Alex-Mot-à-Mots

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Alex L., lectrice compulsive, presque anonyme.
Ayant une préférence pour les bons polars, mais aimant aussi les autres genres (sauf la SF, pitié....)

Un cheval entre dans un bar
14 novembre 2017

deuil

Un des précédents romans de l’auteur 'Une femme fuyant l’annonce' m’était tombé des mains. Mais ce titre-ci, allègrement sponsorisé par France Culture à sa sortie en 2015 ne cessait de m’intriguer.

Sur la scène d’un club miteux, dans la petite ville côtière de Netanya en Israël, le comique Dovalé G. distille ses plaisanteries salaces, interpelle le public, s’en fait le complice pour le martyriser l’instant d’après. Dans le fond de la salle, un homme qu’il a convié à son one man show (ils se sont connus à l’école), le juge Avishaï Lazar, écoute avec répugnance le délire verbal de l’humoriste.

Mais peu à peu le discours part en vrille et se délite sous les yeux des spectateurs médusés. Car ce soir-là Dovalé met à nu la déchirure de son existence. La scène devient alors le théâtre de la vraie vie.

Cela aurait pu être le récit d’un one man show comme il en existe tant. Sauf que l’on devine que quelque chose de particulier lie le spectateur convoqué et l’artiste.

Difficile de parler de ce roman poignant où l’on assiste à l’émergence d’un souvenir marquant, celui d’un choix impossible au milieu de blagues réclamées par le public.

Ce choix que doit faire le jeune Dovalé qui doit se rendre à l’enterrement d’un de ses parents, mais il ne sait pas s'il s’agit de sa mère ou de son père ; et bien évidemment, il a une préférence.

Son récit de cette journée particulière s’entrecoupe de souvenirs : il était un enfant bizarre préférant marcher sur les mains pour ne pas récolter de claques de ses camarades. Car ses parents étaient un peu à part dans la cité.

C’est également le récit d’une amitié ratée entre le spectateur et l’artiste dans leur jeunesse.

Un roman fort, exigeant, au titre énigmatique car jamais on ne saura la chute de la blague, mais quelle importance ?

L’image que je retiendrai :

Celle du fauteuil rouge dans lequel se repose Dovalé pendant son spectacle.

Une citation :

« Il est écrit qu’Adam a connu Eve, pas qu’il l’avait comprise ». (p.102)

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Il est toujours minuit quelque part
14 novembre 2017

suspens

Voici un bon roman à suspens, malgré son côté « déjà vu au cinéma ».

Je m’explique : Bill Herrington est un professeur d’université qui mène une vie de famille tranquille jusqu’au jour où il reçoit un roman racontant sa dernière soirée arrosée entre amis qui s’est mal terminée (« Souviens-toi, l’été dernier » de 1997). Sauf que l’incident ne s’est pas déroulé l’été dernier, mais il y a plus de 20 ans.

Le fameux roman apparaît comme par magie dans son casier de professeur ; sur la table de sa cuisine, ses parents le reçoivent aussi.

N’oublions pas le personnage ambigu d’Alan, la jeune nouvelle étudiante de Bill au prénom bien masculin arrivée fort à propos et si serviable.

Tout l’intérêt de ce roman réside donc dans le fait de découvrir qui est l’auteur du livre maudit.

J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui ne révolutionnera pas le genre, mais qui propose une fin logique bien que cruelle, et ça, ça change.

L’image que je retiendrai :

Celle des loups que Bill voit partout en ville depuis quelques temps.

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Niels

Viviane Hamy

20,00
14 novembre 2017

1939-1945

Ce roman n’est pas le troisième volet des enquêtes du père Kern, rien à voir. L’auteur change de personnage et d’époque mais toujours pour mettre en lumière certains aspects peu reluisants de la société qu’il décrit.

Le titre du roman porte le nom du personnage principal, même si ce prénom est fort peu prononcé dans le roman, le narrateur préférant utiliser son nom de famille Rasmussen. Celui-ci part à la recherche du passé de son ancien ami Jean-François Cannonier qui a écrit trois pièces avant-guerre que Rasmussen a mis en scène.

Jean-François est en prison et attend son procès pour Collaboration. À travers les témoignages de ceux qui l’ont connu, Rasmussen tentera de percer le mystère de l’ami qu’il croyait connaître.

