2, Saint-Germain, l'homme qui ne voulait pas mourir T2 : Les puissances de l'invisible
EAN13
9782841877485
ISBN
978-2-84187-748-5
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
ROMAN FRANCAIS (2)
Séries
Saint-Germain (2)
Dimensions
24 x 15 x 0 cm
Poids
540 g
Langue
français
Code dewey
843
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2 - Saint-Germain, l'homme qui ne voulait pas mourir T2 : Les puissances de l'invisible

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eISBN 978-2-8098-1347-0

Copyright © L'Archipel, 2005.

À la mémoire de Georges Henein
et de Georges Zézos

PREMIÈRE PARTIE

LA BALANCE ET LE SCORPION

(1761-1763)

1

Une intrusion discourtoise chez le comte Orloff

Rouge. Les yeux fermés, le monde extérieur était rouge. Il se vêtait de toutes les nuances de cette couleur, du pourpre moelleux à l'écarlate mordorée. Et dans ce décor infernal flamboyèrent souvenirs, sensations et paroles. L'image de la baronne Westerhof s'imposa, encore plus métallique et polaire qu'en réalité.

Puis elle fut remplacée par la vision d'un homme que le dormeur mal éveillé avait lui-même défenestré. Sébastien revit le visage défiguré par la haine et la peur de la mort imminente.

Cette dernière image le galvanisa. Il ouvrit les yeux. La chambre était calme. Une discrète odeur de cire froide et de cèdre évoquait une intimité douillette. Le jour filtrant entre les épais rideaux ne révélait aucune trace de violence. Le tic-tac de l'oignon sur la table de chevet picorait le silence : 8h 06.

Et pourtant Sébastien n'avait pas rêvé. Il aperçut l'épée en travers d'un fauteuil et se rappela qu'il en avait essuyé le sang avant de la rengainer. D'ailleurs, le chiffon gisait toujours par terre.

Lui et son hôte, Grigori Orloff, étaient depuis longtemps rentrés d'un souper au palais du Kremlin et dormaient paisiblement quand un fracas et des cris avaient cassé la paix nocturne.

Sébastien avait sauté à bas du lit, saisi son épée et couru à la porte. Un domestique terrorisé courait dans le couloir, un flambeau à la main.

— Des cambrioleurs, monsieur !

Le fracas et des éclats de voix violents provenaient de l'extrémité du couloir, de part et d'autre duquel se trouvaient les chambres de Grigori et de ses frères, Alexeï, Nicolaï et Fédor. Sébastien s'élança, pieds nus, en caleçons. À gauche, Grigori se battait en duel avec un homme armé d'une longue dague.

— Moujik du diable ! grondait l'homme. Je vais t'envoyer manger les pommes de terre par en bas !

À droite, par la porte ouverte, Alexeï en repoussait un autre, armé d'un sabre, qui rugit et, après une feinte, se préparait à bondir. Sébastien lui plongea l'épée dans le flanc et le transperça de part en part. Puis il la retira d'un geste brusque. L'homme s'écroula sur le dos.

— Ici ! cria Grigori.

Il venait de fouetter l'air de son épée, mais l'homme avait paré, se protégeant de sa dague. La lumière vacillante d'un bougeoir, posé sur un coffre par un domestique épouvanté, prêtait à la scène un aspect confus autant que fantastique. Sébastien fonça et déchiffra fugitivement une rage terrifiée dans le masque de l'inconnu. Dos à la fenêtre ouverte, l'homme tenta de parer. Trop tard. Sébastien lui avait entaillé l'avant-bras. Profitant de l'instant d'inattention causée par la douleur de son agresseur, Grigori enfonça l'épée exactement à la place où les gilets molletonnés des salles d'escrime portent un cœur de drap rouge appliqué. Les yeux de l'homme s'exorbitèrent. Il ouvrit la bouche et chancela.

Sébastien saisit l'assassin par les jarrets et le fit basculer en arrière. L'homme tomba sur le toit du bâtiment voisin.

Débarrassés de leurs agresseurs, Nicolaï et Fédor, puis Alexeï débouchèrent dans la chambre. Ils virent Grigori blessé à l'épaule.

— Faites appeler le barbier ! cria Alexeï, en faisant asseoir son frère et examinant la blessure.

Il était torse presque nu, la chemise de nuit tailladée laissait voir une estafilade oblique de la clavicule droite au sein gauche, comme une décoration tracée dans la chair vive.

Les domestiques se pressaient dans le couloir. Fédor, le cadet, dix-neuf ans, tremblait, de froid ou d'émotion.

