LE CABARET
EAN13
9782841878499
ISBN
978-2-84187-849-9
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
ARTS ET SPECTAC
Nombre de pages
500
Dimensions
24 x 15 x 0 cm
Poids
804 g
Langue
français
Code dewey
792.709
Fiches UNIMARC
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Le Cabaret "Rive Gauche" - De La Rose Rouge Au Bateau Ivre (1946-1974)

[de la Rose rouge au Bateau ivre]

De

Archipel

Arts Et Spectac

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eISBN 978-2-8098-1315-9

Copyright © L'Archipel, 2006.

À mes petits-enfants, Mathieu,
Manon, à ceux à venir,
en souvenir de Dadé, leur arrière-grand-père.

Préface

Je suis arrivé trop tard...

Tous me l'ont affirmé dès que j'ai commencé à comprendre (un peu !) ce qui m'entourait. Ce que signifiait une lettre de l'alphabet, un mot, une phrase.

Ça a commencé avec les parents, les grands-parents, les adultes en général qui veulent vous prouver que « c'était mieux avant ». Cela va des « étés plus chauds » aux « hivers plus rudes des vraies saisons » de leur enfance. Des « blés plus blonds » ou des « neiges plus blanches d'antan ». De « la discipline scolaire plus sévère » mais « plus juste » de naguère aux « mélodies plus harmonieuses » des chansons d'alors... Sans oublier la « saveur des fruits ou des légumes » et « les viandes plus goûteuses » que dans mon pauvre aujourd'hui ! En résumé, tout était forcément mieux de « leur temps ». Et l'on comprenait vite qu'il s'agissait du temps de leur jeunesse.

Même qu'elles se désespéraient, ces grandes âmes, que nous n'aurions jamais à connaître ces instants privilégiés qui furent les leurs.

Et ça continuait durant notre adolescence et même à l'orée de la vie professionnelle.

Ah ! tous ces jugements imparables des confrères plus âgés, des patrons, sur la médiocrité ambiante du métier auquel nous aspirions et devenu, bien sûr, sans avenir ! Les traîtres et les hypocrites ! Nous, on se doutait bien que c'étaient avant tout, là aussi, leurs plus belles années qu'ils regrettaient.

Enfin, nous avions peu le loisir d'y songer, puisque à notre tour nous profitions de nos curiosités ou de nos passions naissantes pour engranger dans nos mémoires ce qui deviendraient, plus tard, nos propres regrets.

Juste retour des choses, nous étions persuadés qu'avant nous rien n'existait qui ne soit plus extraordinaire, plus fabuleux que ce que nous vivions. Un monde nouveau que les « vieux » ne pouvaient pas comprendre et que les « petits jeunes » n'auraient jamais la chance de connaître !

Parvenu à l'âge où justement il faut savoir se retenir pour ne pas, à son tour, sombrer dans cette logorrhée des plaisirs disparus, je fais partie de cette frange disons « d'anciens », qui évitent de manier à tout propos la nostalgie (ou la rancœur).

Tout au moins je l'espère ! Et je me garde bien d'aligner devant mes cadets (et pour moi-même) les vestiges d'un passé en ruine. En réalité, mes préférences et mes priorités ne sont plus les mêmes que les leurs.

Ce qui n'empêche nullement les souvenirs. Mes souvenirs. C'est ce qui me plaît particulièrement dans cette évocation de l'époque (dois-je dire hélas !) des cabarets qui balisèrent les nuits de mon adolescence.

En lisant le livre de Gilles Schlesser, j'ai redécouvert une page d'histoire dont j'aurais bien voulu connaître les débuts. Mais là aussi, je le reconnais avec les années, « j'étais arrivé trop tard »...

