La fille des eaux vives, roman
EAN13
9782841879335
ISBN
978-2-84187-933-5
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
Terroir
Nombre de pages
300
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
376 g
Langue
français
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La fille des eaux vives

roman

De

Archipel

Terroir

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DU MÊME AUTEUR

Les Trois marches, Albin Michel, 2005.

Un fils pour mes terres, Albin Michel, 2004.

La Vallée d'émeraude, Albin Michel, 2003.

L'Enfance inachevée, Albin Michel, 2001.

Le Moulin des rêves, Albin Michel, 2000.

La Noisetière, Albin Michel, 1998.

La Dernière Estive, De Borée, 1997.

Le Soleil de Monédière, De Borée, 1994.

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eISBN 978-2-8098-1190-2

Copyright © L'Archipel, 2007.

Prologue

Dans ce pays, qui n'a de plat que la plaine de la Limagne, la surface vitrée de ses lacs ou le fond des assiettes, le temps a gravé dans son environnement parfois tumultueux la vie des gens.

La contrée auvergnate veille sur ses secrets, qu'ils viennent des rois ou des manants, et sa terre les retient autant qu'elle le peut sous cet épiderme herbeux, rude, aux failles multiples d'où s'échappent parfois des floches de brume mystérieuse.

Les monts de la chaîne des Puys s'arc-boutent pour faire face aux agressions des éléments. Jalousement, les anciens volcans gardent leur feu profond tandis que les ruisseaux narguent par quelques éclats de lumière l'œil du promeneur distrait, parfois rêveur.

Alors, sans vous presser, poussez la porte de cette histoire d'amour, dans ce terroir superbe autrefois hérissé de fortifications, et n'oubliez pas que, sous le moindre souffle, la moindre envie, les braises des légendes s'enflamment facilement.

La reine Margot n'est peut-être pas très loin...

1

LA FILLE DES EAUX VIVES

Ouverte, menaçante, dirigée vers les nuages, la gueule du grand loup domine la ville, fixée sur la tour du Beffroi. Impressionnante !

L'Histoire rapporte que, lors de la guerre de Cent Ans, cette ville fut encerclée par une compagnie d'Anglais alléchés par son opulence. Assiégeants et assiégés tinrent bon et personne n'entrevoyait d'issue. Alors, au plus fort de l'hiver très rude cette année-là, des hordes de loups affamés surgirent des forêts enneigées, attaquèrent les harceleurs étrangers et mirent en déroute ces pillards. La ville fut ainsi libérée. En signe de reconnaissance, Besse se choisit pour mascotte l'un des plus indomptables de ces canidés. Depuis lors, il veille sur la ville, qui n'a jamais été prise.

Voilà ce que rapportent les dépliants touristiques du syndicat d'initiative, où elle découvrait, repérait les lieux de son futur voyage et de ses interrogations. Le tout demeurait en vrac sur la table de son salon depuis quelques jours...

Six mois auparavant s'étaient déroulées les obsèques de sa mère, morte étouffée sous des oreillers. L'enquête de police ne donnait aucun résultat, pas la moindre piste sérieuse ne s'inscrivait au dossier.

Elle commençait maintenant à entrevoir le vide qui s'installait.

Elle s'écroula dans un fauteuil, se prit la tête dans les mains et laissa errer ses pensées.

« Je n'avais que toi et tu savais à quel point j'avais besoin de ta présence. Pourquoi cette fin si tragique ? Que te voulait-on ? »

Son regard effleurait lentement les objets qui meublaient son intérieur, objets subitement sans âme. Meubles, cadres et tableaux, photos, bibelots, tout devenait dérisoire sur l'instant, sans attrait.

« Il ne me reste que ma propre vie, ma petite vie de rien du tout. Pas d'enfant, plus de famille... Si au moins j'avais une famille ! C'est vraiment idiot, l'existence. Maman ! »

Des images, des scènes de sa vie défilaient dans sa tête sans qu'elle s'agrippât à aucune, ce qui l'aurait peut-être réconfortée.

Sa mère l'avait élevée, seule. Émilie avait vécu une belle vie en apparence. Elle n'avait manqué de rien, si ce n'était de la présence d'un père. Une existence presque normale, entre mère et fille. Ainsi s'était écoulé le temps insouciant de l'adolescence et de la jeunesse.

