Prix Oedipe 2011

Prix Oedipe 2011

La trêve des confiseurs à peine achevée, les responsables des groupes de lecture du « Prix OEdipe des libraires » se sont retrouvés à Paris afin de faire un premier tri parmi les
quelques trois cents livres publiés chaque année dans le vaste champ de la psychanalyse. Diversité des thèmes,
pluralité des références associatives, variété des éditeurs grands ou petits, caractérisent les ouvrages retenus dont
les seuls critères communs sont l’intérêt et la lisibilité. C’est
ensuite aux libraires de faire le choix des ouvrages qui sont proposés à vos suffrages.

Le champ psychanalytique ne se résume pas à la clinique, mais celle-ci doit, bien entendu, retenir toute notre attention. L’ouvrage de Pierre Kammerer : « L’enfant et ses traumatismes » est un excellent exemple de la manière dont les psychanalystes doivent interroger la théorie par la pratique : sans à priori et sans langue de bois. La
psychanalyse est aussi affaire d’écriture. Miguel de Azambuja dans son livre « Et puis, un jour, nous perdons pied » nous montre à sa façon comment un analyste, par son style, peut rendre compte différemment de sa pratique.

L’écrivain précède le psychanalyste dans sa démarche de recherche. Cela n’empêche pas le psychanalyste de
rejoindre ultérieurement l’interrogation de l’écrivain.
Philippe Lacadée a choisi dans son livre « Robert Walser, le promeneur ironique » de nous faire découvrir un auteur peu connu, mais dont les interrogations rejoignent les
nôtres sur la position subjective à l’oeuvre dans la psychose. Enfin, la psychanalyse questionne aussi le
monde où nous vivons. C’est le cas du livre de Gérard Wajcman « L’oeil absolu » qui pointe la dérive actuelle d’un
regard supposé universel, mais qui voit de moins en moins. C’est aussi celui de Slavoj Zizek trublion permanent de la pensée unique qui dans son livre
« Jacques Lacan à Hollywood et ailleurs » nous invite, grâce au cinéma comme support, à découvrir in vivo la pensée
dérangeante de Jacques Lacan.
Bonne lecture à tous et n’oubliez surtout pas de voter !

La sélection OEdipe...

- Slavoj Zizek : « Jacques Lacan à Hollywood et ailleurs » Actes Sud.
- Markos Zafiropoulos : « La question féminine, de Freud à Lacan.» Philosophie d’aujourd’hui. PUF.
- Henri Rey-Flaud : « Les enfants de l’indicible peur.» Aubier. La psychanalyse prise au mot.
- André Green : « Illusions et désillusions du travail psychanalytique » Odile Jacob
- Philippe Lacadée : « Robert Walser, le promeneur ironique.» éditions Cécile Defaut.
- Pierre Kammerer : « L’enfant et ses traumatismes.» Gallimard.
- José Morel Cinq-Mars : « Psy de banlieue. Docu-fiction » Érès
- Isée Bernateau : « L’adolescent et la séparation » PUF . Petite Bibliothèque de Psychanalyse.
- Alain Didier-Weill : « Un mystère plus lointain que l’inconscient » Aubier Psychanalyse »
- Miguel de Azambuja: « Et puis, un jour, nous perdons pied » Gallimard.
- Guy Dana: « Quelle politique pour la folie. Le suspense de Freud » Stock. L’autre pensée.
- Louis Ruiz : « L'enfant "méchant" l'enfant "mauvais » Érès Psychanalyse et clinique.
- Gérard Wajcman , « L’OEil absolu » Denoël

Le vote des libraires...

Les cinq ouvrages les plus cités par les libraires sont soumis au vote du public dans les librairies participantes. Celles-ci sont choisies pour l'intérêt qu'elles portent à la
psychanalyse, à la qualité des ouvrages qu’elles présentent et à leur souci d’éclairer et de conseiller personnellement le lecteur dans ses choix. La remise du prix se fera dans le cadre du « Salon du Livre » Porte de Versailles au stand de l’éditeur.