De l'aventure qu'il retrace je n'ai connu que les derniers moments. Heureusement que j'ai commencé tôt à aimer la vie dans les méandres de ce que certains croient les ténèbres de Paris. Mes activités très précoces me permirent d'évoluer très vite dans le monde des « nuiteux ». Pour mon bonheur, j'ai très jeune fait plus vieux que mon âge. Ce qui m'a permis de pénétrer dans des lieux théoriquement interdits à mes contemporains et, sans le savoir alors, d'assister au commencement de la fin. Quand même, en quelques années, que de découvertes et de rencontres : Le Tabou vieillissant (plutôt mal) dans sa rue Dauphine ; Barbara ou Darras et Noiret ou Bernard Haller à L'Écluse, sur les quais ; la fermeture de La Fontaine des quatre saisons ; Jean Ferrat au Collège Inn ; Jacques Brel à L'Échelle de Jacob ; Pierre Vassiliu Chez Moineau ; Henri Gougaud à l'École buissonnière ; Pierre Doris et Raymond Devos à La Tête de l'art (ex-Chez Chez Gilles) ; Romain Bouteille ou Jean Yanne et son guide-chant, ou Guy Bedos à La Galerie 55 ; Maurice Fanon à La Colombe ; Jacques Higelin à La Vieille Grille ; Ricet Barrier au Cheval d'Or... et Anne Sylvestre, Jacqueline Danno, Cora Vaucaire, Anne Vanderlove, Monique Morelli, Eva, Gribouille, Brigitte Fontaine, Francesca Solleville, Maxime Le Forestier (en duo avec sa sœur Catherine : Cat et Maxime), Richard et Lanoux, Jacques Dufilho, Georges Brassens, Léo Ferré, Alex Métayer, Jean-Claude Darnal, Coluche, Bernard Lavilliers, Joël Holmès, François Deguelt, Pierre Dac et Francis Blanche, Serge Gainsbourg... un peu partout. Était-ce au Milord l'Arsouille, au Don Camillo, au Théâtre des Capucines ou des Trois Baudets, au Club du Vieux-Colombier, à La Rose rouge rue de Rennes, à L'Amiral, à Bobino, aux Concerts Pacra (le concert cra-cra) le soir de sa dernière en compagnie de Jean-Pierre Cassel, au Port du salut, à La Méthode, à La Contrescarpe, chez Georgette Anys, au Bateau ivre ou... je n'en sais plus rien.

Tous ces noms aujourd'hui disparus (ou presque) se heurtent dans ma pauvre tête avec les images floues qui surgissent dans le brouillard des fumées d'une époque où l'on pouvait encore boire ou fumer. D'un temps où l'on écoutait religieusement, serrés dans une salle minuscule, les paroles d'un illustre gratteur de guitare inconnu ; inconnu dont nous serions les premiers à consacrer le talent évident. À moins de le renvoyer dans l'oubli ou l'indifférence du moment.

Dans l'obscurité, les mains se cherchent, des lèvres s'entrouvrent...

Ah ! C'était formidable ! Ça n'existe plus des trucs pareils... Tenez, je me souviens, j'avais... oui, c'était... c'était en... Non vous ne pouvez pas avoir connu ça... Vous êtes arrivé trop tard...

En lisant ces pages, vous ne manquerez pas d'éprouver – pour ceux qui connurent ces instants – un petit pincement au cœur. Mais, je vous en prie, évitez ces réflexions qui risqueraient d'irriter et donc d'éloigner ceux qui ignorent cette face, pour eux toujours invisible, d'un patrimoine... peut-être trop vite effacé.

L'histoire se construit avec la mémoire. Quand on a eu la chance d'en vivre certains épisodes significatifs, il faut savoir s'en faire le passeur avant qu'elle ne devienne légende.

« Que sont mes amis devenus ? » se désespérait François Villon et Simone Signoret proclamait : « La nostalgie n'est plus ce qu'elle était. »

Tout sauf l'oubli, et vous ne serez jamais arrivé trop tard.

Claude Villers

Avant-propos

Je me souviens d'un soir de 1963. Barbara chantait encore à L'Écluse et je la retrouvai en compagnie de mon père vers 21 heures, à La Boule d'or1, place Saint-Michel. Après le départ de Dadé2, je restai seul quelques instants avec la dame en noir. Elle se pencha, me demanda de la retrouver rue Rémusat après le spectacle. Là, près du piano blanc, nous parlâmes de tout, de rien, de ce moment. Et elle me confia sa volonté de quitter définitivement L'Écluse. Sans le savoir, j'assistai en direct à l'une des premières morts du cabaret « rive gauche ».

L'adolescent de « Il avait presque vingt ans » en a aujourd'hui plus de soixante. Le bel âge, pour témoigner d'un phénomène météorique qui naît dans l'après-guerre aux alentours du Flore, brille de mille feux pendant deux décennies et implose en silence au début des années 70.

Je me souviens d'un autre jour, en forme de nuit. C'était en 1985, un coup de fil m'apprit que mon père était mort près de Saint-Paul-de-Vence. Je pris l'avion et je me rendis dans sa dernière demeure, chez un de ses amis, Hubert Ballay, un des grands amours de Barbara auquel elle demandait en vain : « Dis, quand reviendras-tu ? »...

Mort, mon père était tel que je l'avais connu : souriant, le cheveu noir, charmeur. Il semblait dormir. J'ai passé la nuit chez Hubert, et, le lendemain matin, je suis allé revoir mon père. En l'espace d'une nuit, sa chevelure était devenue blanche, son visage ressemblait à celui d'une vieille fe...

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