nymeria

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Grande lectrice depuis toute petite et blogueuse depuis peu, j'adore lire pour m'évader, découvrir de nouveaux auteurs et partager mes impressions avec d'autres lecteurs. ^^

LA FILLE QUI NAVIGUA AUTOUR DE FEERIE DANS UN BATEAU

Valente Catherynne

Balivernes éditions

17,00
4 mars 2016

Une merveille d'imagination !

Une envie soudaine de conte ? De merveilleux ? De magie ? De revivre ce moment nostalgique de votre enfance où vous attendiez avec impatience l’heure du conte des étoiles plein les yeux ? Alors lancez-vous dans « La fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains » de Catherynne M. Valente. Vous ne serez pas déçu du voyage. J’avais déjà été ébloui par la prose de l’auteure dans « Immortel » et ce nouveau titre jeunesse paru chez Balivernes réitère l’exploit. Quelle plume ! Quelle imagination débordante ! L’auteure qui est aussi poète nourrit son texte de ces influences et joue avec les mots comme elle joue avec son univers. La structure narrative est impressionnante et vraiment atypique. L’agencement des phrases et les figures de style telles que l’accumulation apportent une musicalité qui immerge de suite le lecteur dans le récit. On pénètre dans une contrée féérique où rien n’a de sens mais où tout a du sens.

« La fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains » (ouf ! quel titre long !) est un récit merveilleux qui nous emmène dans le sillage de Septembre, une petite fille tout à fait banale. Comme dans « Alice au pays des merveilles », Septembre se retrouve emportée dans un monde fantastique où elle vivra moult aventures. Cette fois il ne s’agit pas de combattre une méchante sorcière mais de récupérer une mystérieuse cuillère et de mettre la main sur une clef très spéciale… et bien sûr si elle pouvait renverser l’ordre établi par la maléfique marquise en chemin, qui s’en plaindrait ! Les références sont légion. Outre le roman de Lewis Carroll, on pense bien sûr au magicien d’Oz, à Narnia (et sa fameuse armoire), et même au film « Labyrinthe » avec David Bowie. Catherynne M. Valente ne puise pas tant dans ces œuvres qu’elle leur rend hommage en les détournant et en nous livrant sa vision d’un monde enchanté.

Les aventures de Septembre sont pleines de malice et de mordant. La quête de soi qu’entreprend la petite fille se voit entravée par de nombreux obstacles. Pour trouver son chemin, elle devra abandonner une part d’elle-même, puis pour sauver la vie d’autrui, elle devra faire un nouveau sacrifice. Chaque choix aura ses conséquences, rien n’est anodin dans l’univers de Féérie. C’est toute l’astuce de Valente, elle créé un univers très complet, pensé dans ces moindres recoins. Heureusement durant son périple, Septembre pourra compter sur ses nouveaux compagnons. Et là encore quelle imagination ! Une vouivrothèque (mélange de dragon et de bibliothèque !), un Marid aux étranges pouvoirs, des bicyclettes volantes, des objets perdus qui prennent vie, des félins doués de parole, le Vent Vert, sorte de personnification du vent, et j’en passe. On ne peut que s’incliner face à tant d’inventivité.

Leçon de courage, d’amitié et d’abnégation, ce premier tome des aventures de Septembre est une invitation au rêve. La narration, abordant la forme d’un conte au coin du feu que nous relaterait un narrateur omniscient et ingénu, est une des grandes forces du récit. Les apartés qui nous mettent dans la position de confident, nous impliquent intimement dans les aventures de la petite fille. Loin d’être aussi lisse que le personnage de Dorothy dans le magicien d’Oz, Septembre est une héroïne espiègle, bravache et un poil étourdi. On s’attache facilement à elle. Et c’est avec une certaine tristesse qu’on l’abandonne, néanmoins ravi de savoir que les aventures ne s’arrêtent pas là. Bref, « La fille qui navigua autour de Féérie… » est une ode au rêve, aux contes d’antan et à la création artistique. Un hommage aux classiques qui ont su émerveiller de nombreux lecteurs et qui prouve que l’imagination n’a pas de limite. Servi par le style inimitable de Valente, ce premier tome jeunesse est un voyage improbable dans un univers enchanteur qui réveille en nous l’écho de notre enfance. En tout point une réussite !

Les jours infinis
4 mars 2016

« Les jours infinis », c’est le récit inquiétant d’une gamine privée de tout, sous le coup d’une lubie de son père qui décide un jour de l’emmener vivre dans la forêt. Qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de ce père pour qu’il arrache ainsi sa fille à son environnement, à sa mère (qu’il dit morte), à la civilisation même ? La vérité, occultée pendant la majeure partie du récit, nous percute comme un boulet de canon dans la dernière ligne droite. L’horreur se cache parfois dans les non-dits…

Sous fond de psychose survivaliste, ce roman joue avec les nerfs du lecteur, le poussant dans une direction pour mieux le fourvoyer par la suite. La grande force de la narration se trouve dans les nombreux allers-retours entre passé et présent, avec une grande zone d’ombre sur les neuf années que Peggy a passé en forêt avec son père. De retour chez elle, auprès de sa mère et d’un frère qu’elle découvre, elle peine à reprendre le cours d’une vie normale. Ces courts chapitres, qui nous permettent de nous rendre compte à quel point Peggy est isolée de tout, m’ont vraiment bouleversé.

