DANS LES YEUX DE SERGE
EAN13
9782809801163
ISBN
978-2-8098-0116-3
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
ARTS ET SPECTAC
Nombre de pages
213
Dimensions
22 x 14 x 2 cm
Poids
290 g
Langue
français
Code dewey
782.421
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Dans Les Yeux De Serge

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eISBN 978-2-8098-0942-8

Copyright © L'Archipel, 2009.

PRÉFACE

J'ai rencontré Serge Reggiani en 1966, à Caen, dans un théâtre où il se produisait en première partie du récital de Barbara.

La dame brune, en vraie visionnaire, était certaine que nous étions faits pour nous entendre dans l'amitié et le travail. Elle m'avait invité à venir l'écouter.

Elle ignorait que j'étais un admirateur inconditionnel du comédien, que je connaissais depuis l'adolescence, et un fan du chanteur que je venais de découvrir par un album composé d'œuvres de Boris Vian.

Dans le train qui nous ramenait à Paris, nous avions déjà des projets.

La suite fut un long itinéraire fraternel, jalonné de chansons, de concerts, de déjeuners ensoleillés, de flâneries dans le Marais ou l'île Saint-Louis.

Entrer dans le monde de Reggiani fut l'une de mes plus belles aventures humaines et artistiques.

Le récit que Noëlle Adam-Reggiani lui consacre m'apporte le regard d'une femme qui a partagé la vie passionnante et passionnée de cet ami irremplacé et m'offre de le mieux connaître et l'aimer davantage. Elle a toute ma gratitude et ma tendresse.

Georges MOUSTAKI

AVERTISSEMENT

Je suis une ancienne ballerine, non un écrivain. Je me suis donc le plus souvent exprimée sur scène ou devant des caméras, plus rarement dans les coulisses, mais toujours devant un public, et, ces trente-trois dernières années, au côté d'un grand artiste.

Lorsque je me suis décidée à écrire mes mémoires, celles de Serge et celles de notre vie commune, il m'a fallu trouver une plume. J'ai rencontré Christian Mars chez l'éditeur de Serge. Il avait déjà prêté la sienne pour des ouvrages biographiques retraçant le parcours de Marcel Azzola, de Georges Brassens ou celui de Barbara. Par bonheur, c'était aussi un écrivain « maritime », auteur de chroniques radiophoniques, de livres sur les grands navigateurs, sur les paquebots et la cuisine de la mer, tout un univers familier pour la Rochelaise que je suis. Nous étions faits pour nous entendre. Je l'ai laissé barrer, mais j'ai gardé le cap que je m'étais fixé.

PROLOGUE

« J'ai pas fini ! »

Serge allait beaucoup mieux. Depuis 2002, il avait repris des couleurs, de la voix et le chemin de la scène, en province comme à Paris. En octobre 2003, son agent Charley Marouani avait déjà pu lui trouver une « fenêtre » de deux jours pour passer à l'Olympia. Alors qu'il était en train de travailler à l'enregistrement de son dernier CD, Serge avait eu la possibilité de s'y produire de nouveau le 24 février 2004.

Le répertoire avait depuis longtemps été mis en place et les répétitions donnaient toute satisfaction. Quelques jours plus tôt, je l'avais emmené place d'Iéna chez son coiffeur préféré, Lucie Saint-Clair. Il en avait profité pour s'offrir une séance de manucure. Le 24 février au matin, il s'était levé tard mais le sourire aux lèvres car il avait fini une toile pendant la nuit. Il faisait beau et nous sommes allés déjeuner dans un restaurant non loin de la maison. C'était presque un début de printemps. L'après-midi, pendant qu'il se reposait, j'ai préparé ses costumes en alpaga bleu nuit, ses deux chemises blanches et ses chaussures. Liliane Bouc, son assistante, est arrivée avec la voiture vers 16 h 30 et nous a conduits à l'Olympia. Nous nous sommes installés dans la loge, puis nous avons pris le thé en attendant que le régisseur nous fasse signe de venir faire la balance, moment où l'on procède aux réglages de la lumière et du son. Au bout de trois quarts d'heure, quand tout a été au point, Serge est allé chercher Éric et Jacky, tandis que je sortais les jeux de cartes et que j'installais les chaises autour de la table. Serge souriait en se frottant les mains : on allait faire une petite partie de poker, histoire de se détendre un peu avant le spectacle. Une heure plus tard, il quittait la table, les finances en berne mais le cœur léger. Valérie et Liliane riaient, comme moi. Pas grave : on ferait les comptes la prochaine fois. Il était temps pour Serge de regagner sa loge et d'aller s'habiller. Non, pas encore :

— Liliane, vous n'avez pas oublié de vérifier le prompteur? demanda Serge.

