1, Les fous de lumière T1 : Hortense, roman
EAN13
9782809800364
ISBN
978-2-8098-0036-4
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
ROMAN FRANCAIS (1)
Séries
Les fous de lumière (1)
Nombre de pages
410
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
522 g
Langue
français
Code dewey
843
Fiches UNIMARC
S'identifier

1 - Les fous de lumière T1 : Hortense

roman

De

Archipel

Roman Francais

Offres

Autre version disponible

Autres livres dans la même série

DU MÊME AUTEUR

ROMANS :

Du côté de Bombay, Presses de la Cité, 2007.

Jouez cœur et gagnez, Presses de la Cité, 2006.

Mes nuits ne sont pas les vôtres, Presses de la Cité, 2005.

Et tout me parle de vous, Presses de la Cité, 2004.

Ne disons pas au jour les secrets de la nuit (avec Jean-Paul Gourévitch), Presses de la Renaissance, 2003.

Le Roman de Jeanne, Le Pré aux Clercs, 2003.

Cap Malabata, Presses de la Cité, 2003.

Le Regard du Sphinx, Presses de la Renaissance, 2002.

Les Nuits du Caire, Presses de la Cité, 2001.

La Rose des vents, Presses de la Cité, 2000.

Du côté de Pondichéry, Presses de la Cité, 1999.

À l'ombre des amandiers, Presses de la Cité, 1997.

Darjeeling, Jean-Claude Lattès, 1996.

DOCUMENTS :

Une histoire de l'amour, avec Véronique Lesueur, Le Pré aux Clercs, 2001.

Les Belles de Cocteau, Jean-Claude Lattès, 1995.

ALBUMS :

Plaisirs d'amour, avec Jean-Paul Gourévitch, Le Pré aux Clercs, 2006.

La Belle et la Bête, les coulisses du tournage, Le Pré aux Clercs, 2005.

Un siècle de femmes, avec Véronique Lesueur, Le Pré aux Clercs, 2000.

Visitez le site de Dominique Marny :
www.dominique-marny.com

Ce volume constitue une édition révisée
des Fous de lumière (Stock, 1991).

www.editionsarchipel.com

Si vous désirez recevoir notre catalogue
et être tenu au courant de nos publications,
envoyez vos nom et adresse, en citant ce
livre, aux Éditions de l'Archipel,
34, rue des Bourdonnais 75001 Paris.
Et, pour le Canada, à
Édipresse Inc., 945, avenue Beaumont,
Montréal, Québec, H3N 1W3.

eISBN 978-2-8098-1086-8

Copyright © L'Archipel, 2008.

À la mémoire de ma mère

« Si la vie a un sens, c'est donc le sentiment artiste de l'homme qui le lui impose, par-delà le Bien et le Mal, par-delà le Beau et le Laid, par-delà le Vrai et le Faux, en créant dans l'énergie de l'enthousiasme des formes spirituelles. [...] Dût-il détruire, dût-il semer le désespoir pour atteindre l'une de ces formes, la sienne propre, le poète est celui qui ne cesse d'avoir confiance précisément parce qu'il ne s'attache à aucun port, ne se fixe à aucune ancre, mais poursuit cette seule forme qui fuit à travers l'orage et se confond sans cesse avec l'éternel devenir. »

ÉLIE FAURE, L'Esprit des formes

1

1863

— MADEMOISELLE LEBEL, vous êtes attendue au parloir !

À l'annonce de son nom, Hortense leva la tête, posa sa plume et ferma son cahier.

Elle quitta la salle de classe où une vingtaine d'adolescentes soupiraient sur un texte de Sénèque puis s'engagea dans un corridor désert.

Une femme en vêtements de deuil releva la tête en entendant Hortense pousser la porte du parloir. C'était Alice Laferri ère. Elle se leva, voulut prendre sa nièce dans ses bras, hésita et murmura en retenant ses larmes :

— Hortense... Il s'agit de ta maman. Elle est morte. Cette nuit, pendant son sommeil...

Tante Alice parla du « cœur qui s'était arrêté de battre », mais Hortense ne l'entendait plus. Il fut question de rentrer à Paris. Engourdie, absente, elle obéit en automate aux injonctions douces de la sœur de sa mère. « Prépare tes affaires », « boutonne ton manteau, il fait froid ».

Aux portes de la capitale, elle demanda :

— Où m'emmenez-vous, ma tante ?

— Chez nous, voyons !

Cette précision la réconforta. Elle n'avait pas le courage d'affronter la maison natale et la chambre mortuaire.

— Dorénavant tu peux compter sur ton oncle André et sur moi, ajouta Alice. Nous serons toujours là.

— Je le sais et je vous en remercie, répondit Hortense qui se rappelait que sa famille s'était toujours montrée attentive.

