Bouh

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Je partage mon temps entre la fin de mes études en finance et la lecture, ma grande passion.

Grande amatrice de littératures américaine et française du 20ème siècle, j'apprécie également beaucoup la littérature japonaise que je souhaite mieux connaître.

Dans ma bibliothèque idéale, j'y inscris tous les livres que je souhaite un jour lire. Si vous voulez me faire un cadeau, vous savez où piocher ;)

Je tiens un site Internet sur la littérature LecteursCompulsifs.com sur lequel je critique mes lectures et parle de l'actualité littéraire. Je suis également membre du club de lecture de la librairie Dialogues.

Une enquête du commissaire Maigret, Signé Picpus
29 July 2010

L’intrigue en elle-même, si elle est simple, n’en reste pas moins passionnante. On se plait à lire un petit roman dont les pages tournent très vite.

Simple donc, concis, méticuleux, le texte ne se perd pas dans les méandres de la description et du détail. L’écriture légère de Simenon n’enlève rien au rythme soutenu de l’intrigue policière.

Une bien belle découverte donc, et une surprise de surcroît. N’hésitez pas à découvrir ce personnage mythique de la littérature par ce roman !

Premier amour / Nid de gentilhomme
19 May 2010

Lorsqu’il aperçoit pour la première fois la jeune et belle princesse Zinaïda, Vladimir Petrovich Voldemar (qui, traumatisé par ce livre, deviendra plus tard l’affreux-méchant d’une célèbre saga pour ados) s’épanche sur plusieurs dizaines de pages afin de nous décrire sans rien omettre ce que n’importe quel autre boutonneux aurait pu expédier en parlant de « coup de foudre ».


Âgé d’à peine seize ans, il rentre alors de plein pied dans les jeux cruels et pervers de la sublime jeune femme qui, manipulatrice jusqu’au bout des ongles, s’est entourée de garçons de bonnes familles auprès desquels elle tente d’oublier qu’elle et sa mère sont fauchées comme les blés.

Pour faire plus court que Tourgueniev dont j’apprécie malgré tout la plume, cette peste de Zinaïda rappelle – la beauté en plus – une autre tête à claques, en l’occurrence la fameuse Nellie Oleson dans La Petite maison dans la prairie. La méchante de l’histoire? Oui et non, puisque la gamine va finir par trouver son maître, un homme calculateur et violent dont je vous laisse découvrir l’identité.

En partie autobiographique, ce court roman nous permet également d’apprendre que le père de Tourgueniev (zut, vous savez désormais qui est le méchant) épousa la mère de l’écrivain parce que celle-ci était immensément riche, possédant notamment plusieurs villages et des milliers de cerfs…

Une Critique des LecteursCompulsifs.com

Michel Strogoff

Le Livre de poche

6.10
19 May 2010

Nous sommes en effet entre les 19ème et le 20ème siècles lorsqu’au cours d’une réception au sein d’un palais moscovite, le Tsar lui-même apprend que des hordes venues d’Asie s’apprêtent à envahir la Sibérie, menaçant ainsi l’intégrité d’un empire réputé imprenable. Si les dirigeants soviétiques ne s’inquiètent pas outre-mesure en ce qui concerne la pérennité de leur nation, ils redoutent en revanche les probables massacres civils et l’assassinat du frère du Tsar, car un traître animé par la revanche et la honte, Ivan Ogareff, a juré la perte du Grand Duc.

Bien que l’issue finale d’une confrontation militaire tournera inéluctablement à l’avantage des forces armées russes, il faudra en effet des mois avant que le gros des troupes soviétiques n’atteigne les champs de bataille, et il sera trop tard pour sauver le haut-dignitaire sibérien. Une solution reste encore possible, envoyer une sorte d’agent secret, un courrier, qui devra seul franchir les lignes ennemies et délivrer son message.

Globalement, ce roman étonne, notamment par son ton sombre et parfois larmoyant, mais aussi et surtout par l’absence d’événements fantastiques pourtant si caractéristiques de l’œuvre plutôt copieuse de Verne. Mais bien que publiée relativement tardivement (en pleine époque des 500 Millions de la Bégum), cette aventure ne s’avère au final pourtant pas réellement dépourvue d’ingrédients surnaturels, tant l’on y remarque assez rapidement une sorte de glorification de la puissance physique et morale inhérente à certains êtres humains, ici incarnée par le sibérien Michel Strogoff, un homme au courage et aux forces musculaires et mentales tout bonnement extraordinaires.

De plus, les compagnons d’infortune du rugueux émissaire russe (une présence et un témoignage du voyage habituels dans l’œuvre globale de Verne) semblent eux aussi disposer de qualités humaines sans failles. Restent malgré tout les nombreuses et classiques descriptions des paysages, faunes et flores locales pour nous rappeler à quel point Verne maîtrisait son sujet et aimait partager avec ses lecteurs les richesses géographiques de notre belle planète.

