Eric R.

par (Libraire)
1 juin 2022

Magistral !

Six cases sur fond blanc. Six cases comme une cellule. Six cases pour enfermer un jeune homme de 18 ans, pour l’enfermer dans la torpeur. Encore plus, dans l’incompréhension.
Six cases silencieuses, magnifiques où Tripp est en train de penser, de redouter l’inimaginable. Il s’assied. Il lève la tête vers le plafond. Ou le ciel. Il se lève. Se rassied. Son petit frère de 11 ans, Gilles est en train de mourir. Est déjà mort. Dans un accident de la route, fracassé par un chauffard sur le marche pied d’une roulotte, sur la route heureuse de vacances familiales en Bretagne dans la chaleur de l’été 76.

Il est des moments de l’existence, graves, drôles ou intimes où les mots sont insuffisants, incomplets ou de trop. Alors le dessin devient indispensable. Tripp nous avait déjà ébahi avec sa manière de raconter sa sexualité dans les deux premiers tomes d’Extases et une nouvelle fois son trait dit tout du drame intime dans des cases silencieuses sur lesquelles on s’arrête de longues secondes comme s’il nous laissait le silence pour mettre nos propres mots en place. Des mots ou des cris. Ou des pleurs. Le dessin comme métaphore, le noir pour le vide, la couleur pour le retour à la vie. Nous aimerions tant, nous aussi, avoir ce talent pour dire en images combien cette BD hors normes nous a touché, ému, bouleversé.

Puisque nous ne disposons que de pauvres syllabes, tentons avec leur insuffisance de dire que quarante cinq années après l’accident Tripp reprend l’histoire du 5 Août 1976 et la mène jusqu’à aujourd’hui. Il confronte ses souvenirs et l’invraisemblable processus de la mémoire aux témoignages de sa mère, de ses frères et soeurs. Il remonte le temps. Celui de la main de son frère sur le marche pied de la roulotte, qu’il lâche un instant, l’instant du fracas d’un corps sur la carrosserie d’une voiture à contresens.

Mais plus qu’une Bd sur la mort c’est une histoire de la suite que raconte Le petit frère: « C’est un livre sur le deuil, sur l’après, sur la vie qui continue » déclare l’auteur car si on comprend et on accepte la mort d’une personne âgée à la vie remplie, personne n’est prêt à celle d’un enfant. Des scènes du recueillement familial aux pages inoubliables de l’enterrement, le lecteur suit « l’explosion filmée au super ralenti » d’une famille marquée par le cynisme d’un procès odieux, l’absence de compassion chez le coupable. Chacun manifeste à sa manière son deuil et son désarroi: mutisme pour la mère, obsession pour le père qui multiplie à l’infini les dessins du portrait figé de Gilles, silence pour Dominique l’autre petit frère mais, pour tous, quarante plus tard la découverte du sentiment individuel de culpabilité: une main lâchée, une pensée détestable avant l’accident, une présence à vélo derrière la roulotte. Chacun avoue enfin s’être lesté d’un poids trop lourd.

On dit d’un écrivain qu’il a du style, que son écriture est fluide, autant de termes applicables au récit illustré de Tripp qui choisit les bons moments, les bons mots, les bonnes séquences sur lesquels il appose des dessins graphiquement magnifiques et justes: zoom, plongée, contre plongée, plan fixe répété, cases silencieuses qui se suivent comme des séquences cinématographiques, autant de procédés qui nous amènent aux moments forts. Comment expliquer sinon le poids d’une image représentant l’arrière des crânes et des cheveux des personnes se pressant au cimetière, image précédée de cinq pages muettes qui disent l’atmosphère comme un long plan séquence?

Que le lecteur se rassure l’auteur ne nous impose pas un pathos. Lui qui craignait « un récit intellectuel » avec « les violons et les grands orchestres » a réussi son pari d’imposer un rythme et une tonalité à hauteur du drame, à hauteur de femmes et d’hommes. Car après tout il faut survivre, plus ou moins bien. On compose. On se ferme parfois dans une boîte, en position foetale.

