Lettres d'Alice Domon - Une disparue d'Argentine
Éditeur
Karthala
Date de publication
Nombre de pages
192
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Lettres d'Alice Domon - Une disparue d'Argentine

Karthala

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  • AideEAN13 : 9782811116125
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Extrait

Introduction
J'ai couru dans les officines du registre
civil et du cimetière pour deux petits
gosses qui sont morts cette semaine, je
vous assure que c'est compliqué d'enterrer
les gens ici. Enfin ça aussi, c'est le partage
de vie avec les pauvres.
Lettre 34
Ce passage est extrait d'une lettre d'Alice Domon qui sera séquestrée avec un groupe de « Mères de la place de Mai », à Buenos Aires, le 8 décembre 1977. Je l'ai choisi, parce que l'insertion dans les milieux populaires a conduit cette femme à partager avec les hommes et les femmes appauvris les différents moments de leur vie... et également de leur mort. Dans ce texte, elle explique que, parmi les différentes tâches habituelles de la « Villa 20 de Lugano », bidonville de Buenos Aires, il y a celle d'accompagner les familles qui ont perdu un de leurs membres, afin de récupérer le corps d'un défunt et faire les démarches administratives correspondantes. Par contre, elle-même, elle n'a pas été enterrée, on n'a pas retrouvé son corps : c'est une des disparues de la dernière dictature d'Argentine (1976-1983). Néanmoins, l'intention de ce livre n'est pas d'approfondir les recherches sur les circonstances de sa mort, mais plutôt de mettre en valeur les options éthiques de sa vie. Pour cela, on présente ses lettres - en ne publiant que les passages qui se réfèrent à la mission, à partir de son voyage depuis la France jusqu'à l'Argentine - pour constituer un autre type de corps : celui qu'il est possible de trouver dans la narration. Dans ce travail, on se propose de réfléchir spécialement sur la compréhension de l'identité missionnaire qu'a d'elle-même Alice Domon, religieuse des « Soeurs des Missions étrangères », institut de droit diocésain, fondé en France en 1931. La réponse à la question : « Qui suis-je, moi, comme missionnaire ? » atteint de nouvelles et de plus profondes formes d'existence dans les différents lieux dans lesquels Alice Domon vit, et dans les relations intersubjectives qu'elle développe dans ces différents lieux. C'est le cas, y compris pendant les deux années qui suivent sa sortie de la Congrégation, jusqu'à sa mort des mains du terrorisme d'État.
Dans ce livre, nous revivons un itinéraire de vie exprimé à travers des lettres : un parcours, des faits de vie et des lettres envoyées par Alice Domon à sa famille à partir de son entrée dans l'institution religieuse jusqu'à l'année de sa mort pour que, grâce à l'accès à ce matériel, les lecteurs aient un contact direct avec ses actes et ses paroles. Le langage des lettres est habituellement direct, vu l'intimité qu'elle partage avec ses correspondants. Le lieu et la date - en particulier l'année - au cours desquels elles ont été écrites ne sont pas toujours notés. C'est pour cela que, dans le cadre de mon travail doctoral, je leur ai assigné un ordre chronologique hypothétique. Ont été ajoutés également, comme source écrite, les témoignages autobiographiques de deux de ses consoeurs les plus proches : Gaby Etchebarne et Yvonne Pierron. Ces femmes ont occupé un espace particulier dans la vie d'Alice.
Les lettres transcrites sont accompagnées d'un texte d'introduction qui donne des détails sur la biographie de Cathy. Les quatre parties qui composent ce livre correspondent aux lieux où Alice Domon a habité en Argentine. Ces territoires sont plus que des espaces physiques. Ils constituent son identité parce qu'elle y a partagé son processus historique et développé des attitudes d'enracinement et d'appartenance. Ce sont : (1) Morón dans la province de Buenos Aires ; (2) le quartier de « Villa Lugano », bidonville dans la ville de Buenos Aires ; (3) Perugorría, un secteur paysan dans la province de Corrientes ; et (4) finalement Buenos Aires, pendant les derniers mois de sa vie. Dans cette ville, elle a été enlevée à la porte de l'église de Santa-Cruz et emmenée à l'École de Mécanique de la Marine (ESMA), d'où elle « disparaît » avec sa soeur de congrégation Léonie Duquet, de vingt ans plus âgée qu'elle, qui l'a toujours appuyée dans son service radical envers les plus appauvris.

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