Françoise

http://claraetlesmots.blogspot.fr/

Une lectrice du bout du monde (ou presque) qui aime la vie et forcément les livres. Et un blog où je partage quelquefois mes lectures : http://claraetlesmots.blogspot.fr

Article 353 du Code Pénal
11 janvier 2017

Tout commence sur un bateau. Martial Kermeur jette à l'eau délibérément Antoine Lazenec. Il ne cherche pas à s'enfuir du bout de cette presqu'ile près de Brest et attend d'être arrêté. Conduit chez le juge, il raconte ce qu'il a commis mais surtout comment les évènements se sont succédés.
Retour arrière juste quand l'arsenal licencie à tour de bras. Martial faisait partie du lot. Se femme le quitte le et le laisse avec leur enfant, la brume et le brouillard de la rade. Pas du genre à étaler ses états d'âme, il essaie de ne pas sombrer et de faire bonne figure même si les temps sont durs et qu'il a encaissé sa prime de licenciement. L'emploi ne court pas les rues dans ce bout de Finistère fouetté, la mer et les éclats de soleil. Et quand le maire un ami d'enfance lui propose un emploi, il accepte. Sa route va croiser celle d'Antoine Lazenec. Un promoteur immobilier qui éblouit tout le monde et qui des grands projets.

Sortir de cette terre une station balnéaire, relancer l'emploi. Le messie en quelque sorte. Je n'en dis pas plus. Il suffit d'écouter l'écriture de Tanguy Viel : juste, magnifique par ses descriptions des paysages, sans grandiloquence mais avec un timbre qui la rend si vraie. Un roman qu'on ne lâche pas et qui prend à la gorge par sa puissance. Chaque phrase serait à citer pour la description des relations père/fils, des ressentis de Kermeur qui se livre en toute honnêteté et en toute conscience au juge, d'une région telle qu'elle est (parole de Brestoise). Ce livre nous interroge sur les valeurs morales, les engagements que l'on défend mais surtout sur ce que l'on ressent au plus profond de soi quand on leur tourne le dos. Un gros coup de cœur !

Les deux pigeons
8 décembre 2016

Théodore et Dorothée forment un couple parisien. Lui titulaire d’un diplôme en informatique est webmaster à mi-temps et elle est professeure d'histoire-géographie et poursuit sa thèse. On les suit sur dix années : de leur aménagement aux questionnements qu’ils vont traverser : quel matelas acheter, se marier ou pas, avoir ou non des enfants, quelle alimentation adopter : autant de préoccupations en phase avec celle d’un couple. Entourés de quelques amis qui suivent des chemins différents, ils tergiversent, hésitent, se rangent d’un coté puis finalement reviennent à leur anciennes habitudes. Piqués par l’envie de gagner plus et donc de vivre mieux, ou celle louable de protéger la planète, comme celui de donner du sens à leurs vies, Théodore et Dorothée tentent de répondre face à ce que la société véhicule et impose.

J’ai pensé à un documentaire avec une certaine distance en lisant cette chronique d’un couple assez ordinaire teintée d’humour ironique et de tendresse. Peut-être parce que j’ai eu du mal à m’imaginer réellement Théodore et Dorothée comme s'il leur manquait quelque chose. Mais il s’agit d’une lecture agréable.

Et puis tout de même, dans l'analyse, l'anticipation, la provocation, Houellebecq , quelle intelligence!
"C'est justement ce que je lui reproche. Je trouve ça surfait, moi, l'intelligence."
Elle rêvait d'un livre sensible, viscéral, et qui la prenne aux tripes.
Théodore continuait : " Tu sais, il a de l'humour, Houellebecq."
Il avait ri à gorge déployée pendant sa lecture de La Carte et le territoire. Dorothée demanda combien de fois.
"Je ne sais pas, quatre, cinq fois."
- Pour un livre de quatre cent pages, c'est peu."

Sur les chemins noirs
6 décembre 2016

Après un accident dont son crops garde des séquelles, Sylvain Tesson au lieu de suivre une rééducation médicale décide de traverser la France via des chemins oubliés ou méconnus "les chemins noirs".