Et puis la vie revient, le couvercle de la boîte s’ouvre, et la route de l’accident devient colorée, bordée de fleurs estivales. Deux ans et cinq jours de travail, d’écriture et de dessin pour passer du noir et blanc à la couleur. Et pour que la main tendue à Gilles, puis lâchée le jour de l’accident devienne une main tendue au ciel et aux nuages. Deux ans et cinq jours pour que la mémoire d’un petit garçon de 11 ans, espiègle et beau comme un ange soit préservée. A jamais.

par (Libraire)
30 mai 2022

Chainon manquant indispensable

Cela explose de partout. La boue ensevelit des morceaux de cadavres. Les corbeaux se repaissent des déchets humains. Le canon gronde en permanence. Les hommes sont disloqués. Les villages détruits. Le monde se transforme en vaste charnier. Comment imaginer que Céline ne puisse avoir écrit sur ces moments où la raison humaine n’a plus de sens, où la démesure l’emporte, lui qui de surcroit a participé à cette vaste boucherie. Bien entendu il y avait déjà les pages incomplètes de Casse-Pipe où il racontait son engagement dans la cavalerie et une évocation de la blessure au front de Bardamu dans Le Voyage au bout de la nuit mais si on savait qu’il avait été blessé dès les premiers mois du conflit, on ne pouvait pas ne pas concevoir qu’il ne raconte sa détestation de la guerre en mêlant comme toujours la réalité de son existence et sa fantasque et incontrôlée imagination.

Encore fallait il trouver ce texte obligé que l’écrivain évoquait souvent. On rappellera donc brièvement que Céline lors de sa fuite en 1944 laissa dans son appartement de la rue Girardon à Paris des manuscrits qui furent volés à la Libération de Paris par des « Libérateurs », appelés ainsi dédaigneusement par l’écrivain. Un anonyme remet en 1980 au journaliste Jean-Pierre Thibaudat des sacs contenant plus de cinq mille pages de manuscrits céliniens inédits, documents qui seront remis en 2021, après de nombreuses péripéties, aux ayants droits, Lucette Destouches, veuve de l’écrivain, étant désormais décédée.

« Guerre » est le premier manuscrit rendu public, après de très rapides mais complets et indispensables travaux de transcription et d’études. Le texte qui nous est ainsi livré est donc un premier jet, raturé, corrigé, nécessitant normalement une relecture attentive, corrections et suppressions des répétitions par exemple. Que l’on ne s’y méprenne pas, cette « première version » de l’écrivain de Meudon dit l’essentiel, et n’est en aucune manière un brouillon mais une oeuvre à part entière. Le travail remarquable fait autour du manuscrit met à jour les noms des personnages qui changent parfois, comme les grades des militaires mais l’essentiel est là: le génie de l’écriture, le style incomparable, la flamboyance des mots, la violence des sentiments, la vision unique du monde. Et toujours cette invention de la vie.

Le maréchal des logis Destouches fut soigné en 1914 à Hazebrouck puis aux Invalides. Ferdinand seul rescapé de son régiment erre à travers la campagne avant d’arriver et d’être soigné à Ypres puis à Peurdu sur-la-Lys. Il ne dort plus, il est l’objet de désir de l’infirmière Lespinasse qui pourrait rappeler la liaison de Céline avec Alice David, il perd beaucoup de ses facultés, isolé de ses compagnons de chambrée avec qui il partage peu de choses. Ferdinand ne se mélange pas et il faudra l’amitié d’un souteneur, Bébert, qui fait venir sa femme, une prostituée, pour qu’il sorte du Virginal Secours, et décrive de manière prodigieuse la petite vie d’une ville proche du front, où le canon se fait entendre perpétuellement. On entre dans le bar de la place, on dine chez un agent d’assurances, notable du lieu, on est dans la chambre avec Angèle qui offre ses charmes aux officiers anglais de « classe élevée ». Plus qu’ailleurs le sexe a une importance primordiale dans ce texte, mais la sexualité à la manière de Céline, pas celle des caresses et des mots doux, mais celle animale d’un besoin, d’une obligation, d’un désir brut et sauvage.
Foisonnant d’outrances, d’exagérations, de délires, Céline glisse comme à son habitude quelques moments rares de poésie, de repos comme s’il brisait la cuirasse de son cynisme pour dire à sa manière que la vie peut parfois être aussi belle et tendre. Cette expérience de la guerre deviendra récurrente dans toute son oeuvre à venir, son désaveu et désamour de l’humanité « celle qu’on croit quand on a vingt ans », trouve racine dans cette expérience traumatisante psychologiquement comme physiquement.

