Isabelle S.

Max et les fauves

Moacyr Scliar, traduit du portugais par (Brésil) Philippe Poncet

Folies d'encre

4 juillet 2009

Max Schmidt, jeune Berlinois, est contraint de fuir l’Allemagne pour une sombre histoire d’adultère sur fond de montée du nazisme. Il embarque pour le Brésil sur un vieux navire, pas bien rassuré par le sinistre capitaine du cargo, l’étrange directeur d’un cirque et les rugissements des animaux serrés au fond de la cale.
Abandonné par l’équipage alors que le bateau fait naufrage, Max se retrouve à bord d’un petit canot en compagnie d’un autre rescapé, un tigre qu’il lui faudra nourrir en pêchant des poissons pour ne pas être lui-même englouti dans la gueule du fauve.
Du magasin de fourrures de son père, homme autoritaire et violent, à Caxias do Sul en passant par Porto Alegre et même par la prison, c’est l’épopée merveilleuse de Max qui nous est racontée ici, avec finesse, intelligence et humour, par un maître du réalisme magique. Qui sont les fauves qui poursuivent Max depuis son enfance ? Ce serait faire offense au futur lecteur que d’en dire davantage.
Une fable sur le pouvoir et la peur, un trésor de la littérature brésilienne.

Jacob et Wilhelm Grimm, Contes pour les entants et la maison, 1184 pages en 2 volumes sous coffret

1184 pages en 2 volumes sous coffret

José Corti

4 juillet 2009

« Ces contes sont-ils composés et inventés pour les enfants ? Je crois cela aussi peu que le fait qu’il soit nécessaire d’instituer quelque chose de particulier pour les enfants, de manière générale. » Ainsi s’exprimait Jacob Grimm dans une lettre à un de ses amis. Bien sûr,bon an mal an, nous sommes devenus grands, mais il serait dommage sous ce prétexte de s’interdire le plaisir de lire la nouvelle traduction de l’ensemble des contes des frères Grimm proposée par Natacha Rimasson-Fertin.

C’est pour nous qu’ils se sont attachés à recueillir cette mémoire qui ressemble, selon leur comparaison demeurée célèbre, à de petits morceaux d’une pierre précieuse éclatée, éparpillés au milieu des herbes. « Poésie de nature », intimement lié à l’expérience humaine, le conte de tradition orale exprime ce qu’il y a de plus profond en nous, au-delà de notre appartenance à un pays ou à une époque.

Alors pourquoi ne pas se laisser entraîner au cœur de sombres forêts, surprendre une conversation entre le lièvre et le hérisson, imaginer dans le crapaud ou l’ânon un très beau prince, comprendre la sagesse du benêt, trembler devant de vieilles sorcières et des ogres terrifiants, partager le maigre repas du pauvre bûcheron dans sa chaumière, espérer la fée qui nous aidera à vaincre les épreuves du chemin…

Natacha Rimasson-Fertin livre ici le résultat d’un long travail d’une grande intelligence et d’une grande sensibilité : « J’ai essayé de trouver un juste milieu entre une traduction littérale et une traduction au style plus libre, visant avant tout la beauté du texte, afin de le rendre plus lisible, sans le trahir. » Nul doute qu’elle a parfaitement réussi cette entreprise. Une belle occasion de retrouver l’univers de l’enfance — qui n’est jamais aussi loin qu’on le pense — et de ses rêves les plus secrets.

En guise de conclusion, ces quelques mots des frères Grimm : « Là où ces contes sont encore vivants, ils existent de façon telle qu’on ne se demande pas s’ils sont bons ou mauvais, s’ils sont poétiques ou de mauvais goût : on les connaît et on les aime, simplement parce qu’on les a reçus ainsi, et on y trouve du plaisir sans avoir besoin d’une raison à cela. »