Les Coups tordus de Churchill
EAN13
9782702140062
ISBN
978-2-7021-4006-2
Éditeur
Calmann-Lévy
Date de publication
Collection
BIOGRAPHIES, AU
Nombre de pages
267
Dimensions
2 x 1 x 0 cm
Poids
325 g
Langue
français
Code dewey
940
Fiches UNIMARC
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Les Coups tordus de Churchill

Calmann-Lévy

Biographies, Au

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I?>Liquidez l'Amiral !?>Ce 24 décembre 1942, le soleil illumine la rade d'Alger encombrée par une cohue de navires gris, compacte. Un vrai troupeau de moutons rassemblés pour la transhumance. Comme des mioches dans les allées de la fête à Neu-Neu, tous arborent un ballon qui se dandine au bout d'un fil. Pourtant ces ballons ne sont pas des jouets : le filin d'acier qui les retient est une arme mortelle contre les bombardiers qui auraient la mauvaise idée d'attaquer en rase-mottes. En toile de fond, la Grande Bleue scintille à l'infini.LaDépêche algérienne a recommandé à ses lecteurs de partager leur réveillon avec les GI qui teignent de touches kaki la foule bigarrée des Algériens se pressant dans les magasins.Le carillon de la chapelle anglaise de la rue Michelet sonne 2 heures. Devant le pavillon mauresque où siège depuis moins de deux mois, et à titre provisoire, l'amiral Darlan, haut-commissaire pour l'Afrique du Nord, une Peugeot 402 s'arrête. Un homme jeune d'à peine 20 ans, presque un adolescent, très comme il faut, visage de premier communiant et regard clair, descend de la voiture et entre dans le bâtiment.À cette heure, en cette veille de Noël, les bureaux sont déserts. Après avoir pris note de son identité, le planton l'introduit dans le salon d'attente où il s'assied, les mains sagement posées sur les genoux.À 15 heures, une auto fait halte dans la cour gravillonnée. L'amiral Darlan en saute et se dirige vers son bureau. Hourcade, son officier d'ordonnance, un capitaine de frégate, est resté en arrière pour donner des ordres au chauffeur. Petit, l'air toujours affairé, marchant à pas pressés, l'amiral traverse le salon sans prêter attention au jeune visiteur qui fait tapisserie.– Amiral !Darlan s'immobilise, se retourne. Qui l'interpelle ?Le jeune homme s'est levé, son pardessus marron est déboutonné... Il tend le bras, tire une fois, deux fois. Darlan s'écroule comme une poupée de chiffon. L'inconnu enjambe son corps, s'élance vers une fenêtre entrouverte, à l'instant où l'officier d'ordonnance surgit, se jette sur lui, l'empoigne à la gorge, agrippe son poignet. Les deux hommes roulent à terre. Troisième coup de feu, une balle effleure la joue de l'officier. Une quatrième lui transperce la cuisse ; il tombe sur le parquet ciré. Le tireur s'apprête à sauter par la fenêtre lorsqu'un spahi, de garde dans le parc, se dresse devant lui ; un autre accouru dans son dos l'assomme d'un coup de chaise. On le désarme, on le ligote.Le personnel du haut-commissariat envahit l'antichambre. Des officiers portent l'amiral inanimé dans une voiture qui démarre en trombe vers l'hôpital.
Tout commence pour moi en novembre 1942 à Bizerte. J'ai 19 ans, je ronge mon frein. Ce 8 novembre au matin, aussi loin que porte la vue, le pâle soleil naissant d'un été indien dissipe par lambeaux la brume qui flotte sur la base aérienne de Sidi Ahmed. Depuis le siège ajouré dont les découpes s'impriment dans mes fesses, je cale la croix du viseur de mon canon de 20 mm, un Oerlikon, merveille de précision suisse, sur le seuil de la piste d'envol, distant d'un kilomètre. Depuis que l'on a appris par la BBC captée sous le manteau que Rommel, rossé à El-Alamein, est en déroute, l'ambiance de la base qui somnolait dans les vapeurs de l'armistice s'est soudain électrisée. La troupe, dont je suis, frétille. Elle ne s'est engagée que pour fuir la France et rallier de Gaulle. Et enfin le vent tourne ! Les cadres de carrière, eux aussi, sont fébriles. Mais c'est que, dressés à obéir aveuglément aux ordres, ils sont inquiets.Le téléphone de la batterie sonne :– Allô, Bob ? C'est Henri !Henri Silol, mon vieil ami qui tient le standard téléphonique de la base... et en profite pour écouter les conversations.– Les Alliés ont débarqué à Alger !J'ai du mal à le croire :– C'est ici, à Bizerte, le verrou de la Méditerranée, qu'ils auraient dû débarquer, ces pommes !– Désolé, pas le temps de leur adresser une réclamation, la situation est déjà assez merdique. Imagine, Darlan est sur place ! Après son couplet : « Je crois à la victoire de l'Allemagne ! », il ne devrait pas être à la fête ! Pourtant, au nom du Maréchal, il a pris les commandes de l'Afrique du Nord, il a fait tuer des milliers d'hommes, Anglais, Américains, Français ! Arrive fissa ! C'est le bordel !

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