Études anglaises - N°1/2009
EAN13
9782252036938
ISBN
978-2-252-03693-8
Éditeur
Klincksieck
Date de publication
Collection
Études anglaises
Nombre de pages
128
Dimensions
22,9 x 15 x 0,8 cm
Poids
194 g
Langue
français
Langue d'origine
anglais
Fiches UNIMARC
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Études anglaises - N°1/2009

Klincksieck

Études anglaises

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Isabelle CASES, John Ruskin, prophète du désastre dans « Traffic »
En 1864, les citoyens de Bradford invitent John Ruskin, critique d'art craint et respecté, à participer à une conférence au cours de laquelle il pourra donner son sentiment sur la construction d'un bâtiment abritant leur nouvelle Bourse de la Laine. John Ruskin leur répond par un long discours traitant de l'inquiétant état physique et moral de la ville et de la nation entière, publié trois ans plus tard dans un recueil intitulé The Crown of Wild Olive. « Traffic » est une description enflammée du danger menaçant les habitants de Bradford et l'ensemble du pays si des changements drastiques ne sont pas adoptés. S'il est évident que Ruskin tente d'y effrayer les classes industrielles dont il méprise l'attitude outrecuidante en soulignant le déclin artistique et social de la civilisation victorienne, on peut aussi lire ce discours comme l'expression de sa propre terreur face à une décadence architecturale qu'il analyse comme un signe funeste et de sa conviction que l'industrialisation de masse ne peut que mener au chaos. Il s'agit là de thèmes récurrents dans son œuvre, et l'on peut par ailleurs étudier l'impact de « Traffic » dans le contexte du développement urbain spectaculaire de la période victorienne qui inquiéta nombre de ses contemporains.
In 1864 the citizens of Bradford invited John Ruskin, a then much feared and admired art critic, to a conference, and asked him to give them his opinion about the building of a new Wool Exchange. John Ruskin responded by launching into a long speech on the worrying physical and moral state of the city and the nation as a whole, which was to be published three years later as "Traffic," in a collection of essays entitled The Crown of Wild Olive. “Traffic” is a stern warning and a fiery description of the terrible danger threatening the Bradford people and the country at large, unless drastic changes are adopted. Though Ruskin was obviously trying to frighten the industrial middle classes whose overconfident attitude he despised and to underline the artistic and social decline of the Victorian civilization, his speech can also be read as the expression of his own fears in front of an architectural decadence which he considered as an ominous sign, and of his belief that massive industrialization would bring about chaos. Such themes are recurrent in his works, while the impact of “Traffic” can also be examined in the context of the dramatic urban development, which alarmed many of his contemporaries.