Notons également qu’en dépit de cette impression de force presque tranquille dégagée par ce gigantesque empire ainsi que par ses sujets, il semble impensable de voir ici un quelconque rattachement aux théories marxistes alors naissantes, tant règne dans ce roman une atmosphère foncièrement apolitisée, à des années lumières des 500 Millions de la Bégum par exemple.

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Désert
19 May 2010

Jean Marie Gustave – aka J. M. G – Le Clézio a été le lauréat du prix Renaudot à seulement l’âge de 23 ans pour son premier roman, Le Procès-verbal. 45 ans plus tard, en 2008, le prix Nobel de littérature lui est décerné en tant qu’ »écrivain de la rupture, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, explorateur d’une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante ».


C’est dans l’optique de découvrir cet auteur que nous avons lu, sur Lecteurs Compulsifs, un de ses romans, Désert. L’histoire est celle de Lalla, descendante de guerriers du désert saharien, vivant chez sa tante dans un bidonville. Amoureuse d’un berger avec qui elle va tenter s’enfuir, elle s’exilera finalement seule à Marseille. Son aventure française ne changera pas ce qu’elle est : une enfant du Désert.

La richesse de la prose de J. M. G. Le Clézio est immense. Entre l’histoire de ses ancêtres au début du XXe siècle et le présent de Lalla, l’écrivain se ballade avec un plaisir qu’il communique au lecteur. Très poétique, l’écriture de l’auteur nous fait entrer dans un monde qu’on a peu l’habitude de lire, celui de l’amour du désert et du besoin irrépressible d’y revenir dès qu’on le quitte. Jamais Lalla n’oubliera son désert à elle, et Le Clézio a le talent de le décrire sans jamais en parler concrètement. Cette nostalgie ensoleillée entoure Lalla et le lecteur ; le temps d’une lecture, nous aurions presque besoin de ce désert.

Pour une fois qu’un Nobel de littérature n’est pas uniquement politique, ne gâchons rien à notre plaisir qu’il soit décerné à un Français aussi talentueux de Le Clézio. C’est un auteur à ne pas manquer, tant sa prose se rapproche de celles des plus grands écrivains français.

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Les lumières de Bullet Park

John Cheever

Serpent à Plumes

19 May 2010

Peu connu en Europe, voire même complètement anonyme en France, John Cheever fait néanmoins partie de ces grands écrivains nord-américains issus d’une longue tradition, celle des John O’Hara et autres Sinclair Lewis, celle de ces hommes au regard acerbe, extrêmement critiques sur l’état d’une société en pleine déliquescence.

Les lumières de Bullet Park s’organise autour de deux récits bien distincts et néanmoins complémentaires, qui se rejoignent – bien entendu – au cours des toutes dernières pages du roman.

Le lecteur se retrouve tout d’abord immergé dans le quotidien de la famille Nailles (« clou » en anglais). Eliot et son épouse Nellie forment un couple modèle, à l’image de ceux qu’affichaient les pages de réclame du magazine Life de l’époque. C’est du moins au travers du prisme offert par la représentation du rêve américain que l’on s’imagine l’existence paisible et néanmoins un tantinet ronflante des Nailles, hélas englués comme tant d’autres dans la monotonie de Bullet Park. Jusqu’au jour où leur unique fils, Tony, tombe gravement malade et refuse de quitter son lit pendant de longs mois, sans que personne ne puisse comprendre de quoi souffre réellement le jeune homme.

C’est alors qu’entre en scène Paul Hammer (littéralement « marteau » en anglais), dont la vie à la fois étrange et fascinante nous entraine dans un grand périple entre les États-Unis et l’Europe, dans une quête existentielle aussi mélancolique qu’attachante. Un homme au parcours chaotique, lui aussi plongé dans un mal de vivre inexplicable, comme Tony, et qui cherchera à exorciser ses démons en s’installant à Bullet Park.

Vous vous en doutez déjà, le marteau et le clou vont finir par se croiser, au travers d’une rencontre qui précipitera le drame final.

Comme Richard Yates ou John Updike, John Cheever expose de manière crue et sans détour le malaise collectif des classes moyennes étasuniennes, ainsi que l’aliénation des banlieues pavillonnaires dans lesquelles viennent se perdre des centaines de couples écrasés par le conformisme. En s’attaquant à la vacuité de vies formatées au possible, Cheever révèle au grand jour les nombreuses frustrations engendrées par une misère relationnelle et sexuelle, qui finissent par gangréner un monde sans saveur, sans odeur, sans folie, et – on serait tenté d’ajouter – sans vie.

Un excellent roman, sans doute pas aussi indispensable que La Fenêtre Panoramique ou Le Démon, mais qui mérite de figurer en bonne place dans votre bibliothèque.

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