Voici les cinq ouvrages retenus par les libraires :
- Slavoj Zizek, « Jacques Lacan à Hollywood et ailleurs » Actes Sud
- Philippe Lacadée, « Robert Walser, le promeneur ironique. » éditions Cécile Defaut.
- Pierre Kammerer, « L’enfant et ses traumatismes. » Gallimard.
- Miguel de Azambuja, « Et puis, un jour, nous perdons pied » Gallimard.
- Gérard Wajcman, « L’OEil absolu » Denoël

Jacques Lacan à Hollywood, et ailleurs

Zizek, Slavoj

Éditions Jacqueline Chambon

24,20

Et puis, un jour, nous perdons pied
14,10

Voici le livre d'un psychanalyste qui ne prétend ni renouveler la métapsychologie freudienne ni fabriquer de nouveaux concepts. Son auteur a préféré nous inviter à l'accompagner dans sa promenade incertaine. Avec lui nous devenons des «détectives flâneurs». En cours de route, nous rencontrons Icare et le tableau de Bruegel : l'envol et la chute - c'est un des thèmes du livre -, mais aussi des héros de l'Iliade comme Achille et Hector, et, plus surprenant, des personnages de films, de dessins animés, de récits de science-fiction, ou des écrivains chers à l'auteur comme Cortázar, Walter Benjamin, Sebald. «Je pense à ceci», «Cela me fait penser à...» : la pensée avance sur un mode associatif, non linéaire, et du coup suscite chez le lecteur d'autres associations. Freud n'est pas absent - ce qu'il nous a appris sur la fonction de l'idéal, sur le deuil, la perte, la douleur - ni les séances d'analyse quand le sol se fissure et semble trembler sous nos pieds. La légèreté et la gravité peuvent aller de pair, souvenons-nous de la démarche, proche de la danse, de Gradiva, pour peu que le style de l'écrivain, à la fois délicat et ferme, soit au rendez-vous.
Né à Lima, Miguel de Azambuja exerce la psychanalyse à Paris. Il est membre du comité de rédaction de la revue semestrielle penser/rêver. Et puis, un jour, nous perdons pied est son premier ouvrage.


ROBERT WALSER, LE PROMENEUR IRONIQUE, enseignements psychanalytiques de l'écriture d'un

enseignements psychanalytiques de l'écriture d'un "roman du réel"

Cécile Defaut

Robert Walser, écrivain Suisse d’expression allemande, reconnu de son vivant par les plus grands – Franz Kafka, Robert Musil,Walter Benjamin – est « un de ces “artistes de la langue” tels que les définira André Breton. ». Il se voue à incarner une sorte de poète moderne : « c’est pour moi une sorte d’écrivain pointilliste. Comme un kaléidoscope. Son univers est tout entier contenu dans chaque point. Cette fragmentation fait qu’il est à mes yeux l’un des écrivains majeurs du vingtième siècle, du moins pour la littérature allemande. »

Les parutions récentes Le territoire du crayon et l’écriture miniature nous ont donné accès à la lecture de 526 de ses « microgrammes », traduits par un jeune chercheur allemand Jochen Greven qui a découvert ces textes miniaturisés à l’extrême et qui a consacré 30 ans de sa vie à déchiffrer l’ensemble soit 4000 feuillets.

Philippe Lacadée fait le choix ici de ne pas tenter une « biographie » classique de cet homme si secret, si à l’écart du monde et des autres, mais de la déduire de ses écrits. Ce sont les héros de Walser qui le présentent au monde. Lui-même ne se représente pas dans une mise en scène pour un Autre toujours improbable, mais se donne tel quel, dans une foule de détails, si singuliers, dont foisonne cette écriture d’apparence tantôt naïve, honnête et simple, tantôt si déroutante. Robert Walser est dans son écriture, dans ce qu’il nomme son roman du réel, qui structure tous ses romans. C’est à partir du récit de ses héros que nous chercherons à déduire ce qu’a été sa vie.

Dans cet essai, Philippe Lacadée montre que le poète, tout en devançant la psychanalyse, nous éclaire : son écriture miniature radicalise en quelque sorte les deux modes de l’écrit, soit le signifiant et la lettre, elle marque la distinction entre l’écrit qui ne parle que pour lui et le dessin de l’écriture miniature. C’est un Walser avec Lacan qui nous est ici proposé et qui éclaire aussi bien le psychanalyste que le poète.