Anne-Florence GILLARD-ESTRADA, “Passing into the great romantic loves of rebellious flesh”: medieval religion and the body in Walter Pater's “Poems by William Morris” and “Two Early French Stories”
This study concentrates on the oft-neglected notion of the “medieval spirit” that Walter Pater defines in two texts, “Poems by William Morris” and “Two Early French Stories.” It attempts to show a paradox: for Pater, the reaction against religion in the Middle Ages—which took the form of medieval antinomianism but also of a sensual or physical liberation—originated in Christianity itself. Our reading also aims at showing how Pater deploys diverging discourses on love, which evoke either disorder or harmony according to whether the focus is on the male or the female body.
La notion d'« esprit médiéval » chez Walter Pater a été relativement peu abordée. À partir de l'étude de deux textes, « Poems by William Morris » et « Two Early French Stories », on s'efforcera de souligner le paradoxe suivant: selon Pater, la réaction contre la religion, qu'elle prenne la forme de l'antinomisme ou d'une libération sensuelle et physique, a pour origine le christianisme lui-même. Notre hypothèse de lecture est aussi que les modalités du discours sur l'amour sont différentes selon que Pater traite du corps féminin ou masculin, l'un évoquant le désordre et l'autre l'harmonie.
Xavier GIUDICELLI, Illustrer The Picture of Dorian Gray: les paradoxes de la représentation
The Picture of Dorian Gray d'Oscar Wilde peut se lire comme l'histoire d'un portrait irreprésentable. Pourtant, ce roman a été illustré à plusieurs reprises. Cet ­article a pour objet d'étudier les modalités et les enjeux de l'illustration de cette œuvre à travers l'étude d'images tirées de trois éditions illustrées: deux britanniques (Henry Keen, 1925, et Michael Ayrton, 1948) et une édition française récente (Tony Ross, 2000). L'illustration de The Picture of Dorian Gray peut être envisagée comme la tentative de donner à voir ce qui dans l'œuvre de Wilde ressortit à l'irreprésentable: l'illustration réfléchit les fantasmes des artistes et constitue ainsi une mise en abyme de la lecture du roman. La transposition du texte à l'image se fait par ailleurs à travers le filtre de codes esthétiques, mais aussi de constructions idéolo­giques. L'étude des illustrations de The Picture of Dorian Gray invite enfin à réfléchir à l'inscription du temps dans l'espace du visuel. Envisagées dans une perspective diachronique, les différentes versions illustrées offrent une image changeante de ce roman: derrière elles s'inscrit souvent en filigrane un portrait d'Oscar Wilde.
The Picture of Dorian Gray can be read as the story of a portrait that defies representation. Yet the novel has repeatedly been illustrated. This article examines the modalities and the stakes of illustration through the analysis of images taken from three illustrated editions of The Picture of Dorian Gray: two British editions (Henry Keen, 1925, and Michael Ayrton, 1948) and a recent French edition (Tony Ross, 2000). Illustrating The Picture of Dorian Gray can be seen as an attempt to picture what is unsaid or unsayable in Wilde's text: the illustrations reflect the artists' fantasies and thus offer a mise en abyme of the reading process. The transposition from text to image is also achieved through the prism of aesthetic references and ideological constructs. Finally, analysing the illustrations of The Picture of Dorian Gray leads us to work on the inscription of time within the frame of images. From a diachronic point of view, the various illustrated versions offer a changing image of the novel: what often lies hidden behind them is a portrait of Oscar Wilde.
Nathalie SAUDO-WELBY, The “over-aesthetic eye” and the “monstrous development of a phenomenal larynx”: Du Maurier's art of excess in Trilby
Trilby (1894) was written during the yellow nineties, and George Du Maurier's Gothic plot, fringe characters and abundant medical discourse reflect the so-called morbidity of the time. The characters' artistic practises cause monstrous organic deformities to their eyes and voices. The seductions and dangers of aesthetic transformation in Trilby shed light on Du Maurier's own practise in a novel where he simultaneously makes us see and finds a voice for himself. The Philistine narrator is committed to preserving the health and sanity of the reader and exposes moral certainties in a booming voice, but his indulgence in tales of degeneration and his modest stylistic experimentation attest that Trilby participates in the excesses of the time. Du Maurier's aesthetic is both a feast of the senses, which proves him to be true to his ideal aesthetic type, and a flirtation with misrule.
Dans Trilby (1894), roman fin de siècle, des génies aux capacités surdéveloppées et au sens moral atrophié côtoient des gentlemen plus grands que nature et une foule hystérique. Roman de la dégénérescence, Trilby démontre les inquiétantes déformations physiques et les réactions extrêmes provoquées par l'art. En étudiant les métamorphoses des yeux et de la voix, et en se penchant sur le style du roman, on tentera de mieux cerner son esthétique: témoigne-t-elle d'une participation aux dérives du temps, ou d'une réaction face à ses excès? Le narrateur jovial à l'optimisme contagieux compense la morbidité de son propos à grand renfort d'hyperboles et de plaisanteries. Les illustrations de l'auteur font triompher une beauté athlétique et aristocratique. Célébration des pouvoirs de l'œil et de la voix, Trilby participe aussi par ses excès aux expérimentations du temps.
Claire MURRAY-...

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