Focus sur les éditions des Syrtes

Focus sur les éditions des Syrtes

Entretien avec Serge de Pahlen, fondateur et directeur des éditions des Syrtes

- Les Éditions des Syrtes ont été fondées en 1999. Quel a été l’élément moteur de cette création ?

Avec les éditions des Syrtes, j’ai voulu combler certains domaines demeurés partiellement inexplorés dans l’immense champ de la littérature russe, je pense aux auteurs russes blancs émigrés tels qu’Ivan Bounine, Boris Zaïtsev, Vassili Choulguine, Marina Tsvetaeva et d’autres.
J’ai voulu également permettre au monde francophone d’approfondir sa connaissance de la terreur rouge et du communisme à travers des livres tels que ​Staline de Simon Sebag Montefiore, ​La Terreur rouge en Russie de Sergueï Melgounov, ​Le Soleil des Morts d’Ivan Chméliov et ​Gardien de camp de Dantsig Baldaev et d’autres. En général, j’ai cherché des chemins moins routiniers, moins répétitifs pour approfondir le domaine immense et compliqué de la civilisation russe.

- À travers vos parutions, vous explorez le monde slave, sa riche littérature et sa pensée foisonnante. Comment est née votre passion pour cette littérature ?

Je viens d’une famille russe exilée en France depuis 1917. La littérature russe m’a toujours accompagné, dès l’enfance, on me lisait les contes de Pouchkine et les récits de Gogol. Plus tard, dans l’adolescence, la rencontre avec les grands classiques russes a été un émerveillement de jeunesse, resté depuis définitif. L’éducation dans les familles russes exilées baignait dans l’amour de la Russie, surtout par des lectures des grands classiques pour lesquels nous avions une vénération quasi religieuse. Une longue amitié avec Vladimir Dimitrijevic, éditeur hors norme, m’a permis de découvrir la philosophie russe avec Vassili Rozanov, Nicolas Berdiaev, Nikolaï Fiodorov et tant d’autres.

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Vous publiez de nombreuses traductions, notamment de la littérature russe. Comment le choix des textes s’opère-t-il ?

Le choix des ouvrages publiés dans une petite maison d’éditions relève de l’alchimie. Souvent, lectures et rencontres amènent une décision longue à prendre. Plus rarement, je décide d’éditer un livre après une conversation avec l’auteur et un coup de foudre, par exemple l’Epopée sibérienne d’Eric Hoesli. Certains choix des Syrtes peuvent paraître parfois difficiles pour un public français peu préparé comme par exemple, Les Carnets et les lettres de Marina Tsvetaeva. Il s’avère ensuite que l’accueil peut être bien meilleur. Étant éditeur indépendant, je ne me soumets pas à des critères commerciaux. Je souhaite combler des vides et des fausses idées, ô combien nombreux dans l’immense domaine de la littérature et de l’histoire russes.
- Votre production éditoriale contient également des essais historiques et d’actualités. Attendez-vous des auteurs qu’ils aient un regard particulier sur notre monde ? Quelle est la ligne éditoriale de ces essais et comment s’est-elle imposée ?

Comme dit précédemment, les éditions des Syrtes essaient de combler des vides, de s’opposer à certaines idées reçues, le livre de Dominic Lieven, ​La Fin de l’Empire des Tsars​, s’appuie beaucoup sur une connaissance acquise par l’auteur du rôle de la Russie pendant la Première Guerre mondiale basé sur des archives russes quasiment méconnues par l’ensemble des auteurs occidentaux. Cette méconnaissance rend incomplète, sinon faussée la plupart des œuvres occidentales sur la Première Guerre mondiale.
Ou encore le livre d’Hubert Seipel sur Vladimir Poutine qui essaie de donner une image réelle du président russe, image systématiquement noircie par la presse et l’édition françaises.

- Quel est le livre dont vous êtes le plus fier et pourquoi ?