Philippe Lacadée, psychiatre, psychanalyste à Bordeaux, psychiatre attaché au Centre de jour pour adolescents de La demi-lune à Villenave d’Ornon (CHS de Cadillac), Membre de l’École de la cause freudienne et de l’Association Mondiale de psychanalyse, et vice-président du CIEN (Centre interdisciplinaire sur l’enfant)

Auteur du Le Malentendu de l’enfant aux éditions Payot Lausanne, Collection Psyché 2003 et de L’Eveil et l’exil aux éditions Cécile Defaut, 2007


L'enfant et ses traumatismes, Huit psychanalyses en CMPP

Huit psychanalyses en CMPP

Gallimard

21,30

Dans la lignée des récits de cures inaugurée par S. Freud et poursuivie notamment par M. Klein, D. W. Winnicott, J. Lacan et F. Dolto, Pierre Kammerer relate les psychanalyses de huit enfants âgés de six à dix-huit ans, gravement traumatisés dès leurs première enfance : mauvais traitements, abus sexuels, abandons et deuils précoces, dépression maternelle, incarcération d'un père, violences conjugales, meurtre d'une sœur par son père. Ces cures, qui ont été menées dans un centre médico-psychopédagogique (CMPP), sont présentées dans leur continuité, avec la transcription des propos tenus par le thérapeute et par l'enfant, la description des jeux de rôle, des dessins et des modelages. Ces récits détaillés, référés à une théorisation vivante, permettent de percevoir précisément comment se déroule le processus thérapeutique et comment chaque enfant parvient au remaniement des représentations internes mortifères qui avaient perturbé son rapport au monde et induit les troubles de son comportement (inhibition, échec scolaire, violence, délinquance, toxicomanie). À l'issue de leur analyse, tous seront prêts à repartir vers une nouvelle vie. L'ouvrage restitue en outre la discussion par quatre psychanalystes de l'une de ces cures, exposée lors d'un colloque organisé par Heitor O'Dwyer de Macedo. Ces quatre psychanalystes sont Jean-Paul Douvier, Claire Michelon Fauriaux, Éric van der Stegen et Annie Topalov. Cet ouvrage s'adresse tant aux psychanalystes qu'aux travailleurs sociaux et aux parents.
Pierre Kammerer est psychanalyste d'enfants et d'adultes. Superviseur d'équipes éducatives et thérapeutiques, il travaille au CMPP de Grenoble. Son ouvrage s'adresse tant aux psychanalystes qu'aux travailleurs sociaux et aux parents.


L'Œil absolu

Voir est une arme du pouvoir. Depuis la vidéosurveillance jusqu'à l'imagerie médicale en passant par les satellites qui balayent la planète, d'innombrables dispositifs s'acharnent à nous rendre intégralement visibles. On cherche à tout voir, jusqu'à la transparence. Faire ses courses à Londres ces temps-ci, c'est être filmé plus de trois cents fois. On surveillait jadis les criminels, aujourd'hui on surveille surtout les innocents. Mais au-delà de la surveillance, ce regard global infiltre tous les domaines de nos vies, de la naissance à la mort. L'idéologie de la transparence menace nos existences, l'espace privé de nos maisons et l'intérieur de nos corps, dissolvant un peu plus chaque jour notre part d'intime et de secret. La science et la technique ont bricolé un dieu omnivoyant électronique, un nouvel Argos doté de millions d'yeux qui ne dorment jamais. Plus que dans une civilisation de l'image, nous sommes entrés désormais dans une civilisation du regard. Dans une langue brillante, documentée et très accessible, Gérard Wajcman explore et questionne cette idéologie de l'hypervisible.
Écrivain, psychanalyste, maître de conférences au département de psychanalyse de l'Université Paris-8, Gérard Wajcman dirige le Centre d'étude d'histoire et de théorie du regard. Il est notamment l'auteur de L'Interdit (1986), L'Objet du siècle (1998), Fenêtre, chroniques du regard et de l'intime (2004).