« J’ai attrapé la guerre dans ma tête » écrit il. Bourdonnante jusqu’à la fin de sa vie des bruits de canon qui envahiront son esprit, elle irradiera le reste de son oeuvre et de son existence, ne sachant pas encore qu’un second conflit modifierait encore plus profondément le cours des choses.

par (Libraire)
18 mai 2022

Tout simplement magique, et magnifique !

Il y a mille manières de dessiner une femme. Mille, mais aucune ne ressemble à celles de Nuria Tamarit. Les femmes de la jeune dessinatrice espagnole ont une silhouette faite de rondeurs, de courbes entourées de traits noirs comme ceux des peintres nabis. Surtout, elles ont des cheveux tels des casques enveloppants, des visages allongés, un petit nez discret. Et elles sont grandes, très grandes. L’égal des hommes, voire plus comme la BD précédente « Géante », véritable révélation dans laquelle au fil des pages se côtoyaient déjà des principes chers à l’autrice, le féminisme et l’écologie, auxquels on peut ajouter un goût certain pour les contes et le fantastique. Ce deuxième album, où cette fois ci Nuria Tamarit, réalise à la fois le dessin et le scénario, nous emmène donc dans un univers connu, proche de Géante, où les hommes sont souvent violents et les femmes victimes.

Les hommes, des orpailleurs, ont les traits marqués, taillés à la serpe, leurs bouches n’expriment que des jurons, ne crachent que des menaces. Leurs dents sont identiques à celles des loups ou des chiens qu’ils utilisent comme des armes de combat. Ils détruisent la Terre qu’ils ne contemplent que par l’or qu’elle est susceptible de leur donner. Peu importe d’être enchainés si leurs chaines sont en or. Ils détestent les femmes, faibles, qui les retardent dans leurs voyages.

Les femmes sont au nombre de trois. Toutes estropiées physiquement et moralement par la vie. Et par les hommes. Opa est la femme médecin, celle qui accompagne les hommes lors de leurs expéditions et qui doit les sauver de leur imprudence et de leur forfanterie. Tala est la guide, soumise à un homme qui a tué ses parents. Elle connait le Monde comme personne et peut perdre les intrus. Joana est la conteuse. Elle vient d’ailleurs, elle est différente, elle a échoué dans la neige et le froid, fuyant un autre Monde autrefois béni mais détruit par la guerre. Et après avoir échoué dans sa quête d’or, elle ne rêve que d’une chose, retrouver son pays d’avant, celui du chaud et du soleil, de la Terre harmonieuse qui donne beaucoup lorsque l’on lui demande peu. A trois que peuvent elles faire contre des hommes veules et forts? Elle peuvent s’unir dans un voyage où elles allient leurs forces, leurs histoires et leurs vies si différentes.

Contrastes: lumière noirceur, bonté méchanceté, bonheur malheur, solidarité égoïsme, ce sont deux mondes que Nuria Tamarit dessine avec un talent inouï. Comme le Bien et le Mal ses pages alternent entre une flamboyance lumineuse et une noirceur sans concession. On tourne une page et on quitte un dessin concentrationnaire pour retrouver une Arcadie rêvée. Les couleurs explosent comme dans un Paradis perdu. On pense bien entendu à Jack London et à son monde de violence même si cette fois-ci les chiens et les loups sont les alliés des hommes dans leur violence. Peut être faudra t’il alors une louve gigantesque, dessinée de manière allégorique exceptionnelle pour rendre justice? Comme dans les contes pour enfants qui donnent à réfléchir aux adultes.

Impossible d’ignorer cette ode à la nature magnifiée par des dessins pleine-pages d’une beauté à couper le souffle. Levers et couchers de soleil, nuit intemporelle, le lecteur n’a qu’une envie, conserver dans la rétine de ses yeux, ces images si proches et si lointaines.

