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Journal d'Irlande, Carnets de pêche et d'amour

Carnets de pêche et d'amour

Grasset

22,00
20 mai 2018

Le goût insatiable de vivre

Evidemment il faut aimer lire les journaux intimes. Si c’est votre cas,  précipitez-vous sur ce « Journal d’Irlande »  de Benoîte Groult. Pourquoi d’Irlande ? Parce qu’elle partage avec Paul Guimard, son mari, une passion pour la pêche. Ensemble, ils font construire une maison près d’un petit port d’où la vue est à couper le souffle. Et ce sont ces étés qu’elle nous raconte dans cette Irlande magnifique, aux lumières insaisissables, mais qui est aussi rude, pesante, souvent froide avec ce _drizzle_ qui mouille jusqu’aux os. Mais heureusement il y a les pubs !  

Quand ce journal débute elle a 60 ans. Elle fait preuve, jusqu’à la fin, d’une énergie débordante : pêche tous les jours, cuisine de la pêche -sa soupe de bouquets fait rêver !- entretien du jardin et de la maison, lecture, écriture, réception des enfants et des amis…
Et puis il y a Kurt. Kurt c’est l’amant américain. Il a 10 ans de plus qu’elle. Il vit aux USA. Ils s’étaient rencontrés juste après la guerre, mais chacun a fait sa vie de son côté. Leur liaison a démarré dans les années 60. Il lui fait l’amour comme personne et elle s’émerveille de ses « doublés » à 70 ans passés. Elle aime ses déclarations enflammées et l’amour inconditionnel qu’il lui porte. Mais cela n’entame pas sa lucidité; elle le décrit comme inculte et pas très intelligent . « Pourquoi le roi des cons est-il le roi de mon con ? » se demande t-elle.
Il serait prêt à quitter sa femme américaine pour elle. Elle tergiverse, mais restera avec Paul.  Paul, qui est parfaitement au courant de cette liaison, mais qui sait que c’est le prix à payer pour garder cette femme qu’il aime profondément. Elle, elle ne l’aime plus beaucoup. Il l’a trop trompé. Lui si brillant, si talentueux ne la fascine plus. Elle raconte son déclin, ses dents abîmées, son laisser-aller qui l’insupporte.

Ce journal est celui de la vieillesse qui gagne sur les êtres comme la marée montante gagne sur les plages. Vieillesse des couples qui se lassent, des femmes qui désirent encore, des hommes qui s’amollissent, des corps que gagnent l’arthrose et les rhumatismes. « Quand je montre le nord, mon doit indique l’Est ».
Tout cela pourrait être lugubre. C’est tout le contraire. Par la grâce d’une écriture simple et vive, de l'humour d’une femme libre, jamais dupe -ni d’elle, ni des autres-, d'un goût inaltérable pour la vie, ce texte éclabousse le lecteur de son énergie.
Quand ce journal se termine, Paul est mort, la maison est vendue. L’auteure à 83 ans. Elle vivra  encore plus de 10 ans et publiera deux livres dont la  fameuse « Touche étoile », qui sera un best seller.
Il paraît que la vieillesse est un naufrage. Force est de constater que Benoîte Groult n’a jamais sombré et ce livre est un étonnant bain de jouvence.

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Jonquille, Afghanistan, 2012

Afghanistan, 2012

Gallimard

21,00
20 mai 2018

Reportage de l'intérieur

L’armée, une « grande muette », vraiment ? Cela reste à voir. De Jules César à De Gaulle, l’institution n’a jamais manqué de chefs sachant prendre la plume pour coucher leur pensée. Et au siècle de l’information en continu et des réseaux sociaux, toutes sortes de tribunes s’offrent à cette grande bavarde pour formuler ses analyses ou états d’âme. Récemment, c’est une autre forme d’histoire encore qu’a choisi d’écrire un jeune officier de l’armée de terre, un autre genre littéraire qu’il a voulu s’approprier. Dans les presque 400 pages de « Jonquille », le commandant Jean Michelin délivre un surprenant journal de bord de ses six mois de mission en Afghanistan. Une sorte de reportage de l’intérieur qui développe, avec une subjectivité assumée, les meilleurs et les pires aspects du quotidien dans une base avancée en Kapisa, cette région montagneuse qui borde le Pakistan.

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The Hate U give  – La haine qu’on donne
20 mai 2018

Un roman militant et passionnant

Il y a des romans déconseillés aux adolescents : la brutalité des propos, les scènes violentes peuvent déstabiliser, voire choquer et faire naître des angoisses. Et dans ce premier livre destiné aux « jeunes adultes », Angie Thomas ne mâche pas ses mots, retranscrivant avec une fidélité désarmante, le quotidien des jeunes Noirs américains, univers fait de guerres de gangs, de racisme, de drogue et de violences policières. Mais au-delà de la rudesse du sujet, il y a cette voix, portée par l’héroïne, synonyme d’espoir et de jours meilleurs.

Ainsi, Starr n’a que seize ans lorsqu’elle voit de ses propres yeux son meilleur ami Khalil se faire descendre par un flic en colère, lors d’un simple contrôle, après une soirée de fête. Unique témoin de la scène, la jeune fille s’enferme d’abord dans sa colère et son immense chagrin, d’autant plus que ce meurtre lui rappelle de manière lancinante celui de sa meilleure amie, tuée sous ses yeux, six ans auparavant.

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La vie effaçant toutes choses
20 mai 2018

Chaque femme est un roman

Sur son blog, Fanny Chiarello déclare qu’elle déteste s’entendre dire qu’elle écrit « de beaux destins de femme ». Ce roman, construit en neuf nouvelles, ou neuf chapitres, est en quelque sorte « une réponse ironique à ce regard sur [son] travail ». L’auteure d’« Une faiblesse de Carlotta Delmont » y brosse neuf portraits de femmes en mouvement, autant d’héroïnes contemporaines qui battent en brèche l’idée d’un supposé destin de femme. On adore !

**Neuf femmes**

Elles sont, dans l’ordre : âgée, révoltée, mère de famille, lesbienne, dépressive, artiste du son, adolescente, auteure, journaliste de radio, mais il serait absurdement réducteur et stéréotypé de dresser une telle liste de ces personnages qui ne se laissent justement pas enfermer dans des cases ; la vieille dame est révoltée, l’écrivain est lesbienne, l’adolescente un peu dépressive…

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Passage des Ombres

Arnaldur Indridason

Anne-Marie Métailié

21,00
13 mai 2018

Saga islandaise

Reykjavik n’est pas la capitale la plus lumineuse au monde. Qu’il ait pu y exister un quartier des Ombres, au tournant des années 1940, résume combien cette partie-là de la ville pouvait être déshéritée. De cet assemblage de taudis et de bars à soldats, refuge de laissés-pour compte et de commerces illicites, Arnaldur Indridason a fait le centre de gravité d’une saga policière concentrant tous ses thèmes fétiches.

En réunissant dans sa trilogie des Ombres un policier du cru et un soldat canadien fils d’Islandais, le romancier soumet sa terre natale à deux regards croisés auxquels rien ne peut échapper. Chacun ouvre les yeux de l’autre sur les conflits de valeurs qui déchirent l’île, poids de traditions rétrogrades contre désir d’une modernité importée, besoins de protection contre envie d’indépendance, attachement à une culture millénaire contre ouverture sur un monde en ébullition.

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