Marie B.

Il faut flinguer Ramirez - Tome 01
par (Libraire)
26 septembre 2018

Un récit qui aspire !

Cette BD est un thriller d’une puissance cinématographique hors-norme, bourrée d’humour, très rythmée par des courses-poursuites à couper le souffle, explosives, sulfureuses, sanglantes…, découpée par des incartades publicitaires plus loufoques les unes que les autres.

On est plongé dans les États-Unis des années 1980 avec toute l’absurdité de son système de consommation, et on se délecte des dialogues, certes un peu archétypaux, mais qui ont le mérite de faire très « couleur locale ». Il y a là un art de la mise en scène parfaitement maîtrisé, qui fait littéralement sauter le regard d’une case à la suivante, à une allure frénétique.

Ce n’est que le premier tome, et le mystère reste (presque entier) concernant la véritable identité de Ramirez… l’apparente indifférence de ce anti-héros silencieux et touchant est relevée à la sauce piquante par les personnages hauts en couleur qui l’entourent…

Fracking

Albin Michel

19,50
par (Libraire)
11 septembre 2018

Une introspection fracassante du Dakota en période électorale

Sur fond de l'opposition entre une exploitation d'élevage familiale du Dakota et l'exploitation pétrolière du groupe Global Ressources qui sévit sur le même terrain, "Fracking" propose d'accéder aux mentalités d'une poignée de protagonistes piégés dans leur quotidien, au moment du second tour des élections présidentielles américaines de 2016.

Ce récit aux voix multiples s'appuie sur l'épuisement des personnages, et montre comment leur situation les enferme dans des contradictions qui les mènent au point de rupture.

François Roux multiplie les clins d'œil à "Le Bruit et la Fureur" de William Faulkner, et tire ainsi un pont entre les époques.
Grinçant, parce qu'il ne se fait pas juge, ce roman restitue un climat, - hostile à n'en pas douter -, aussi intime que politique.

Une lecture qui invite à la compassion, et à l'introspection.

La guérilla des animaux
par (Libraire)
7 septembre 2018

Profond et glaçant

Camille Brunel livre un premier roman qui n'a pas peur d'aller au fond et jusqu'au bout de ses idées.

Elle dépeint à travers son personnage principal, Isaac, un monde que l'on aimerait dystopique mais qui, documenté avec précision, est terriblement contemporain.

Ce récit est une véritable matière à penser, la cause animale, certainement, l'humanité, encore plus. Sanguin, mais aussi scientifique, la logique en est implacable. C'est bouleversant de beauté, parce que ça fait battre le cœur fort dans la poitrine. Ça donne envie de relire "Crime et Châtiment", je ne sais pas exactement pourquoi.

Reviens, roman
19,00
par (Libraire)
7 septembre 2018

Tendresse et surgissements

Samuel Benchetrit campe dans "Reviens" une voix douce, splendide dans l'absurdité, tendre, par moments hilarante et ce parfois bien malgré elle (ou du moins est-il possible de douter que ce soit fait exprès).

Les riens règlent le quotidien de son protagoniste, - un écrivain, paumé peut-être, encore que -, sans s'appesantir, parce que toujours accueillis avec une certaine curiosité. Dans les méandres un peu flottants du narrateur, nulle trace de complainte, et une conscience de soi qui sublime en contre-jour la puissance des liens et de l'affection que se portent les personnages.

Un roman d'amour et de fulgurances, qui se loge dans les détails.

Cette nuit
par (Libraire)
19 juillet 2018

Une de ces nuits immenses...

"Cette Nuit", c'est une vraie nuit : une de celles qui contiennent tout et pour lesquelles on se prépare. Une nuit de paupières lourdes, une nuit de douceur, une nuit qui apporte son lot de cauchemars aussi... une nuit, enfin, où les respirations qui s'emballent finissent par trouver un souffle apaisé.

"Cette Nuit", c'est Salomon qui la raconte. Salomon est le patriarche d'une famille juive composée de personnalités parfois un peu compliquées... mais liées par l'amour et la tendresse.
Salomon, c'est aussi un rescapé des camps. Il ne parvient à se souvenir de cette période qu'à coups de kärcher. Ses blagues concentrationistes, quand elles lui échappent au sein du cercle familial, offrent une scène rêvée au "Vol de la mouche" de Risque Ékofkofkof. Alors il se les réserve pour le Café-Shoah, où il retrouve des amis qui sont d'anciens détenus eux-aussi. Là ils peuvent rire, et puis cela évite de froisser sa femme, Sarah, que ses blagues exaspèrent... Sa chère Sarah...

"Cette Nuit" ce sera une nuit sans Sarah. Cela fait peu de temps que Salomon est veuf. "Cette nuit", c'est la première Pessah, la Pâques juive, que Salomon et sa famille devront célébrer seuls... C'est-à-dire ensemble, mais sans Sarah.

Mais le cerveau est adroit comme un livre, et à force d'ellipses et de flash-backs, Sarah est partout, et la Pessah d'aujourd'hui et celle d'hier se superposent.

"Cette Nuit" est un récit intime et plein d'humour. Il nous invite à embrasser la sensibilité très intéressante de Salomon, aussi clairvoyante qu'embuée, touchée à vif mais exécutant avec sang-froid une à une les tâches rituelles qui lui incombent en tant que patriarche.
Salomon est un grand-père bienveillant, un amant et un mari qui se réfugie avec bonheur dans de doux souvenirs, un jeune homme plein de rage qui multiplie les pieds-de-nez.

De la première à la dernière page, c'est un personnage qu'il est plaisant de rencontrer !