20,90
par (Libraire)
15 mai 2022

MODELE MUSE ET TELLEMENT PLUS

C’est un lieu secret, connu de peu de monde. Une pièce baignée souvent d’une lumière oblique, fermée aux autres, ceux qui ne connaissent pas. Au milieu un chevalet, une toile tendue sur un châssis. Derrière, un homme, souvent, attentif. Devant, une femme, souvent, nue. Un peintre et son modèle. Un homme et une femme dans un même lieu. Que se passe t’il quand le pinceau, dessine la courbe d’une hanche, d’une épaule, d’un sein, la main apprivoisant ce que le regard saisit? Que se passe t’il quand les regards des deux êtres se croisent? Quand leur respiration se mêle? Ce secret, ce mystère c’est ce que tente de saisir François Vallejo dans ce texte, La Delector. Il a choisi pour illustrer cette scène mystérieuse l’un des plus grands peintres du XX ème siècle, Henri Matisse, dont les nus ont accompagné la vie, du Nu Bleu de Biskra aux monumentaux Nus Bleus. La muse, le modèle sera l’une de celles qui a le plus compté dans sa vie de 1932 à 1954, année de la mort de l’artiste: Lydia Delectorskaya.

Quand il fait sa connaissance lors de son embauche comme garde malade de son épouse Amélie, Matisse a soixante deux ans. Il est un des artistes les plus reconnus au monde depuis sa participation décisive à la création du fauvisme au début du siècle.

Quand elle est retenue pour un contrat de courte durée, Lydia Delectorskaya a vingt deux ans. Orpheline russe, elle a été accueillie momentanément en France par sa tante émigrée. Elle ne possède rien, si ce n’est sa beauté et une forme de mystère dissimulée derrière un mutisme imposant. Embauchée comme garde malade, Amélie va rapidement  « prêter » sa gouvernante à son mari. Il a besoin d’aide pour coller sur le mur les morceaux de papier qui vont devenir peu à peu le gigantesque panneau de La Danse destinée au collectionneur Barnes. L’oeuvre achevée, il est en panne d’inspiration. Peut être que Lydia pourrait poser? On enlève une bretelle, un corsage et le pinceau de Matisse devient léger et va explorer peu à peu des terrains sensuels nouveaux.

Embauchée provisoirement, elle va rester dans l’intimité du peintre vingt deux ans, observatrice, actrice des conflits familiaux, des maladies, de l’évolution de l’inspiration artistique de « Monsieur Matisse », comme elle l’appellera dans tous ses témoignages. Et pourtant dans la plupart des biographies ou des monographies du peintre la présence de Lydia est édulcorée, suggérée mais jamais évoquée avec précision.

François Vallejo décide d’aller plus loin dans ce qu’il appelle un « roman » dont il écrit qu’il s’agit d’une « combinaison et d’une interprétation du réel ». Comme le peintre l’écrivain va alors partir des témoignages, des textes pour combler le vide et imaginer le réel de deux vies presque fusionnelles. Il invente alors La Delector pour la distinguer de la véritable Lydia. La Delector c’est la femme à laquelle il prête des sentiments, des envies, dont il imagine les pensées. Comme un portrait réalisé par Matisse: ressemblant mais tellement différent de l’image réelle.

A sa manière il la réhabilite, elle qui de manière explicite par la famille du peintre, ou de manière suggérée par les critiques, les exégèses, voient en Lydia, une femme jeune susceptible de profiter de la faiblesse d’un vieil homme, affirmation qui sera d’ailleurs démentie par la vie simple, voire misérable, du modèle après la mort de Matisse. Ce que l’écrivain nous fait sentir avant tout, c’est la tension née de ces moments dans l’atelier qui change l’inspiration déclinante en nouvelle vie. Garde malade, muse, modèle, secrétaire, administratrice, nurse, photographe de l’évolution des tableaux, archiviste et tant d’autres fonctions, elle est tout cela et elle n’est rien de cela mais sans elle l’oeuvre de Matisse serait incomplète.

Pour peindre Henri Matisse a eu besoin toute sa vie, du désir. Celui des femmes comme un intercesseur et un préalable nécessaire à la création. Lydia D. qui l’a accompagné si longtemps fut l’aiguillon indispensable du trait libéré des conventions sexuelles aux dernières oeuvres monumentales de la fin de sa vie. Témoin, actrice, elle figure aujourd’hui sur les murs des plus grands musées du monde. Comme un juste retour des choses.

