Jean T.

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Le coeur mendiant
17,00
par (Libraire)
31 juillet 2020

Entre Saint-Brieuc et Nancy, entre époque actuelle et souvenir de ses dix-sept ans, Muriel, la narratrice évoque sa rencontre avec un homme et avec le duo que constituent l’écrivain anglais et son traducteur.
C’est au journal télévisé qu’elle apprend la disparition d'un homme qu'elle a connu vingt-cinq ans plus tôt, un écrivain controversé, Jeremy Kettle. L’annonce lui fait entamer se remémorer cette histoire qu’elle mêle à l’histoire du monde depuis cette époque.
Elle raconte le souvenir des premiers émois amoureux, d’une relation qu’elle cache à ses parents, d’une escapade pour aller voir l’homme aimé, rendue possible parce qu’elle est partie en vacances avec quatre amis lycéens...
Mérédith Le Dez raconte avec une précision raffinée des moments de sa jeunesse et quelques actualités de 2015. Le récit est très écrit, travaillé, dans une construction complexe, avec une frontière entre le passé et le présent qui peut se confondre.
C’est beau, subtil, lumineux, délicat. Une belle lecture !

Des âmes simples
par (Libraire)
30 juillet 2020

Pierre Adrian est allé à la rencontre de Pierre, un moins prémontré, curé de la vallée d'Aspe depuis cinquante ans. Il vit à Sarrance, dans un prieuré où il accueille, sans juger et sans chercher à convertir, aussi bien les pèlerins en marche vers Compostelle que des êtres à la dérive, des vagabonds détruits par le drogue ou l'alcool, des femmes battues. Sa présence dans la vallée donne une une raison de vivre, rassure par la puissance qu'il puise dans sa foi et dans sa prière, rend possible que se rapprochent de lui, et de son amour, ceux qui ont besoin de reprendre des forces.
Il écoute, rassure réconforte ceux qui viennent à lui. Il leur parle de l'amour de Dieu, de gratuité, leur donne d'espérer, "Quand c’est Dieu, frère, il y a une infinie douceur. Tu ressentiras la paix, le silence. Il n’y aura qu’humilité et don de soi".
Pierre Adrian nous livre un récit qui surprend par sa profondeur quand il évoque, dans une écriture travaillée, inquiète, torturée, la grandeur des paysages, la vie austère et rude, les gens ordinaires, fragiles, pauvres, perdus. Il parle superbement de ces "âmes simples", sans les abaisser, en respectant leur dignité. Il relate avec émotion et précision la messe de Noël où il lui semble que "c’est comme si on avait fait entrer la vallée dans l’église". Il restitue du religieux -qu'il admire, il ne s'en cache pas- le visage d'un homme habité par une foi profonde, d'un homme accueillant, généreux, miséricordieux. D'un grand religieux. Cet homme vit une spiritualité qui lui donne de se dépasser, "la générosité de certains hommes dépasse leur propre volonté. Elle donne une idée du bonheur".
À ceux qui connaissent la vallée, ce livre leur donnera de la regarder autrement. À ceux qui ne la connaissent pas, il donnera goût aux paysages, aux silence, aux sentiers. À tous, il offre la rencontre de cet homme qui parle d'amour et de miséricorde, ce qui est plutôt rare...

Trois fois au bout du monde, Népal, Costa Rica, Chine

Népal, Costa Rica, Chine

Gallimard

12,50
par (Libraire)
25 juillet 2020

La lecture des voyages de Catherine Cusset est un délicieux moment de drôlerie, d’humour et d’auto-dérision. On se demande pourquoi elle est allée faire ce trek au Népal, comment elle a pu atterrir au Costa-Rica, comment elle a pu autant détester la Chine ? On ne comprend pas ! Mais on passe un moment très agréable à lire ces récits de voyage regorgeant d’informations, écrits comme personne ne raconte ses voyages, avec insolence, une bonne dose de cynisme, en se moquant de tout et surtout d’elle-même !