"Bancal, le corps en peine, avec le sang d’un autre dans les veines, le crâne enfoncé, le ventre paralysé, les poumons cicatrisés, la colonne cloutée de vis et le visage difforme" , il entame un périple où le temps ne presse pas et sans aucun contrainte. Loin des routes et de la société, il s’enfonce dans la campagne afin de découvrir la France " ombreuse épargnée par l'aménagement".
Et il s‘intéresse dans ce récit au territoire et à sa géographie. Ses constats ne sont pas tendres avec la technologie et le monde d’aujourd’hui. Il nous fait savoir qu’il est un partisan du c’était mieux avant ce qui à force est un peu agaçant et dans une certain mesure mesure où il nous faut référence à un temps très éloigné celui avant les Trente Glorieuses.

Mais ses réflexions (ou du moins une partie) font mouche et amène à réfléchir notamment sur l’évolution du monde rural et agricole. Dans ce livre, on ressent toute l'humilité dont il fait preuve ainsi que l'amour qu'il porte pour ces territoires de l’"hyper-ruralité".
Après cette lecture, un cheminement introspectif et géographique, on n'a qu'une envie : celle de lui emboîter le pas.

Froidure
8,80
3 décembre 2016

Décembre 1962, Sylvia Plath au courant de l'infidélité de son mari Ted Hugues a quitté le domicile conjugal pour vivre désormais à Londres avec ses deux enfants Frieda et Nicholas.
Dans la postface, Kate Moses mentionne et détaille les sources qui lui ont servi à écrire ce livre. Elle est donc au plus près de la vie de la poétesse Sylvia Plath sur cette période. Sylvia Plath est une femme meurtrie et seule. Alors que Noël approche, elle tente d'écrire, de s'occuper de ses enfants encore petits et des tâches domestiques.
Avec une écriture gracieuse, sensible, dotée d'une pointe de lyrisme, l'auteure nous décrit les différents états d'esprits de Sylvia Plath, ses projets, son bonheur d'avoir ses enfants tout comme les moments où elle se laisse gagner par la tristesse.
Entremêlant judicieusement les souvenirs heureux du passé avec Ted, ce texte sonde merveilleusement la vie de Sylvia Plath.

Les descriptions du jardin, des petits bonheurs éprouvés par la jeune femme sont autant de touches lumineuses qui forment un très bel hommage à Sylvia Plath.

Des anges dans la neige

Éditions de L'Olivier

13,90
24 novembre 2016

1974, Pennsylvanie, Snow Angels. Tandis qu’Arthur quatorze ans participe à une répétition de fanfare de l’école, un coup de feu déchire le silence. Annie Marchand séparée de son mari Glenn vient d’être tuée. Quinze plus tard, Arthur ne peut s’empêcher d’y repenser comme à chaque fois quand il vient voir sa mère. Annie était leur voisine mais aussi sa baby-sitter quand il était plus petit. Une autre époque où ses parents étaient heureux.

Arthur l’adolescent mal dans sa peau s’adonne à la fumette pour encaisser sa nouvelle vie : son père parti, la maison vendue alors qu'il connaît son premier grand amour.
Tout allait bien pour Annie et Glenn jusqu'au jour où lui s'est retrouvé sans travail. La goutte d’eau pour elle fatiguée de son boulot de serveuse et de s’occuper de leur fille. Glenn s'est réfugié dans la religion et dans l'alcool pour s'échouer un peu plus. En vain. Tout comme il tente de reconstruire sa famille.

Indéniablement cet auteur possède ce talent à narrer ses vies ordinaires. Il sait attirer notre attention et nous entrer dans l’intimité de ses personnages qui nous semblent si proches. Des vies qui basculent, qui se déchirent décrites avec une humanité et une empathie qu’on a mal avec eux, que forcement on s’attache à eux.
Sans jamais verser dans le pathos ou dans un apitoiement quelconque, Stewart O’Nan fait preuve de sensibilité et de justesse.

Dans les bacs de la rentrée littéraire, il y avait bien deux livres de Stewart O’Nan (l'autre étant Deniers feux sur Sunset) mais ce roman paru en août est en fait son premier roman.

"Je n’aime pas retourner chez nous. Cela m’empêche de cultiver la nostalgie, qui est dans ma nature."