Que serait-elle devenue sans la bienveillance des Laferri ère après la mort de son père survenue lorsqu'elle avait quatre ans ? Avec un élan de tendresse, Hortense chercha la main de sa tante. À sa mémoire affluaient des souvenirs privil égiés : la demeure familiale qui, d'une colline de Trouville, dominait la mer, la pêche aux crevettes, le rire de sa mère amusée par les charades et les jeux de mots quotidiens de l'oncle André.

En pénétrant dans la cour de l'hôtel Laferrière, Hortense eut un frisson : elle allait devoir affronter la compassion des uns et des autres, proches ou lointaines connaissances, leurs paroles de convention.

Retrouver sur le perron sa cousine Gabrielle dont elle avait partagé les jeux d'enfant l'apaisa. Sans mot dire, elles s'étreignirent.

Dans le vestibule, Hortense entendit un froissement de tissu suivi d'un grincement de porte. On l'évitait comme on évitait ce qui touchait à la mort. Restait la curiosité malsaine pour une orpheline de quinze ans... Son nouvel état animerait les conversations de l'office. La cuisinière en tête, chacun s'apitoierait. « Elle aura bientôt l'âge de se marier », ajouterait Marceline, la lingère, convaincue qu'une union remédiait à tous les maux.

— Désires-tu te rafraîchir? proposa Gabrielle à sa cousine.

Elle ajouta, quand elles entrèrent dans la chambre :

— Peut-être préfères-tu rester seule ?

— Non, se récria Hortense, il n'y a qu'à toi que je peux tout dire !

Ce qu'elle avait contenu depuis quelques heures jaillit : sentiment d'injustice, prise de conscience d'avoir perdu celle qui comprenait, guérissait et pardonnait, celle qui d'un mot, d'une caresse, dissipait les nuages et insufflait courage et confiance.

— Pourquoi ? répétait-elle en laissant couler ses premières larmes. Elle était si jeune ! Elle était si gentille ! À cette question révoltée, Gabrielle ne pouvait offrir qu'une épaule contre laquelle Hortense sanglota à perdre haleine.

Le jour était tombé lorsqu'elle recouvra un semblant de calme.

— Veux-tu que nous descendions souper? proposa sa cousine.

André Laferrière répéta le diagnostic du médecin appelé au chevet de la défunte : un arrêt cardiaque que rien ne laissait présager. L'inhumation était fixée au surlendemain. Elle serait suivie par l'ouverture du testament qui ne devait causer aucune surprise, Hortense étant enfant unique. Sans toucher à la nourriture, la jeune fille tentait d'oublier, dans la conversation, son vertige et le bourdonnement qui grandissait dans sa tête.

Elle était allongée sur son lit quand elle reprit connaissance. Une lampe brûlait sur un guéridon, allumant des reflets mordorés sur le mobilier d'acajou.

— Respire, ordonnait Alice en lui présentant un flacon de sels.

Tard dans la soirée, elle resta au chevet de sa nièce. Hortense lui fut reconnaissante de n'esquisser aucun geste maternel. Il lui était déjà difficile de ne pas céder à l'illusion qu'accentuait la pénombre. Alice avait les mêmes cheveux blond vénitien que sa mère, le même visage aux traits fragiles et ce regard de myope dont la douceur faisait fondre les cœurs les plus secs.

Elle ferma les yeux. De la rue montaient les bruits de la nuit. Il devait y avoir une réception ; elle entendait le piaffement des chevaux, le roulement des attelages sur la chauss ée, le claquement des fouets et les interpellations des cochers. La vie suivait son cours et « c'était bien ainsi », lui déclara Gabrielle lorsqu'elles furent seules.

Vêtues de leurs longues chemises de nuit blanches, elles se serraient l'une contre l'autre ; Gabrielle parlait d'une voix d'adulte, douce mais déterminée.

— Tout est appelé à s'amoindrir, à disparaître, les plus grandes souffrances comme les plus grandes amours. C'est une vérité qu'il faut accepter, aussi révoltante qu'elle te paraisse aujourd'hui...

D'où tenait-elle ce discours ? De ses lectures, des adultes côtoyés dans les ateliers de dessin qu'elle fréquentait avec assiduité ?

— C'est peut-être pour arrêter le temps, pour fixer la beauté, que j'ai décidé de peindre.

Hortense éprouvait la même sensation lorsqu'elle inventait des contes pour ses camarades de pension. Elle régnait alors sur un univers où vivaient lutins, licornes, poissons multicolores, princes et princesses aux noms d'étoiles et de pierres précieuses. Ce soir, elle aurait voulu qu'une machine à remonter le temps la projetât quelques jours en arrière puis changeât le cours des événements.

2

LE SOLEIL BRILLAIT lorsque s'ouvrirent les portes de l'église Saint-Roch, à la fin de la cérémonie funèbre.

Louis Duplessis regarda sa montre de gousset. Il arriverait en retard à son rendez-vous, néanm...

S'identifier pour envoyer des commentaires.

Autres contributions de...

Plus d'informations sur Dominique Marny