Ses études l'avaient conduite vers le secrétariat et les relations de sa mère l'avaient aidée à trouver un emploi. Plus tard, un mariage heureux, semblait-il, avait couronné son existence de femme, pendant sept années, avant un divorce surprenant autant qu'imprévisible.

Ce qui lui avait manqué ? Un passé familial avec père et mère, eût-il été bourgeois ou ordinaire, mais qu'il existât ! Sa mère, Reine Martenet, lui avait simplement parlé de ses parents à elle, en Auvergne, qui l'avaient chassée très jeune et reniée. « Un autre temps », disait-elle, avec un père hélas à l'esprit obtus et orgueilleux.

Les Martenet étaient morts peu de temps après et aucune famille ne subsistait. Elle aurait préféré le titre d'enfant de l'Assistance publique ! Oui ! Orpheline lui eût plutôt convenu davantage, à ce moment-là.

Bref ! Émilie s'était contentée de ces révélations, et l'Auvergne, pays de ses ancêtres, n'avait nullement empreint sa vie. Il y avait un détail pourtant dont lui avait parlé sa mère, lors de moments où les souvenirs d'enfant reviennent irrésistiblement à la mémoire, dussent-ils y poindre par inadvertance : un ruisseau merveilleux près d'un moulin où elle jouait avec son grand-père. « Dans cette couze1 l'eau coulera toujours, lui avait-il dit, et toujours il se souviendra de toi, il n'oubliera pas ton visage. »

Bien mince comme souvenir. À plusieurs reprises, Émilie avait demandé à sa mère de la conduire quelques jours dans ce pays auvergnat. À force de persuasion et de pugnacité, avec habileté, celle-ci l'avait convaincue d'y renoncer. Si étrange que fût cette attitude, elle l'avait acceptée. Certes, elle le regrettait maintenant. Dans sa tête se dessinait un projet de voyage...

La route lui avait paru bien longue en cet été 1983. Dès que le puy de Dôme et les monts d'Auvergne avaient dessiné l'horizon, telle une page de papier couleur que l'on aurait déchirée savamment et collée sur un fond de théâtre – ici le ciel –, la fatigue avait disparu d'elle-même.

Entre Riom et Clermont-Ferrand, une vue superbe s'étalait devant ses yeux. La chaîne des puys avec, un peu sur la gauche, le plus grand, le plus majestueux : le puy de Dôme, surnommé le grain de beauté de l'Europe. Les autres monts, épaule contre épaule, se serraient près de lui, lui devant allégeance. Un troupeau de montagnes !

À trente-cinq ans, entrer pour la première fois dans cette région, qu'elle ne connaissait qu'à travers des revues ou des images de télévision, avait suscité en elle une impression étrange, presque un pressentiment.

Elle venait de Paris pour passer quelques jours dans le Puy-de-Dôme, dans cette petite ville – ô combien célèbre – du Parc naturel des volcans d'Auvergne : Besse.

Un modeste meublé, loué par téléphone depuis Paris, suffirait amplement au séjour qu'elle avait décidé de s'offrir près des anciens volcans, les plus proches du Sancy.

En tout premier lieu, elle décida de participer à une visite guidée de la ville, principe élémentaire lorsque l'ignorance est totale.

Besse ordonne un passage de montagne entre les vallées de l'Allier et de la Dordogne, et entre les hauts plateaux du Cézallier et le massif du Sancy. Cette localisation avait fait de Besse – cité médiévale et Renaissance – dans le passé l'une des treize bonnes villes d'Auvergne2. Il demeure de cette aisance bourgeoise des XVe, XVIe et XVIIe siècles un intéressant ensemble urbain avec ses maisons de basalte, ses ruelles bordées d'échoppes et de places avec leur fontaine, le tout niché au cœur d'une végétation riante malgré les hivers rigoureux.

La Parisienne ouvrait grand les yeux et ses oreilles ne laissaient perdre aucune miette des propos du guide qui ajouta :

— Les armoiries de la ville de Besse figuraient à l'Armorial général de France, en 1698. Elles sont d'azur, d'un saint Jean Baptiste dans le désert d'or accompagné de trois fleurs de lys posées deux et un. Besse tenait pour le parti de Valois en 1593.

À la vue de l'ensemble de ces solides et puissantes constructions grises, on ressent une impression de richesse, de force. Il y a tant de lieux intéressants : le Beffroi, porte fortifiée du XVe siècle surmontée d'une tour carrée et de la lanterne où se trouve le timbre...

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