Twist and shoot

Delcourt

17,95
par (Libraire)
9 mai 2022

BIOGRAPHIE ECLAIRANTE

La couverture de la BD est un beau clin d’oeil. Pour les plus anciens, elle évoque un achat d’un disque vinyle à la fin des années soixante. Pour les plus jeunes, une image d’histoire de la musique. Un passage piétons, le plus célèbre du monde, dans un quartier nord est de Londres. Sur ces lignes blanches, habituellement, quatre hommes aux cheveux longs traversent à la queue leu leu d’un pas décidé. Les Beatles avec « Abbey Road » viennent de signer l’un des disques les plus importants de la pop music. Cinquante ans plus sur le même passage pour piétons c’est un footballeur, jongleur, qui traverse, vêtu d’un maillot rouge la même avenue. Il est dessiné cette fois-ci et lui aussi a laissé une trace indélébile dans l’histoire, celle du foot. Il s’appelle George Best. Les Beatles pour la musique, George Best pour la chorégraphie.

Musique, foot, deux socles des passions de Vincent Duluc, l’un des plus grands journalistes de l’Equipe, que Florent le Calvez associe en paraphrasant par le dessin, le titre du livre de l’auteur consacré au footballeur de Manchester United, intitulé Le 5ème Beatles et adapté ici en BD.

Le parallèle est en effet éclatant entre les chanteurs de Liverpool et le futur Ballon d’Or. Même époque, même origine sociale modeste, même proximité géographique pour eux qui vont suivre « des chemins parallèles dans la difficile gestion du génie, de la gloire et de la vie avec leurs partenaires, jusqu’à ce destin partagé d’une oeuvre bien courte pour marquer tant d’époques. En moins de dix ans, tout serait accompli ou presque ».

Le scénario de Kris, qui avait déjà raconté une histoire de football, celle d’une équipe d’algériens de France pendant la guerre d’indépendance avec « Un maillot pour l’Algérie », suit méthodiquement le récit de Vincent Duluc. Le style du journaliste est celui d’un véritable écrivain, aussi le texte est très présent dans cette adaptation réussie: le dessin réaliste, sans fioritures et efficace de Florent Calvez n’est là que pour illustrer des mots et une histoire suffisamment forte, celle d’un homme dont on se demande si le patronyme à lui tout seul, « Best » n’est pas trop lourd à porter. Il a le talent, même le génie quand il entre avec les footballeurs aspirants dans l’antre du stade de Liverpool, mais, issu d’une famille modeste de Belfast, il n’a pas les armes personnelles et culturelles pour se construire au même niveau que son talent de footballeur. Plus que l’évocation de ses qualités footballistiques extraordinaires c’est le récit d'une véritable descente aux enfers qui est privilégiée dans cette BD documentée et parfaitement construite.

Best, qui fut aussi le nom du premier batteur des Beatles, rapidement remplacé par Ringo Starr, comme un clin d’oeil à ce patronyme maudit, avait tout pour lui. Trop probablement quand l’époque commence à aligner des livres sterlings sans compter les zéros, quand le foot devient peu à peu un spectacle générant des sommes colossales. Lorsque l’ère des médias, de la publicité s’empare de l’image d’un beau gosse avide de tout brûler, le gazon comme les voitures ou les femmes, le bord du gouffre n’est pas loin. C’est une époque qui est aussi racontée, une période de misogynie outrancière ou on compte autant, voire plus, les conquêtes féminines que les buts marqués à Manchester. En utilisant sans discernement à outrance les odieux tabloïds anglais George Best, qui offre sa vie privée au plus offrant, préfigure les réseaux sociaux d’aujourd’hui. Les « punchlines » rassemblés en fin d’ouvrage laissent parfois pantois et démontrent comment le footballeur aurait utiliser Tweeter ou Facebook.

George Best était fait pour jongler dans une rue de Belfast avec une balle de chiffon. Il était fait pour marquer des buts, pas pour les célébrer. Il était fait pour jouer, pas pour devenir un footballeur professionnel. Mais quand on porte le nom de Best, on est condamné à devenir et rester le meilleur, à n’importe quel prix. « Maradona Good, Pelé Better, George BEST » put on lire à ses funérailles. No comment.