L’auteure aborde la psyché brisée de l’héroïne avec beaucoup de tact. Que ce soit la condition physique de Peggy ou son sentiment d’être bousculée par l’existence, Claire Fuller n’oublie aucun aspect. Les passages qui reviennent sur le quotidien vécu par l’héroïne avec son père en forêt sont délibérément lents. Les jours passent, avec toujours les même gestes, les même préoccupations, le même ennui. Et les jours semblent bien infinis comme le titre nous le suggère. Puis une nouvelle tocade, une nouvelle colère du père survient et l’auteure nous ferre. Malgré un récit assez contemplatif par moments, la tension est bien présente, angoissante au fur et à mesure que les silences se révèlent d’eux-mêmes. La fin est effroyable et nous prend par surprise. Encore une superbe découverte par La Cosmopolite des éditions Stock.

Mishima Boys, coup d'état - Tome 1
4 mars 2016

Ce premier tome du dyptique de « Mishima Boys » est plutôt singulier dans le genre. Bien que largement classé dans le seinen, ce manga n’a rien à voir avec la production habituelle. Pour commencer, l’histoire s’inspire de faits réels et se propose de revisiter un Japon d’après-guerre fortement chamboulé par tous les changements survenus, plus particulièrement chez la classe estudiantine. Un souffle de révolte et de transgression se fait alors sentir et trois cas particulièrement choquants bouleverseront le pays tout entier.

En partie historique et foncièrement social, Mishima Boys est surtout un manga transgenre, une expérience réalisée par l’esprit un tantinet tordu d’Eiji Otsuka (à qui l’on doit le génialissime MPD Psycho et d’autres sanglantes joyeusetés) et saisie par le trait de Seira Nishikawa, une nouvelle dans le genre (chose que l’on ne remarque absolument pas tant le dessin est maitrisé et frôle la perfection). Comme il nous est confié en début de volume, ce manga regroupe trois événements clés qui montrent l’état d’esprit d’une époque et d’une jeunesse en proie au malaise et en perte d’identité. Les trois récits s’imbriquent les uns dans les autres pour mieux nous perdre, et c’est voulu. A nous de poser des questions et d’essayer de restituer qui a fait quoi…

Confus de prime abord, ce premier tome de Mishima Boys nécessite plusieurs relectures pour saisir pleinement tous les tenants et aboutissants de l’histoire. Le manga est construit selon différents codes empruntés pour certains au cinéma, pour d’autres au théâtre nô, ce qui donne un aspect « présentation » avec son narrateur présent physiquement dans chaque scène révélatrice pour mieux accompagner les personnages. Pour le lecteur, ce procédé parait flou, voire hasardeux, surtout que l’on ne connait rien des affaires qui nous sont présentés. Pour autant, une fois que l’on se laisse emporter par la brillante construction d’Eiji Otsuka, on ne peut que s’incliner devant tant d’inventivité et d’audace.

Graphiquement parlant, c’est magnifique. L’édition est de grande qualité. Couverture cartonnée, papier glacé, contrastes très marqués qui font honneur au style très réaliste de Seira Nishikawa. La mise en page navigue entre flous, zooms et plans larges, le tout oscillant entre voyeurisme et dynamisme. La folie et l’ennui transpirent des pages, avec ses regards perdus dans le vague et ses visages vides ou grotesques qui déshumanisent l’entourage des personnages principaux. L’intrigue (principalement celle de l’étudiant coréen) est révoltante et montre bien l’état d’esprit des jeunes d’alors. Perdus, en colère, désœuvrés… Un manga à lire sur plusieurs niveaux.

Nexus
9,40
4 mars 2016

«Nexus» est un roman de science-fiction qui lorgne du côté du cyberpunk et qui nous interpelle sur notre possible évolution et notre rapport aux biotechnologies. Darwin n’a qu’à bien se tenir car il semblerait que dans le futur imaginé par Ramez Naam l’humain se transcende pour devenir autre chose. Transhumain ? Posthumain ? La barrière est mince. Atteindre un nouveau stade dans l’évolution n’a jamais paru si envisageable ni aussi périlleux. Surtout quand on voit que l’on dépend de plus en plus des nouvelles technologies et que le nexus, cette petite pilule capable de nous connecter directement les uns aux autres, n’a finalement rien d’aberrant en soi…

Ce premier tome de Nexus nous emmène à la rencontre de Kade, un étudiant en biologie qui a découvert comment transformer une drogue qui permet à ses utilisateurs de communiquer directement par l’esprit en un programme faisant de nous des êtres interconnectés 24h/24. Technologie interdite que de nombreux groupes aimeraient posséder ou voir disparaitre : de la CIA en passant par le gouvernement chinois ou des groupuscules mafieux. Et voilà notre héros plongé au cœur d’une bataille entre le bien et le mal qui engage l’avenir de l’humanité. Sauf que bénéfice et préjudice ont tendance à faire jeu égal à ce stade de l’évolution.