— Ça marche bien, et la carafe d'eau est déjà sur le piano, avec un verre. Ne vous inquiétez pas, tout est en ordre.

— Les musiciens sont tous là ? Pascal aussi ?

— Oui, Pascal aussi.

— Bon.

Tandis que la salle bruissait en se remplissant doucement, Liliane aidait Serge à s'habiller, en arrangeant notamment ses bretelles de façon à ce qu'elles ne frottent pas sur sa vieille cicatrice, trace d'une chute de trapèze survenue lors d'un tournage. L'assistante en profitait pour glisser, dans la poche arrière de son pantalon, la carte d'identité française de Serge. Jamais il ne serait entré en scène sans elle. Elle constituait la preuve tangible qu'il n'était plus un émigré de misère, mais un chanteur français – et qui plus est, l'un des plus populaires. S'il arrivait que le pantalon de Serge n'ait pas de poche à l'arrière, Liliane glissait le document dans la poche intérieure de sa veste, côté cœur.

Serge trottina ensuite jusqu'à hauteur du deuxième rideau ; on avait installé là une chaise et un cendrier. Il lui restait dix minutes avant son ouverture. Il s'assit et fuma tranquillement une cigarette ou deux, sous les yeux des pompiers accommodants. Les musiciens attendaient à quelques mètres. Pascal Baselli arriva et lui tendit ses baguettes, comme un évêque sa bague à baiser. Serge se contenta, comme à son habitude, de les toucher. Puis il effleura sa chaise, le piano de Raoul Duflot (qui avait remplacé Raymond Bernard) et même le crâne du musicien. Enfin, le régisseur fit signe aux musiciens de regagner leurs places. Le bassiste commença à pincer ses cordes au rythme de « Ma liberté », le rideau s'ouvrit, et de la salle obscure jaillit un tonnerre d'applaudissements tandis que le piano reprenait la mélodie, bientôt rejoint par tout l'orchestre. Alors, Serge entra pour la dernière fois sur la scène de l'Olympia.

« Hier soir, écrivait un journaliste du Monde, sur la scène de l'Olympia un vieil enfant chantait. Était-ce Vincent, François, Paul ou un autre ? Habillé tout de noir et de blanc, il est resté assis, mais sa voix, elle, s'est levée. Et le vieil enfant, qui rêvait d'une chaise après avoir trouvé ses allumettes dans une rue du Massachusetts, s'est présenté avec ses mots : “C'est moi, c'est l'Italien” [...]. À la fin de chaque chanson, se dressant avec application sur ses jambes flottantes sous le pantalon de gala, il a salué les bras ouverts et immobiles, statue vivante du music-hall, dans une allure de Christ sans croix. [...] Une chanson est montée dans le silence, qu'on ne connaissait pas. Une chanson qui dit : “Je l'aime tant, le temps qui reste”, avec cette question posée d'une voix tonitruante: “Combien? Combien de mois, de jours, d'heures?” Combien de temps reste-t-il de ce temps qu'il aime tant? “J'ai pas fini!”, hurlait le chanteur, “J'ai pas fini!”, rugissait Reggiani. »

Il restait à Serge à peine cinq mois à vivre, à aimer, à peindre et à chanter.

I

Noëlle

Je suis née à La Rochelle il n'y a pas si longtemps, disons quelques années avant la Seconde Guerre mondiale. C'était au beau milieu d'une nuit de Noël froide et bleue, étoilée comme dans les contes. Mes parents n'eurent pas à chercher bien longtemps mon prénom : je m'appellerai Noëlle. Cette même nuit, le Corali, un petit chalutier rochelais, disparut en mer. « J'ai perdu un bateau mais j'ai gagné une fille », déclara mon père, un modeste armateur de pêche. Contrairement à l'équipage, la sage-femme avait tout juste eu le temps d'aller à la messe de minuit avant de se mettre à l'œuvre et, contrairement au conte d'Alphonse Daudet, ne l'attendaient après mon arrivée qu'un grand bol de lait, ...

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