En solitaire, Le long du Pacific Crest trail

Le long du Pacific Crest trail

Die Gestalten Editions

24,90
par (Libraire)
22 juillet 2020

De Campo à la frontière mexicaine jusque Manning Park, à la frontière canadienne, s’étire un long chemin de randonnée, le Pacific Crest Trail, Chemin des crêtes du Pacifique. Le long de la côte Ouest de l’Amérique, ce sont 4265 km de sentier traversant des déserts, des forêts, des parcs nationaux, des torrents, des montagnes.
En six mois, le néerlandais Ti Voors, plutôt habitué à vivre au niveau de la mer, n’est guère descendu en-dessous de 1000 mètres d’altitude, a souvent parcouru plus de 30 km par jour, est monté au Forester Pass, à 4009 mètres d’altitude au bout de 1254 km de marche.
Exploit physique, donc.
Mais aussi exploit mental, car il faut une forte détermination pour se lancer dans un aussi long chemin, pour laisser femme et enfants à la maison, pour ne pas abandonner à cause de la peur, de la faim, de la soif, des serpents, de la chaleur, du froid, de la pluie, de la neige, des orages, de la terrifiante perspective des jours et des jours de marche qui sont devant soi, de la solitude, de la perception de sa petitesse et de sa faiblesse face aux forces de la nature.
Mais "marcher toute la toute la journée produit des choses très étranges dans le corps et dans l’esprit. Un singulier cocktail d’hormones (…) se déverse sauvagement dans les veines et génère une merveilleuse sensation".
Mais sur le PCT, il y a la rencontre d’autres marcheurs, l’entraide, les "anges du chemin", les obstacles vaincus qui renforcent la confiance en soi, l’émerveillement devant des paysages sauvages, les paysages, les paysages encore et encore...
Mais il y a soi-même que l’on redécouvre, soi que l’on rencontre, les nouvelles sensations que le marcheur découvre, la modification de ses perspectives de vie, la métamorphose de sa personnalité, le besoin d’une vie plus frugale après avoir passé six mois avec tous ses biens dans son sac à dos, le désir renouvelé d’être plus proche de ceux qu’on aime.

Avec l’auteur, on parcourt le PCT, on rencontre d’autres marcheurs, on s’immisce dans ses pensées, on partage ses joies et ses difficultés, ses frayuers et ses émerveillements. On n’oublie pas qu’une telle expédition se prépare et se vit dans le concret des ravitaillements, avec un sac sur le dos, dans la nature sauvage, qu’elle n’est pas sans risques.
L’ouvrage, solidement relié, est illustré de photographies, de cartes et d’aquarelles de l’auteur.
Tim Voors est revenu enthousiaste de ce périple "que l’on ne fait qu’une fois dans sa vie". Il se rappelle le message du sentier "Ne m’oublie pas !". il raconte son aventure et nous fait part de ses réflexions dans une écriture agréable, dynamique, qui fait presque de son livre un "page turner".

Nos Résiliences
par (Libraire)
7 juillet 2020

Ava, une galeriste, prépare le vernissage d’une exposition déterminante pour la réputation et l’avenir de sa galerie. Elle espère que Xavier, son mari qui vient de rentrer d’un mois passé en Afrique dans un centre de soins d’animaux sauvages. Il ne viendra pas, il a eu un grave accident de moto. À l’hôpital, Ava rencontre Sacha, le mari de Constance, qui la moto de Xavier a fauché alors qu’elle circulait à vélo. La première rencontre ne se passe pas très bien, l’homme est en colère. Peu à peu, ils vont avoir une relation plus sereine, devenant soucieux de la guérison des deux accidentés, s’aidant mutuellement à surmonter l’épreuve.
L’accident de Xavier met à jour la souffrance d’Ava dans ce couple où il est trop absent, toujours occupé par sa clinique vétérinaire ou le bénévolat en Afrique. Sa culpabilité, aussi, après qu’elle a cédé à l’attrait de Sacha, le chef d’orchestre musicien si rassurant. Elle fait cependant tous les efforts pour sauver son couple. Mais le peut-elle ?
On ne saura pas grand-chose de ce qui se passe dans le couple de Sacha et Constance. On sait l’amour que lui porte Sacha et sa souffrance, leur choix de privilégier leurs carrières. On sait aussi qu’elle ne sera plus la musicienne virtuose qu’elle a été. C’est tout.
Le titre du roman dit bien de quoi il s’agit : d’un violent traumatisme qui met en péril la vie des personnes, qui crée une rupture dans des vies "tranquilles", de la façon dont elles vont traverser l’épreuve, en y trouvant une force ou en cédant à l’auto-destruction, de la capacité qu’elles vont ou non construire pour continuer à vivre d’une autre façon, d’un amour qui continue en étant transformé. Ici, alors qu’il se laisse aller à souffrir, elle choisi de se battre, de résister au désespoir, de se sauver et, ainsi, de trouver la force de sauver son couple, même si rien ne sera plus jamais comme avant.
On sait qu’Agnès Martin-Lugand écrit des livres de lecture aisée. Celui-ci ne déroge pas à la règle. C’est un texte sensible et émouvant, qui dit bien comment un couple peut trouver sa voie après un accident de vie, qui parle de culpabilité,de volonté, d’attachement, d’amour. Il y a de beaux portraits de personnages, de femme amoureuse. Avec une écriture fluide, il est évident qu’Agnès Martin-Lugand sait et aime raconter des histoires. On ne regrettera pas la lecture de ce roman positif.
J’ai tout de même un regret. Les personnages vient dans un milieu humain, économique, social et culturel privilégié. J’aimerais un roman où les personnages seraient ceux que l’on rencontre tous les jours, un boulanger, un agent de l’administration, une infirmière, des vieilles personnes, des gens qui n’ont pas été gâtés par la vie...