Encore une fois, j’ai aimé le décor de ce roman de l’auteur : l’immédiate après-guerre, quand les fusils sont encore fumants des derniers coups échangés ; que les Collaborateurs tentent d’échapper au pire.

J’ai aimé les deux chapitres façon pièce de théâtre, ce qui rend moins aride les dialogues entres les personnalités lors de ces deux scènes.

J’ai aimé le personnage de Niels qui jamais ne se glorifie d’être un Résistant dans son pays : il sait ce que lui a coûté son combat, et tous ses compagnons sont morts à cause de leurs actions glorieuses une fois la paix revenu. La Résistance est aussi faite de bassesses que l’on assume, ou pas.

J’ai aimé détester le personnage de Canonnier qui s’enferme dans son désert de création jusqu’à la lie.

Je me demande, au final, si ce roman n’est pas un roman sur Louis Jouvet qui a habilement passé les années de guerre en Amérique Latine pour un théâtre engagé….

Un grand roman qui oscille entre ombre et lumière : comme au théâtre où le régisseur choisi ce qu’il éclaire sur scène.

Merci, M. Ragougneau pour ce roman intelligent, comme toujours. Comme écrit dans votre dédicace, j’ai hâte de retrouver le père Kern qui a encore des choses à dire, ou un autre nouveau personnage.

L’image que je retiendrai :

Celle de Rasmussen se promenant dans son ancien théâtre, une servante à la main.

Les Petits Cheveux. Histoire non convenue de la pilosité féminine
14 novembre 2017

pilosité

L’histoire du poil féminin constitue un volet essentiel de la sexualité et de l’évolution des mœurs. Elle est riche de moments sociaux, culturels, esthétiques ou religieux, voire aujourd’hui politiques, qui ont inspiré largement les Lettres et les Arts. De façon souvent poétique et pittoresque, la voici, preuves et images à l’appui.

Et c’est vrai que cet ouvrage est richement imagé, que les citations littéraires sont nombreuses.

J’ai aimé découvrir les textes et poèmes de nos Grands Zauteurs à propos de la pilosité.

J’ai toutefois regretté que ces citations soient un peu posées là comme ça, comme si le texte ou l’image se suffisaient à eux-mêmes. Dommage.

J’ai tout de même appris l’histoire de ce mal aimé qu’est le poil, même si il a tendance à faire un retour en force.

Une citation :

« La pilosité est donc condamnée par tous les moyens, du plus traditionnel,
renouvelé de l’Orient des houris, au plus sophistiqué, l’impitoyable
laser qui détruit le mal à la racine.
Le poil en mène de moins en moins large, carrément entré dans la
clandestinité, en attendant d’entrer en résistance. » (p.143)

http://alexmotamots.fr/les-petits-cheveux-jean-feixas-et-emmanuel-pierrat/

Le camp des autres
17,00
13 novembre 2017

forêt, Roms

Oui, je sais, j’exagère : ce roman n’est pas que celui de la forêt, mais disons qu’en tant que lecteur, on y passe beaucoup de temps tout de même en première partie de récit.

Les bruits de la forêt, les couleurs, les températures changeantes, les animaux jusqu’aux plus petits, le décor est planté avec beaucoup de minutie.

Enfin surgit Jean-le-blanc qui sauve Gaspard, notre personnage principal. Jean-le-blanc qui connaît les secrets de la forêt, des herbes oubliées, des animaux proscrits. Jean-le-blanc qui commerce avec les chemineaux et les romanichels.

Et puis Gaspard choisit encore une fois la liberté et part avec la troupe. L’occasion pour l’auteur de nous décrire la vie sur les routes, l’organisation du groupe.

J’ai aimé le jour de foire lorsque les bohémiens rapinent de façon organisée.

Mais j’ai décidément trouvé la première partie trop longue, car on sent que le propos de l’auteur a pour visée principal les sans-famille, les sans-patrie, comme il le dit si bien à la fin de son roman. Alors pourquoi interviennent-ils si tard dans son livre ?

Une belle ode à la liberté et à la forêt.

L’image que je retiendrai :

Celle de Jean-le-blanc faisant cracher le venin des vipères.

http://alexmotamots.fr/le-camp-des-autres-thomas-vinau/