Mémé

Philippe Torreton

J'ai Lu

  • par
    20 janvier 2019

    Philippe Torreton a passé beaucoup de temps avec et chez sa grand-mère qu'il appelle Mémé. Une grand-mère à l'ancienne, née en 1914, qui a passé toute sa vie dans sa ferme normande, loin des villes. Mariée, divorcée, remariée, veuve, elle a élevé des enfants, a passé du temps avec ses petits-enfants, a continué à travailler dur à la ferme. Pas d'effusions, de grandes embrassades, ce n'est pas le genre, mais tout est dit dans un geste, un regard. C'est de là que viennent les racines terriennes de l'acteur, ses origines modestes et son goût des choses simples, même s'il dit bien que maintenant, nous sommes et il est, loin de ce mode de vie à la dure où rien n'est gâché, rien n'est perdu, tout est économisé, utilisé jusqu'au bout. Une grand-mère qui serait taxée aujourd'hui de locavore, d'écolo, de radine, voire de bobo si elle habitait les beaux quartiers... Parce que de nos jours, vivre comme le faisaient nos grands-parents, c'est tendance.

    Le portrait de Mémé est d'une tendresse infinie, d'un profond respect et d'un grand amour pour celle qui a marqué l'enfant, le jeune homme puis l'homme et qui ne le quittera jamais. Les mots sont justes, parfois durs ou crus, mais jamais déplacés. Beaucoup de pudeur, Philippe Torreton se dévoile et dévoile sa Mémé sans trop en montrer. On lit tout ce qu'elle lui a transmis, tout ce qu'il a voulu lui donner, tout le manque depuis qu'elle est morte. Et pourtant, Mémé était une femme simple, pas de ces héroïnes dont on parle partout.

    J'ai beaucoup aimé ce texte de bout en bout et les dernières pages, lorsque Philippe Torreton autorise sa Mémé à mourir, sont absolument magnifiques. Simples, fortes et tellement belles. Rien à dire de plus si ce n'est de lire Mémé si ce n'est pas encore fait. Merci à Nathalie, qui se reconnaîtra - j'espère - qui m'a fortement conseillé cette lecture lorsque j'étais en plein dans Jacques à la guerre du même auteur.


  • 16 septembre 2017

    Aimer Mémé

    Mémé… Deux syllabes identiques, un petit mot tendre, un peu obsolète, un peu démodé. Un nom qui ne se dit plus, un nom qui s’est perdu. Un surnom pas compliqué, qui fait penser à « aimer ». Et c’est bien d’amour qu’il s’agit : quand sa grand-mère à lui est partie, le comédien Philippe Torreton avait déjà quarante ans. Préparé à la fin, il n’était pas préparé au chagrin. Inconsolable, c’est en devant lui dire au revoir qu’il confie avoir eu envie d’écrire sur l’héroïne de son enfance.

    Née en 1914, la Mémé de Philippe Torreton était une femme de la terre. Porter les seaux, traire les vaches, se lever aux aurores, faire la cuisine. Son quotidien ? Le labeur. Elle n’a rien connu d’autre. En plongeant dans la France profonde, celle des campagnes de Normandie, des années 70 et 80, l’auteur part à la pêche aux souvenirs : une ferme brinquebalante avec un vrai mouton qui bêle, où il faut aller chercher le lait chez la crémière et les légumes un brin plus haut. Et puis la table en formica, la huche à pain, les émissions de télé. Il nous parle d’un monde rude et hostile, où les ongles n’étaient jamais vernis mais noirs de saleté, où les mains étaient rugueuses, les tabliers bien tâchés. Elle a trimé, « Mémé ». Mais dans le salon de sa chaumière, le petit garçon retrouvait le goût des choses simples, des parties de scrabble ou de dominos. Une vie de peu, comme on dit, mais parsemée d’éclats de rires.
    Avec « Mémé », Philippe Torreton nous prouve qu’il n’est pas seulement comédien, mais aussi écrivain. Dans une langue poétique et malicieuse, il fait à sa « Mémé » une déclaration posthume, imbibée de nostalgie. « Mémé » avec un cœur gros comme ça, qui jamais n’étreignait ; pas de bise ni d’effusion, mais une générosité, à toute épreuve. Comme la pluie qui dégouline sur les carreaux, comme l’eau qui s’infiltre partout, « Mémé » charriait de la tendresse. Et si dans ce milieu taiseux, on s’accommodait fort bien du silence, ses confidences étaient d’autant plus rares et précieuses.
    Au delà de l’amour, Philippe Torreton joue sur le contraste entre deux mondes. Sans aucun reproche, il ne fait que constater notre mode de vie, gonflé au superficiel et nourri à l’agréable, où l’on surconsomme et où l’on n’est jamais rassasié de rien. Aujourd’hui nos poubelles dégueulent, archipleines, quand le poulet de « Mémé » nourrissait au moins pendant trois jours. Mais ce qu’il nous dit aussi en filigrane, c’est qu’il y a encore aujourd’hui, tout près de nous, un monde qui survit et qui gémit, un monde de misère et de pauvreté. « Mémé » est un cri du cœur, une bouffée d’air pur dans nos existences saturées.

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