Je suis très fier d’avoir publié une magnifique saga familiale, ​Les Vaincus d’Irina Golovkina. C’est l’histoire vraie de familles d’officiers blancs qui n’ont pas voulu émigrer et qui vivent quasiment clandestinement à Leningrad dans des appartements communautaires peuplés de gens hostiles. Ils essaient de maintenir en vie un monde disparu, fait de culture, d’amour de la musique (l’auteur est la petite-fille de Nikolaï Rimski-Korsakov) et de douceur de vivre dans un monde féroce où la police politique les traque et les fusille. C’est l’unique livre d’Irina Golovkina qui a consacré sa vie à son écriture.

A la conquête du Caucase, Epopée géopolitique et guerres d'influence

Epopée géopolitique et guerres d'influence

Éditions des Syrtes

Carrefour dangereux, le Caucase est aujourd’hui l’une des régions du monde les plus convoitées. De la Tchétchénie au Daghestan et à la Géorgie, il demeure un lieu de conflits et d’affrontements. Lutte pour le pétrole, montée de l’islamisme, rébellions armées et combats pour l’indépendance : le massif montagneux qui marque la frontière de l’Europe avec l’Asie et le Moyen-Orient est aussi le champ de bataille des années à venir. Depuis deux siècles, les grandes puissances politiques et militaires se livrent dans la région à une guerre d’influence qui a souvent débouché sur des conflits armés, parfois accompagnés de génocides ou de déportations.

L’expansion russe, le « Grand Jeu » (la guerre froide à laquelle se sont livrés la Grande-Bretagne et l’Empire russe durant tout le xixe siècle), les tentatives de conquête du massif par l’Allemagne ou la bataille politique et économique pour le contrôle du pétrole : autant de processus marquants dont le Caucase est le décor. Imams et chefs de guerre montagnards, otages célèbres, espions anglais et alpinistes de la Wehrmacht, agents de Staline ou pionniers du pétrole sont les acteurs de cette histoire souvent tragique. À l’écart des idéologies et des partis pris, À la conquête du Caucase est un ouvrage inédit qui révèle sources et témoignages jamais exploités jusque-là. Cette épopée riche et vivante d’Eric Hoesli donne les clés d’une histoire qui ne s’achève pas à la dernière ligne de ce livre.


Mort d'un critique, roman

roman

Éditions des Syrtes

20,00

Quand Munich se réveille ce matin-là sous la neige, André Roi-Desaulneurs, le pape de la critique, le dieu omnipotent de la littérature, a disparu, ne laissant derrière lui que son cachemire et des traces de sang. Aussitôt Jean Ris est accusé de l'avoir assassiné, parce que le critique a éreinté son dernier roman, Une fille
sans ongles aux orteils. Se hissant au statut de narrateur d'une histoire bien contemporaine, le voisin de Ris quitte les espaces solitaires de la recherche érudite et mène l'enquête : il veut se convaincre de l'innocence du romancier.

Roman polémique, Mort d'un critique a suscité des débats passionnels
en Allemagne : Comment écrire un livre sur la base d'une satire au vitriol du monde des lettres et sur le constat de la mort de l'art ? Entre méchanceté et humour, un regard extrême sur le pourrissement de la société du spectacle et ses institutions vénérées, dans une intrigue menée tambour battant qui invite aussi à entrer dans ce chaos d'âme obscur qu'est l'écrivain.


Alexandre Soljenitsyne : le courage d'écrire
65,00

Alexandre Soljenitsyne (1918 – 2008) appartient aux lutteurs et aux dissidents ; il incarnait le refus de la société injuste et du communisme totalitaire. Il croyait à la volonté de l’homme, à son choix personnel entre le bien et le mal, à ce qu’il appelait « l’ordre intérieur ».

Alexandre Soljenitsyne, le courage d’écrire est un album événement. Manuscrits, lettres, objets lui ayant appartenu s’exposent pour la première fois hors de Russie à la Fondation Martin Bodmer de Genève du 14 mai au 16 octobre 2011. L’ouvrage est une étude dans sa globalité et embrasse tous les domaines de ce que Georges Nivat appelle le « phénomène Soljenitsyne » : de la naissance du lutteur, au labeur balzacien de l’écrivain, en passant par les deux « cathédrales » d’écriture, L’Archipel du goulag et La Roue rouge ; enfin, le poète-philosophe des Miettes en prose, de La Maison de Matriona, des dialogues stoïciens du Premier cercle.