On pourrait craindre un récit très obscur, difficilement accessible aux non-scientifiques mais Ramez Naam vulgarise son propos et prend toujours en compte le lecteur, que ce soit en expliquant son postulat, qu’en brodant tout autour un univers riche et moderne tourné vers l’action. Kade est le personnage geek par excellence. Loin d’être un héros, c’est un jeune homme lambda qui se retrouve aux prises avec des questions d’éthique qui le dépassent et qui sombre dans une spirale infernale du jour au lendemain. A ses côtés, Sam, agent de la CIA qui le surveille et le protège, est sa parfaite antithèse. Combattante aguerrie, méfiante au possible, on sent qu’elle n’a pas eu une vie facile. C’est un duo qui fonctionne parce qu’il se complète et voir leur relation évoluer jusqu’au bouquet final tombe sous le sens.

Suspense, complot d’envergure, retournements de situation, ce premier tome procède à un rythme effréné. A tel point que la fin pâtit de cette précipitation et perd en tension dramatique. Plutôt dommage car le sort de certains personnages ne nous touche pas plus que cela, l’auteur ne prenant pas le temps de les développer suffisamment. Le déchainement de violence nous choque certes, mais on ne s’émeut pas vraiment. Les questions d’éthique soulevées et le débat ouvert par Ramez Naam dans ce premier tome sont des plus intéressantes. Il est appréciable de constater que l’auteur ne se pose pas en donneur de leçon. Il y a des pour, il y a des contre. A nous de nous faire notre propre idée de ce qui est juste ou pas. On se demande d’ailleurs comment tout cela va tourner. L’humain résistera-t-il ? Réponse dans le second tome, Crux.

Le Bleu entre le ciel et la mer
4 mars 2016

« Le bleu entre le ciel et la mer » de Susan Abulhawa est un magnifique roman, entre le conte mystique et la chronique familiale et historique. L’auteure nous y relate le quotidien d’une famille palestinienne sur quatre générations, des années 50 à nos jours. Bien que de nombreux personnages soient à l’honneur, Susan Abulhawa recentre son récit autour de la figure de la femme. Mère, fille, sœur, chaque facette est traitée avec la plus grande attention car chaque relation est unique. On ressent une grande déférence entre ces femmes, beaucoup d’affection et de complicité. Cela transparait dans des petites scènes du quotidien : les civilités autour d’un thé, les bavardages au lavoir, et même jusque dans les rites du mariage où les femmes se réunissent au hammam pour préparer la mariée. Il faut se serrer les coudes entre femmes. A plus forte raison quand on vit dans une partie du monde en constante guerre.

L’auteur dépeint avec beaucoup de talent les rapports qui régissent ces habitants du Moyen-Orient. Chaque problème est accueilli selon des codes bien arrêtés (un enfant qui colporte de sales rumeurs par exemple), car il faut régler ces conflits en bonne entente. La sagesse même. Susan Abulhawa n’a pas son pareil pour décrire le quotidien de ces populations, avec toutes ses subtilités et ses petits détails. Cette éloquence trouve son écho dans la narration d’événements historiques marquants pour les palestiniens. Outre le choc de certaines scènes qui dépeignent avec beaucoup de réalisme les sévices infligés aux populations, l’autre nous permet de voir sous un œil nouveau le conflit qui agite depuis si longtemps Israël et la Palestine. L’impact de son propos est d’autant plus grand que l’on sait que Susan Abulhawa a vécu la guerre des six jours. Son roman s’inspire de son vécu (exilée au Koweït puis aux Etats-Unis comme certains de ses personnages) et n’en parait que plus crédible.

Récit sur l’expatriation, sur le sentiment d’appartenance à une terre, sur la famille, Le bleu entre le ciel et la mer est aussi empreint de mysticisme. Possession par un djinn, perception des auras, fantôme protecteur, c’est comme si les personnages cherchaient refuge dans le monde de l’occulte. Pour se protéger des horreurs de la guerre et la laideur de certains êtres humains, les moyens mis à disposition sont parfois insignifiants. Seule la grande force morale et la dévotion dont font preuve Nazmiyeh et sa famille les aideront à tout supporter. C’est une belle leçon de courage et d’humilité que nous donne Susan Abulhawa. A travers le personnage de Nazmiyez, cette femme généreuse à la langue acérée, elle nous offre un très beau portrait de femme. Après tant d’épreuves traversées, sa confiance en sa famille ne la quitte jamais. Pas plus que sa foi envers sa sœur, Mariam. Un roman lumineux bien que déchirant que je n’oublierais pas de sitôt.