LA ROUTE VERS LA LIBERTE, mémoires
EAN13
9782809801200
ISBN
978-2-8098-0120-0
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
RECITS, TEMOIGN
Nombre de pages
301
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
418 g
Langue
français
Langue d'origine
allemand
Code dewey
940.531
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Indisponible

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Sommaire

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Dédicace
Préface
Introduction
1 - Cracovie entre les deux guerres

Chapitres 1 à 6 traduits par Bertrand Vacher.

Chapitres 7 à 13 et annexes traduits par François Delpla.

Ce livre a paru en 2005 sous le titre
Der Rettende Weg. Schindlers
Liste - die wahre Geschichte
aux éditions Hoffman und Campe.

www.editionsarchipel.com

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ISBN 978-2-8098-0120-0

Copyright © Hoffmann und Campe Verlag, Hambourg, 2005.
Copyright © L'Archipel, 2009, pour la traduction française.

En mémoire des millions de sacrifiés de la Shoah.

En l'honneur d'Oskar Schindler,
à qui plus de mille Juifs durent de survivre.

Préface

Le sauvetage par l'industriel allemand Oskar Schindler d'environ mille deux cents Juifs pris dans le système concentrationnaire nazi et promis à la mort était connu de nombreuses personnes au lendemain de la guerre et raconté çà et là par les survivants ou par d'autres, notamment à l'occasion des procès de cadres du IIIe Reich. Mais la connaissance de cet exploit par le grand public fut le résultat d'un processus long et complexe. La première étape survint en Israël dans les années 1950, quand le jeune État commença à prendre en charge la mémoire du judéocide – qui reçut alors son nom hébreu de Shoah – et à recenser, en les qualifiant de « Justes », les non-Juifs qui s'étaient interposés. Schindler fut honoré à Jérusalem et y fit de longs séjours, tandis que les historiens de Yad Vashem archivaient ses documents, ses déclarations et celles de nombreuses personnes qui lui devaient la vie. Le flambeau passa ensuite en Australie, grâce au récit d'un écrivain, Thomas Keneally, publié en 1982 avec la mention « roman » et intitulé Schindler's Ark ; enfin, le cinéaste américain Steven Spielberg, fils d'une déportée polonaise, transposa ce livre à l'écran en 1993 sous le titre Schindler's List. D'un seul coup, le patron allemand devint le plus célèbre des « Justes »... au point d'agacer parfois.

Mietek Pemper, un déporté juif de nationalité polonaise sauvé par Schindler, a publié le présent livre de mémoires en 2005. Il était alors âgé de quatre-vingt-cinq ans. Bien souvent, les mémorialistes tardifs sont ceux qui se sont longtemps tus, du moins sur les événements dont ils veulent brusquement laisser une trace. Pemper, tout au contraire, avait témoigné dans les procès d'après-guerre, puis appuyé de ses déclarations les efforts de Schindler pour obtenir quelques compensations du gouvernement ouest-allemand ; il avait documenté les chercheurs israéliens, éclairé Keneally comme Spielberg et, après la sortie du film, multiplié les interviews et les conférences. On peut dire qu'il a baigné toute sa vie, lorsqu'il eut échappé à ceux qui prétendaient l'abréger, dans la commémoration de ce sauvetage. C'est ce qui fait l'intérêt de sa tardive prise de plume : imparfaitement satisfait du traitement de son témoignage dans de précédents ouvrages, il entend laisser sa version des faits, tant pour redresser des inexactitudes ou apporter des précisions que pour tirer de l'aventure ses propres leçons.

Si les récits antérieurs, en effet, insistent peu sur son rôle, ce n'est pas par vanité que Mietek Pemper le met ici en lumière. Lui seul, sans doute, pouvait trouver le ton juste, et c'est pourquoi il était resté dans une ombre relative. Car son rôle peut apparaître scabreux, voire ambigu. Il servait de secrétaire à l'un des pires bourreaux SS, et de façon efficace, sans saboter l'exécution de ses ordres ni trahir ses secrets... sinon avec les plus grandes précautions. Amon Göth, le jeune commandant du camp de Plaszów, était dépassé par sa tâche et Pemper, brillant étudiant de vingt-deux ans qui avait appris en autodidacte le travail de bureau, aidait cet incompétent à gérer sa machine d'exploitation forcenée et de mort. Voilà qui pourrait le rapprocher de ces collaborateurs juifs du génocide sur lesquels Hannah Arendt a attiré l'attention de façon souvent injuste et excessive, mais qui certes n'étaient pas des héros – s'ils n'étaient pas tous de franches canailles comme le furent, d'après Pemper, un Chilowicz et surtout un Goldberg. Puisque la présente édition de ce livre s'adresse au public français, disons que leur conduite évoque, à certains égards, celle du maréchal Pétain : croyant limiter les dégâts, ils étaient en fait les jouets d'un ennemi habile qui les dominait constamment et tirait d'eux, en définitive, le plus de services possible.