Chapitre 1 : Du souterrain à la gloire, Une Journée d’Ivan Denissovitch
L’entrée de Soljenitsyne en littérature se fait par les écrits du Goulag, centrés sur la condition humaine dans la « petite zone » du camp ou dans la « grande zone » de la société totalitaire. Extrêmement émouvants sont les objets du camp : sa veste de zek, le cahier de notes d’Ekibaztouz.
(Soljenitsyne à Riazan,

Chapitre 2 : Le combattant à découvert, La Maison de Matriona
La Maison de Matriona parut dans le premier numéro de Novy Mir de 1963. Les comptes rendus étaient élogieux et Akhmatova écrivit : « Quelle chose étonnante et ce qui est plus étonnant encore c’est qu’elle ait pu être publiée… Parce que ce n’est pas seulement Matriona, mais toute la campagne russe qui est tombée sous la locomotive et qui est en mille morceaux. »

Chapitre 3 : Dans le sac du bagnard, Le premier cercle
Il s’articule autour de l’expérience du bagnard, avec les écrits préfigurant Le premier cercle et va inaugurer le bras de fer avec le pouvoir soviétique.

Chapitre 4 : Lutter avec la maladie, lutter avec le pouvoir, Le Pavillon des cancéreux
Le manuscrit de cette oeuvre est impressionnant et côtoie un album de photos prises par Soljenitsyne durant sa période de relégation. Il s’est initié à la photographie pour pouvoir prendre des clichés de ses feuillets manuscrits et les sauvegarder en secret. Son ami, Nikolaï Zoubov, dissimulait les pellicules dans les reliures des éditions imprimées.

Chapitre 5 : Affranchir le monde du mensonge stalinien, L’Archipel du Goulag
Cette oeuvre majeure constitue la première « cathédrale » de l’écriture de Soljenitsyne. Le bloc-notes qui l’accompagne (guide de conversation estonien créé par Soljenitsyne pendant l’écriture de L’Archipel) prouve son sens du détail, son perfectionnisme et sa détermination absolue.

Chapitre 6 : Affranchir à la Russie son histoire, La Roue rouge
La seconde partie de son oeuvre est centrée sur l’histoire de la Russie d’avant le désastre de 1917. Le lecteur découvrira avec émotion les premiers brouillons de La Roue rouge, rédigés en 1936-1937, puis les autres étapes de l’écriture : la cartothèque, les centaines de calepins, la bibliographie ou encore - pièce inédite – le Journal de La Roue, la correspondance avec ses traducteurs, José et Geneviève Johannet.


Chapitre 7 : Écrits de la vieillesse
Cette partie abonde de textes moins connus : Confiture d’abricots ou Sur le fil. Le texte sur Andreï Biely est un inédit en russe et en français et y sera traduit dans son intégralité.

Chapitre 8 : Dans le bureau de l’écrivain
On pénètre ici dans l’intimité de l’écrivain. Son bureau, moscovite ou américain, représente l’image de l’homme attaché aux symboles. Son matériel de travail qui l’accompagne depuis le début : lunettes, loupe, sacoche…etc. Aux objets de famille, comme le crucifix ou la cuillère offerte par sa mère, s’ajoutent les portraits de Stolypine et Koltchak.

Chapitre 9 : Les sources familiales et l’apprentissage du lutteur
L’homme Soljenitsyne se découvre avec des photos de famille, certificats d’études, diplômes, mais également des écrits de jeunesse tel le Journal littéraire dont il était auteur et lecteur.
Son arrivée à Vladivostok en 1994, qui marque la fin de son exil et son retour en Russie, est illustrée par de nombreuses photos.

