter une certaine voyageuse de Vienne à Paris. Celle-ci, dans la deuxième voiture, était une demoiselle de quatorze ans et demi, mince et droite, dont une mousse de cheveux blonds nimbait les roseurs : l'archiduchesse Antonia. Une des filles de Sa Majesté impériale, qui supportait les cahots sans trop de patience.

Il ne faut pas se hâter de juger les filles sur leur joliesse, et la jouvencelle réclamait encore plus la prudence.

Elle était née le Jour des morts, c'est-à-dire celui de tous les saints. Inquiétant présage quand on connaît le nombre de martyrs qui en illustrent le calendrier.

Antonia était promise par sa mère Marie-Thérèse à un glorieux destin ; elle en avait pourtant envisagé un plus souriant. Jadis, quand un jeune musicien prodige, Wolfgang Gottlieb – plus tard Amadeus, aimé de Dieu, Mozart, était venu jouer à la cour, elle s'en était éprise. Car Antonia, à l'instar de son père François, adorait la musique et les musiciens. Et ce Mozart était tellement gracieux ! À la fin du petit concert, ils s'étaient juré l'un l'autre de se marier.

Les courtisans avaient ri de ces serments d'enfants. Antonia ignorait alors que les princesses n'épousent pas qui elles veulent et encore moins des musiciens. Pourtant...

Elle y songeait encore quand elle plongea la main dans le panier de biscuits qui faisait partie des provisions de route : des gaufrettes aux violettes cristallisées dans le sucre.

Elle se croyait née en Autriche. Erreur : elle était née dans une autre époque.

Soudain, un choc. Le frein de la voiture grinça dans les vociférations d'un cochon qu'on égorge et les dames de la deuxième voiture, elles, freinèrent du pied et se raccrochèrent aux poignées vissées dans la buffleterie des montants. La tablette de voyage sur laquelle les voyageuses jouaient au lansquenet leur échappa des mains. Les cartes s'envolèrent et tombèrent. De petits cris jaillirent. Personne n'entendit l'une des dames laisser fuir un vent.

Antonia tourna la tête vers la portière. Son profil mutin, la lèvre inférieure proéminente – comme chez tout bon Habsbourg – et le front bombé de la dernière enfance se reflétèrent sur la vitre ternie par les intempéries. Encore une halte de relais. On en comptait une toutes les quatre heures. Une dame d'honneur lui tendit un flacon d'eau de senteur. Antonia se gratta la tête, recueillit trois gouttes du parfum et s'en enduisit les poignets. Un laquais sauta de son siège, près du postillon, et s'élança pour ouvrir la portière et rabattre le marchepied.

— Où sommes-nous ? demanda-t-elle en français.

C'était en effet la langue de toutes les cours.

— Enns, Altesse.

Elle se disposa à descendre. Le prince et l'abbé l'avaient précédée. Tous les regards se tournèrent vers elle. Elle savait ce qui l'attendait et réprima une moue : des notables endimanchés et rougeauds, des bourgeois émerveillés, des manants béats et puis des discours ampoulés et fleuris, qui célébraient surtout l'éloquence des orateurs. Elle écouterait d'un air sérieux et bienveillant, un léger sourire aux lèvres. Les femmes dans l'attroupement détailleraient la mise de l'illustre, de la merveilleuse voyageuse, dans l'espoir de pouvoir la copier. Puis des jeunes filles lui tendraient des bouquets de roses piqués de bleuets et de pâquerettes.

Et ce fut exactement ce qu'elle avait prévu. L'équipage s'était arrêté devant la vieille forteresse construite neuf siècles auparavant par les Bavarois, comme avant-poste contre les invasions magyares.

Les temps avaient changé : les Magyars étaient maintenant fidèles serviteurs de la Couronne impériale.

Elle écouta un compliment, puis un autre. On lui offrit des fleurs et un rafraîchissement, au choix du sirop d'orgeat, du café, du vin coupé. Il était près de midi. Elle accepta le vin coupé.

À la vue des bouquets, l'ange fronça les sourcils : mais c'étaient là des modèles de cocardes tricolores !

Les horaires étaient à peu près respectés. Le prince Stahremberg décida d'organiser une collation. Les dames d'honneur accompagnèrent Antonia dans les appartements privés du château, où un pot de chambre avait été disposé, garni d'une rose. Elle retira la fleur et rejeta l'eau de son corps.

Puis elle appela Johanna-Frederica, sa dame d'honneur préférée. Cette dernière accourut, portant la cassette de toilette de voyage. Un miroir, une brosse à cheveux, des flacons d'eau de senteur, de la poudre, une brosse à dents, de l'eau de bouche, une lime, des ciseaux...

Antonia, rafraîchie, ressortit quelques moments plus tard pour affronter les regards énamourés de son escorte. Aux cent trente-deux personnes qui l'accompagnaient depuis Vienne s'étaient jointes trente-quatre autres, occupants du château et notables. Ils admiraient l'aisance de Madame la Dauphine.

Car elle était déjà dauphine. La future reine de France.

Elle repensa à son mariage.

Le 19 avril précédent, quatre jours après Pâques, à l'église des Augustins à Vienne, Antonia de Habsbourg avait épousé un fantôme.

L'impératrice sa mère l'avait conduite au pied de l'autel et là, l'archiduc Ferdinand, troisième frère de l'épousée, avait tenu la place du Dauphin de France, Louis Auguste, duc de Berry. Les noces avaient été célébrées par le nonce du pape, Mgr Visconti.

Le soir, un bal exceptionnel avait réuni la cour et la noblesse de Vienne au palais du Belvédère.

Hymen, ô hyménée ! Pas plus de mari, toutefois, que de saucisses fleuries. Elle ne verrait son époux qu'à Versailles. De toute façon, elle ignorait ce qu'impliquait le mariage, sinon que l'homme auquel elle devrait soumission, amour et attention aurait le privilège de privautés qu'en toute autre circonstance on eût qualifiées d'inconvenantes, et même de répréhensibles.

— Devrai-je donc me dévêtir devant lui ?

— Altesse, l'affection vous fera oublier cet embarras, avait répondu l'abbé de Vermond, cachant le sien du mieux qu'il put.

Les dieux et déesses quasi nus sur les plafonds des palais n'eussent pas davantage informé Antonia. D'ailleurs, elle se demandait parfois pourquoi ces gens ne s'habillaient pas.

En guise de jeux de l'amour, elle contempla une fois de plus la miniature que l'ambassadeur extraordinaire de France, M. de Durfort, lui avait fait remettre par Sa Majesté l'impératrice ; elle représentait le dauphin Louis Auguste, fils aîné de feu le Dauphin Louis Ferdinand et donc petit-fils du roi régnant, Louis le Quinzième. Un charmant visage aux yeux profonds et aux lèvres incarnates. Mais elle le savait, tous les princes sont ravissants pour les artistes. Il fallait attendre de voir l'homme en chair et en os.

Souper et coucher précoces : l'on repartirait de bonne heure.

Les étapes s'égrenaient comme les perles d'un chapelet : Lambach. Altheim. Munich. Augsbo...

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