On ne peut que souscrire et admirer lorsque Pemper se décrit comme un « renard en quête d'issues dérobées ». Il fut le seul Juif à pénétrer ainsi, à leur invitation – mais à l'insu de la haute hiérarchie –, les secrets des SS. Grâce à sa prudence autant qu'à sa mémoire, il en aura tiré le meilleur parti, pour lui et pour ses codétenus. Son récit montre – et nulle étude historique ne le dément – qu'il agit constamment au nom d'une éthique, déployant force ruses, dissimulations et manipulations, sans nuire personnellement aux déportés et en saisissant toute occasion de leur venir en aide. D'une façon indissolublement morale et astucieuse, il refuse la livrée du bourreau, cet uniforme de policier juif que leur chef Chilowicz insistait pour le voir endosser, au point que souvent il en déposait un sur sa couche ; mais Pemper garda obstinément le pyjama rayé du détenu lambda, comme un symbole de la pureté de sa conduite. Le fait même de contribuer à sauver mille deux cents Juifs aurait pu lui occasionner de sérieux ennuis après-guerre, ou au moins lui attirer de vives contestations en multipliant les témoins gênants, pour peu qu'il ait eu quelque chose à se reprocher. D'autre part, à la faveur du chaos des derniers mois de la guerre, il y eut aussi quelques survivants parmi ceux que Pemper, Schindler et les quelques autres auteurs de la « liste » n'avaient pu sauver, et ceux-là se montrèrent impitoyables pour tel ou tel qu'ils accusaient de les avoir écartés de la « route vers la liberté ». Mais nul ne mit en cause Pemper.

Les mécanismes du sauvetage étaient, dans les travaux antérieurs, assez peu compréhensibles et ces récits risquaient d'induire en erreur. Après tout, pouvait-on penser devant les œuvres de Keneally et de Spielberg, ce n'était pas si difficile : puisque Schindler avait réussi à préserver « ses Juifs » à grand renfort de culot et de corruption, il ne tenait qu'à chacun des autres patrons allemands d'en faire autant. Certes, Gustav Krupp ou Ferdinand Porsche ne sont pas des modèles de vertu, lorsqu'ils accumulent sans état d'âme leurs superprofits sur le dos de la main-d'œuvre concentrationnaire. De là à dire qu'en 1944-1945, lors du repli des usines devant l'avance soviétique, ils auraient pu d'un claquement de doigts préserver leurs travailleurs juifs de la mort à Auschwitz ou ailleurs, il y a un abîme que le livre de Pemper incite à ne pas franchir. D'une part, il n'y eut qu'un Pemper, qu'un Juif en situation de lire et de mémoriser les directives qui organisaient cette liquidation, pour en informer le patron de bonne volonté qui passait par là et qui lui-même perçait mal le jeu de Himmler ; d'autre part, Pemper et Schindler, s'ils s'engagèrent résolument sur cette « route », ne pouvaient la suivre jusqu'au bout sans une vigilance quotidienne, doublée d'une forte dose de chance. De toute évidence, si de nombreux chefs d'entreprise s'étaient mis à agir de la sorte, le pouvoir nazi aurait très vite réglé la question en faisant vérifier à deux fois, par un appareil SS dont ce serait devenu la priorité, la qualification, l'âge et la santé des travailleurs juifs sélectionnés pour échapper à la mort immédiate. Ils auraient peut-être puni durement, voire tué quelques P-DG pour assagir les autres, et à coup sûr écarté impitoyablement des listes les proches des travailleurs sélectionnés, alors que l'originalité absolue de l'œuvre de Schindl...

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