Chapitre 10 : La gloire et l’écume de la gloire
Cette partie témoigne de l’oeuvre de Soljenitsyne : ses ouvrages publiés en samizdat, les parutions à travers le monde sur l’homme et l’écrivain.
Inédite est également la revue de presse de 1967 à 2008 avec des plumes qui ont pris des positions parfois contrastées dans la presse française, russe ou américaine : Raymond Aron, Georges Nivat, Alain Besançon, Véra Fosty…etc.

Chapitre 11 : Témoignages
Il s’agit ici de textes, correspondances ou photos de personnalités qui l’ont connu et ont joué un rôle important dans la publication de ses textes en Occident : Claude Durand, agent international de ses oeuvres, Nikita Struve, directeur de Ymca-press, son premier éditeur occidental, Georges Nivat, Geneviève Johannet, traductrice et confidente.


L’ensemble des documents, qui forment une iconographie des plus complète et inédite, provient des archives personnelles de Soljenitsyne gérées par sa femme Natalia Dmitrievna. Elles n’ont jamais quitté la Russie. Les éditions originales proviennent de collections privées, notamment celle de Georges Nivat, traducteur de Soljenitsyne, slaviste incontesté et proche de l’écrivain. Un certain nombre de lettres et de photos proviennent des collections privées de Nikita Struve, Claude Durand et de la famille Johannet.


Poésie lyrique complète (1912-1941), Version bilingue : Coffret 2 tomes

Version bilingue : Coffret 2 tomes

Éditions des Syrtes

40,00

Traduit du russe, annoté et préfacé par Véronique Lossky

Ce coffret comprend les deux volumes de l’édition bilingue dédiée à la poésie lyrique de Marina Tsvetaeva: Poèmes de Russie (1912-1920) et Poèmes de maturité (1921-1941).


Béni soit l'exil !, Propos d'un éditeur engagé

Propos d'un éditeur engagé

Éditions des Syrtes

18,00

Béni soit l’exil ! Un titre énigmatique pour un livre-confession retraçant le parcours de Vladimir Dimitrijević (1934-2011), fondateur des éditions L’Âge d’Homme, passeur de culture et, avant tout, homme engagé et visionnaire. De 1996 à 2011, année de sa mort accidentelle, Vladimir Dimitrijević et Gérard Conio ont eu de longs entretiens qu’ils ont décidé d’enregistrer. Leurs discussions à bâtons rompus portaient sur le coeur de leur métier et de leur vie, la littérature, mais aussi sur la vision du monde très particulière de Vladimir Dimitrijević.

Fuyant la Yougoslavie communiste, Vladimir Dimitrijević arrive en Suisse en 1954. Après avoir été ouvrier d’usine puis libraire, il fonde en 1966 les éditions L’Âge d’Homme. Ses premières publications dessineront la colonne vertébrale de son métier d’éditeur : Aimé Pache, peintre Vaudois de Charles-Ferdinand Ramuz, et Pétersbourg d’Andreï Biely. Orient et Occident, racines et avant-garde.

Ces entretiens abordent des sujets aussi variés que le phénomène communiste, la crise de la société occidentale, le rôle fondamental du livre dans le combat pour la liberté. Grâce à sa vision du métier d’éditeur, nourri à la source vivifiante de la littérature universelle, Vladimir Dimitrijević a offert aux lecteurs une vision radicalement différente, voire révolutionnaire, de l’écriture, développant une pensée condensée que Gérard Conio, par ses questions et ses réflexions, a permis de formuler.

Bien plus qu’un livre d’entretiens, Béni soit l’exil ! est un témoignage sur l’oeuvre des écrivains publiés par Vladimir Dimitrijević (Alexandre Zinoviev, Milos Tsernianski, Paul Florensky, Vladimir Volkoff, Georges Haldas, Stanisław Witkiewicz, Ivan Gontcharov et tant d’autres), sur la représentation des chimères du monde contemporain, sur les engagements d’un homme qui, se consacrant corps et âme au métier littéraire, a marqué par son univers riche et multiple des générations de lecteurs en leur faisant découvrir le vaste archipel de la littérature slave et de l’orthodoxie.