— Il y a deux cadavres par là, dit-il enfin. On les jette aussi par la fenêtre ?

— Non, nous appellerons la police, dit Grigori, grimaçant, pendant qu'Alexeï lui lavait la plaie à l'esprit-de-vin. Cet homme nous a sauvé la vie, dit-il en tournant la tête vers Sébastien.

Nicolaï et Fédor s'élancèrent vers Sébastien et l'étreignirent. Il hocha la tête. Il ne comprenait toujours rien de ce qui s'était passé.

— Par où sont-ils entrés ?

— Par la fenêtre, dit Grigori, indiquant le carreau cassé. Il suffisait de gagner le toit des écuries et de prendre appui sur le rebord.

— Faites-nous du thé, ordonna Alexeï à la domesticité. Sébastien retourna dans son appartement enfiler sa robe de chambre et des pantoufles avant de revenir. Le thé fut servi. Le barbier venait d'arriver.

— Des cambrioleurs ? demanda Sébastien à Alexeï.

— Si on peut les appeler ainsi, répondit Alexeï avec un sourire torve. Nous n'avons pas que des amis. Allez prendre un peu de repos, comte. Tout est dans l'ordre, maintenant.

Les domestiques transportaient les cadavres dans une salle du rez-de-chaussée.

Avant de profiter des quelques heures de sommeil qui lui restaient, Sébastien se remémora la soirée au Kremlin, y cherchant des clés pour l'incident.

Le souper avait eu lieu dans l'un des salons du palais attenant à la salle du trône, c'est-à-dire au bout de cent verstes de couloirs glacés. Trop de dorures. Une longue table de seize couverts. Une trentaine de domestiques. Une entêtante odeur de suif et de graillon. Les Russes ne savaient donc pas plus fabriquer des chandelles que cuisiner sans odeur.

Le grand-duc Pierre Fédorovitch siégeait à une extrémité, son épouse Catherine à l'autre. À la droite du grand-duc, sa belle-mère, la princesse d'Anhalt-Zerbst, désormais une vieille connaissance de Sébastien ; à sa gauche, la comtesse de Nassau-Siegen. À la droite de Catherine, le vieux prince de Holstein-Gottorp, son beau-père, qui avait participé à la terrifiante séance de spiritisme chez le prince de Hesse-Cassel1 ; à sa gauche, Sébastien. La baronne Westerhof se trouvait entre les deux pôles. Ayant bravé l'interdit de l'exil avec la complicité de gens influents à la cour, elle était présente sous le nom de Mme de Souverbie. Elle et la princesse d'Anhalt-Zerbst avaient été les instigatrices de ce voyage de Sébastien en Russie.

— Il faut que vous y alliez, avait déclaré la princesse sur un ton pressant, une main sur celle de Sébastien, peu de jours après l'apparition des spectres.

— Pourquoi ?

— L'avenir se rapproche, avait-elle répondu énigmatiquement. Les esprits l'ont confirmé, ne l'avez-vous pas compris ? N'êtes-vous pas des nôtres ? Un jour, avant longtemps, il faudra agir. Nous irons d'ailleurs avec vous.

L'avenir se rapproche. Formule qui sonnait étrangement en français. Comme si l'avenir avait jamais reculé ! Et Agir.À quoi pensait donc la princesse ? Et la baronne, qui le fixait de son œil de méduse ? La vie est un torrent à cent bras... C'était ainsi qu'il se retrouvait à Moscou, dans l'hôtel particulier des frères Orloff et qu'il avait été, la veille, prié de souper au Kremlin.

Et là, comme dans le prologue d'une pièce de théâtre, il avait rencontré les acteurs d'un drame dont il ignorait encore le sujet.

Trente-trois ans, un visage de faquin avantageux, torse étroit et bras maigres, bedonnant par-dessus le marché, image même d'une fin de race, le grand-duc Pierre, en réalité un Saxon, puisque né Holstein-Gottorp, était à l'évidence l'héritier du trône. Afin que nul n'en ignorât, il se comportait d'ailleurs comme s'il y était déjà, hautain, impérieux, insolent, adoptant par moments des airs de matamore, accentués par des gestes d'énervé. Comment un Saxon se retrouvait-il donc sur les marches du trône impérial ?

— Pour que la lignée de Pierre le Grand ne s'éteigne pas, avait expliqué la baronne, l'impératrice Élisabeth a elle-même arrangé le mariage de sa sœur Anne avec le jeune Holstein-Gottorp. Le grand-duc Pierre, seul fruit de cette union, est donc le neveu de ...

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